Ma famille agricole 27 janvier 2025

« On nourrit le monde depuis 1903 »

SAINT-HYACINTHE – Les deux sœurs Mathilde et Mérédith ont créé un site Web consacré à leur ferme où elles soulignent le parcours des six générations de Lavallée sous le thème « on nourrit le monde depuis 1903 ». Elles y présentent les débuts jusqu’au récent boum de la ferme engendré par leur élevage moderne de poulets, de poulettes, de dindons et la production de 100 000 œufs… chaque jour!

Ouvrir la porte du bureau de la ferme des Lavallée, c’est se croire dans le bureau d’une agence de design graphique avec cet immense espace de travail doté de six écrans d’ordinateur géants parfaitement alignés dans un décor moderne. En discutant avec les propriétaires, on se rend cependant compte que ce bureau moderne est simplement à l’image de leur professionnalisme, eux qui gèrent cette ferme au détail près. 

L’ambition ne manque pas. Et la vision d’entreprise est nette. À commencer par une ligne du temps, peinte en gros sur le mur du bureau, qui rappelle à tous les membres de l’équipe les objectifs de croissance de la ferme, incluant la modification et la construction de trois bâtiments d’ici 2027.

Le bureau des Lavallée avec ses six écrans d’ordinateur se démarque des bureaux de ferme classiques.

Je me souviens

La sixième génération des Lavallée, Mathilde et Mérédith, connaît l’histoire familiale par cœur. En 1903, leur ancêtre Louis-Pierre possédait, sans le savoir, une petite fortune, soit 275 hectares où se trouve maintenant construite une partie de la ville de Saint-Hyacinthe. La Grande Dépression des années 1930 l’a contraint à presque tout vendre. D’autres superficies des Lavallée ont ensuite été vendues. « Ça nous fait toujours un petit quelque chose maintenant, car on rachète de ces terres à fort prix! » expose Patrick Lavallée, la 5e génération. C’est son père, Jean-Claude, qui a commencé l’élevage de poulet à griller à grande échelle. « Le poulet était de couleur gris-noir, raconte Patrick. Il se déplumait mal et se vendait moins bien à l’époque. Jean-Claude s’est impliqué dans l’implantation de la gestion de l’offre. Quand le premier plan conjoint est arrivé, les producteurs ont dû baisser leur production de 50 % pour avoir leur prix. » Cela fait dire à sa conjointe, Maryse Labbé : « On ne s’en rend pas compte aujourd’hui, mais les producteurs ont saigné du nez en maudit dans ce temps-là! » 

Une production sans compromis

Patrick et Maryse ont procédé à des acquisitions, si bien qu’avec leurs filles, ils possèdent aujourd’hui cinq pondoirs, deux bâtiments de poulet à griller, deux dindonnières et deux bâtiments de poulettes d’élevage. La régie d’élevage est scrutée à la loupe. Diminuer la densité d’oiseaux leur a permis de décroître les traitements. « On a été les premiers dans le dindon à faire du sans antibiotique », mentionne Maryse. 

Sa fille Mérédith parle avec passion de cette réussite d’avoir allongé les cycles de ponte. Au lieu d’être remerciées après 12 mois en raison d’une baisse de productivité, les pondeuses sont gardées 15 mois.

La génétique s’est améliorée, et en décidant d’étirer les lots, on termine avec des taux de conversion alimentaire de fou, des oiseaux en belle condition et la même qualité d’œufs pour le consommateur. Le fait d’étirer permet de rejeter moins d’azote et de phosphore tout en diminuant le transport. C’est juste positif.

Mérédith Lavallée
Mathilde et Mérédith Lavallée affirment que leur kiosque libre-service est apprécié de la clientèle locale et permet de rapprocher le citoyen de l’agriculture.

Un autre incontournable chez les Lavallée : la biosécurité. Un épisode de bronchite Delmarva, venue d’une ferme voisine, les a contraints à euthanasier 45 000 poulettes d’un coup. « C’est comme s’ils mettent du Saran wrap autour du poulailler et qu’ils ouvrent ensuite les valves d’azote… Tu remplis un conteneur bien plein d’oiseaux morts. C’est une épreuve qu’on ne veut pas revivre », témoigne Patrick. 

