Francis Adam, Mahée Cusson-Jacques et leurs enfants James (4 ans), et Rémi (2 ans) se rendent régulièrement aux enclos en famille pour admirer leur élevage de wapitis créé en 2018 à Calixa-Lavallée. Photos : André Laroche
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S'abonner maintenantCALIXA-LAVALLÉE — Deux jeunes dans la mi-vingtaine ont décidé, en 2018, de fonder leur propre exploitation dans un créneau peu commun : le wapiti. Ils n’avaient pas grand moyens, mais ils ne manquaient pas d’ambition. Si bien qu’aujourd’hui, ils peuvent entrevoir une incursion sur le marché américain.
Francis Adam entretient une fascination pour le wapiti depuis ses années passées en Alberta, à l’époque où il travaillait dans les Forces armées canadiennes. Il rêvait alors de pouvoir chasser cet animal majestueux. Un projet qui ne s’est jamais concrétisé, regrette-t-il.
« On est partis pour un exercice en Arctique pendant la saison de la chasse », se rappelle l’ancien technicien en système d’avionique, assis dans la cuisine de sa maison à Calixa-Lavallée, un petit village tout près de Verchères, en Montérégie.
Cette occasion manquée explique en partie la raison pour laquelle ce grand cervidé est apparu en haut de la liste quand sa conjointe, Mahée Cusson-Jacques, et lui ont décidé de créer une ferme à partir de zéro.
« Nous voulions produire du gibier », explique cette fille de producteur laitier.
Au départ, nous hésitions entre le bison et le wapiti. Mais après avoir visité différents producteurs, nous nous sommes rendu compte que nous aimions vraiment le wapiti. Ce sont de si beaux animaux !
Ce type d’élevage convenait aussi au rythme de vie convoité par ce couple de jeunes parents, allergique à la routine.
« L’ouvrage varie selon les saisons, à commencer par les naissances au printemps, suivi du rut des mâles, puis la coupe des bois… Cette variation dans les tâches nous plaît beaucoup », confie Mme Cusson-Jacques, qui a vu son père faire le train de ses vaches deux fois par jour, 365 jours par année, pendant des années.
« Nous voulions pouvoir nous offrir des moments de répit », fait aussi valoir cette mère de deux garçons âgés de 2 et 4 ans, également ostéopathe dans une clinique de Contrecœur. L’une de leurs activités familiales préférées ? La pêche blanche sur le fleuve.
À travers la ferme et la famille, le couple a trouvé le temps de se lancer dans la production de sureau. Il possède une pépinière d’une capacité de 4 000 plants.
Produit de niche
Le choix du wapiti a aussi été dicté par la réalité financière du couple.
« Nous n’aurions pas eu les moyens de nous lancer dans la production laitière ou porcine », reconnaît Francis Adam, qui a grandi dans la ferme équestre de ses parents à Saint-Antoine-sur-Richelieu.

Ce dernier a construit lui-même les enclos dans une partie boisée et inexploitée de la terre de son beau-père. C’est là que les 12 premières femelles ont été installées en 2018. Aujourd’hui, le cheptel compte 70 animaux destinés à la reproduction, à la consommation et à la chasse.
Au Québec, la production de wapiti a connu un sérieux ralentissement dans la dernière décennie. Près de la moitié des élevages a fermé ses portes, notamment en raison d’un manque de relève, mais aussi d’une mise en marché déficiente.
Le wapiti est un produit de niche, souligne Mahée Cusson-Jacques. « Sa viande extra-maigre est recherchée par les athlètes, car elle est super riche en fer et en protéine. Elle est aussi appréciée par les gens qui sont allergiques à la protéine bovine. Ils peuvent manger une viande rouge qui goûte le bœuf. »
« Notre proximité de Montréal nous aide beaucoup, car la clientèle de la Rive-Sud est friande des aliments de qualité. Elle prend soin de son alimentation », poursuit la jeune femme, qui passe ses étés dans le circuit des marchés fermiers de sa région.
Expansion
La dure réalité du marché n’empêche pas les deux jeunes producteurs de faire progresser leur entreprise. Ils sont à la recherche d’un second site en vue de leur expansion, en plus d’investir dans des champs pour produire eux-mêmes le fourrage de leurs bêtes.
Leur succès passe par les parcs de chasse, là où un mâle au panache hors norme peut rapporter gros à son éleveur. Et leur objectif à moyen terme, c’est de vendre leurs plus beaux spécimens aux parcs américains.
« Le marché là-bas est énorme », souligne Francis Adam, qui prend un soin jaloux de la génétique de son cheptel.
« Je me dis qu’un jour, je vais recevoir un appel de quelqu’un aux États-Unis à cause de notre génétique. C’est mon prochain défi », conclut-il.
Des wapitis se sont laissé photographier même si ce sont généralement des animaux craintifs.
Le bon coup de l’entreprise
La génétique du cheptel de Mahée Cusson-Jacques et Francis Adam a connu une nette amélioration depuis qu’ils ont recours à l’insémination artificielle. Du coup, ils ont bonifié leurs revenus et réduit leurs dépenses.
Depuis les débuts de leur élevage, le couple avait recours à l’accouplement naturel en se croisant les doigts pour produire des animaux de qualité. Résultat : une grande disparité dans le rythme de croissance des bêtes. Certains mâles pouvaient atteindre une bonne stature deux ans plus tôt que d’autres.
« C’est là qu’on s’est dit qu’on allait investir dans l’insémination artificielle pour améliorer la génétique du cheptel », raconte M. Adam.
Cette avenue comporte un coût financier et des risques de blessures. Mais le bénéfice est exceptionnel en matière de croissance de la ferme et du coût de revient, souligne Mme Cusson-Jacques.
3 conseils pour démarrer sa ferme
Prendre exemple
Visiter les installations d’autres producteurs permet de comprendre les besoins d’un élevage semblable et de prévoir l’évolution des infrastructures à bâtir. « Nous avions dessiné les plans du système de contention en sous-estimant la largeur d’un panache. Nous l’avons surdimensionné après la visite chez un éleveur. Et pourtant, les bois de certains mâles accrochent encore les rails », raconte Francis Adam.
Créer un réseau
Les amis, c’est précieux, rappelle Mahée Cusson-Jacques. « Tu cours après l’argent quand tu démarres ton entreprise. Mais si tu es capable d’avoir un parent ou un voisin pour t’aider à récupérer des matériaux voués au dépotoir, tu gagnes sur tous les plans. Et tu entretiens ton réseau social du même coup », dit-elle.
Miser sur la qualité
Il faut considérer ses animaux comme des athlètes, affirme Mme Cusson-Jacques. « Ils méritent ce qu’il y a de mieux », dit-elle en ajoutant que de chercher à faire des économies sur la qualité de l’alimentation ou des soins équivaut à augmenter les risques de maladie et à réduire la qualité de son produit. Bref, ce sont des économies qui peuvent coûter cher.
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Excellence Wapiti |
| Spécialités : | Wapiti et sureau |
| Année de fondation : | 2018 |
| Noms des propriétaires : | Mahée Cusson-Jacques et Francis Adam |
| Nombre de générations : | 1 |
| Superficie en culture : | 0,4 hectare |
| Cheptel : | 70 têtes |
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