Sa fille Mathilde, 24 ans, sait que la situation n’ira pas en s’améliorant. « Depuis la grippe aviaire, on est devenus freak », résume-t-elle. Le contrôle des visiteurs est strict et les mouvements du personnel suivent un protocole rigoureux entre les bâtiments. Même les volants, sièges et tapis des camions sont désinfectés périodiquement, atteste-t-elle. La ferme a transformé une remorque en zone de désinfection obligatoire pour les travailleurs venant de l’extérieur, comme l’équipe de vaccination. « Il ne faut pas que quelqu’un de nonchalant sur la sécurité puisse scrapper notre business », dit Mérédith. 

Malgré le rythme, la taille et le stress lié à l’entreprise, Patrick souligne l’importance d’avoir montré à ses filles son amour du métier et de savoir prendre des vacances. Un autre élément prépondérant aux yeux des Lavallée : celui de perpétuer la tradition de nourrir le monde, souligne Mérédith. « On s’est fait un kiosque libre-service, comme mes grands-parents, qui vendaient des œufs et du poulet dans leur garage. On en profite pour éduquer la population sur l’agriculture, à notre plus grand bonheur. On leur montre qu’ils peuvent avoir confiance en nous et en nos systèmes de production! »  

Des volières sans poussière

Avant d’orienter leur entreprise vers le concept de poules en liberté, Patrick Lavallée et Maryse Labbé ont voyagé en Europe et aux États-Unis afin d’analyser différentes technologies. La poussière du système en volières demeurait un point préoccupant. À ce sujet, Patrick mentionne que la performance des systèmes de ventilation choisis de même que l’aménagement d’une allée d’inspection – qui permet d’éviter de marcher à travers les poules et donc de soulever des particules par leurs battements d’ailes – rendent l’air des volières sain. Maryse insiste sur le retour sur investissement, estimant que s’ils avaient opté pour les cages enrichies, les exigences en matière de bien-être animal de gros joueurs comme Costco ou McDonald’s les auraient probablement obligés à reconfigurer des bâtiments en volières. Fonctionner déjà en volières leur permet d’être plus performants avec cette technologie et d’en amortir les coûts sur un plus grand nombre d’années, raisonne-t-elle. 

Patrick Lavallée et Maryse Labbé obtiennent de bonnes performances avec leurs poulaillers en volières, un choix pour l’avenir qu’ils ne regrettent aucunement.

Le bon coup de l’entreprise

Par souci de conserver son indépendance, d’accroître la rentabilité de la ferme et d’en améliorer la biosécurité, la famille Lavallée a décidé, en 2022, de construire sa propre meunerie. « On n’a pas ménagé sur l’équipement [de la meunerie]. Aussi, on pèse les poules et les œufs chaque deux semaines et on ajuste rapidement l’alimentation. Je suis content, car ça nous donne de très bons résultats de conversion », dit Patrick Lavallée. Sa conjointe prend la balle au bond : « On est très exigeants sur le choix de nos intrants. Ici, on ne fait aucune grande culture. Ce n’est pas là-dedans qu’on est bons. On achète notre grain selon nos besoins spécifiques. On le pèse et on l’échantillonne. Si ça ne fonctionne pas [avec le grain des producteurs environnants], on va ailleurs. Pour le tourteau de soya aussi, on a des barèmes très précis », explique Maryse. Étant donné les grandes chaleurs plus fréquentes en été, l’entreprise s’attarde maintenant à créer de la moulée qui réduira le stress thermique des oiseaux, notamment en incorporant de la bétaïne. 

La construction d’une meunerie à même la ferme a été une décision risquée, mais aujourd’hui très profitable, disent les propriétaires.
Fiche technique
Nom de la ferme :

Famille Lavallée

Spécialités :

Œufs et volailles

Année de fondation :

1903

Noms des propriétaires :

Maryse Labbé ainsi que Patrick, Mérédith et Mathilde Lavallée

Nombre de générations :

6

Superficie en culture :

37 hectares

Production :

100 000 œufs par jour

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