Les membres du clan Claveau-Fradette se retrouvent après un week-end de travail. Au premier rang, Patricia Claveau, Guy Fradette et la cadette, Candide. Au second plan, de gauche à droite, Alexis, Thierry, Estelle, Clovis et Jules. Photos : Pierre Saint-Yves
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S'abonner maintenantPar une belle fin de journée d’été, comme tous les dimanches de la saison chaude, les huit membres de la famille Claveau-Fradette convergent vers la ferme de Yamachiche, dans un échange de blagues et de rires. Les membres de la famille reviennent, qui du marché, qui du champ, qui de l’aire de restauration de la ferme et se retrouvent pour faire le bilan de leur journée. Un rituel quasi immuable qui alimente la satisfaction des parents, les propriétaires de la ferme Les Couleurs de la Terre, Patricia Claveau et Guy Fradette.
Tout a commencé en 1997. Guy Fradette, biologiste de formation, entreprenait ses premières expériences de culture de pommes de terre, sur des terres louées à une tante, à Saint-Sévère, en Mauricie. Quelques années plus tard, Patricia Claveau, formée en agronomie à l’Université Laval et en administration à l’Université du Québec à Trois-Rivières, se joignait à l’aventure.
Les deux jeunes entrepreneurs ambitionnaient de cultiver la pomme de terre et d’en faire eux-mêmes la mise en marché en lançant leur ferme, Les Couleurs de la Terre. Aujourd’hui, le couple peut prétendre avoir relevé le défi, notamment grâce à la complicité de leurs six enfants. En prime, l’agrotourisme est foisonnant, comme en fait foi la foule bigarrée qui vient envahir la propriété chaque fin de semaine.
Un marché à la ferme
Au départ, la tournée des marchés publics apparaissait comme la meilleure façon d’écouler la production, mais les jeunes producteurs ont vite résolu de se concentrer sur le marché Godefroy de Bécancour. Ils y ont d’ailleurs toujours un étal pour offrir leurs pommes de terre et une variété de produits transformés, avec service de restauration.
On a vite eu le sentiment de miser sur un seul point de vente, alors on a décidé d’accueillir les consommateurs à la ferme.
En 2012, le couple a acheté une ancienne ferme porcine et entrepris la transformation d’un immense bâtiment d’une longueur de 250 pieds pour y installer une première cuisine, des espaces d’entreposage et autres installations pour recevoir le public et lui proposer une variété de poutines maison. Au moment de l’idéation du projet, l’objectif du couple était d’ouvrir au public une journée par semaine. Mais il y a eu un imprévu.
Une certaine pandémie
Il s’en est fallu de peu pour que le projet se heurte à un écueil majeur. Patricia Claveau raconte : « Au moment d’ouvrir au public, on apprend qu’il faut garder ses distances, éviter les rassemblements dans les lieux publics. On a tout de même décidé d’aller de l’avant en ouvrant quatre jours par semaine pour étaler l’affluence, en respectant bien sûr les consignes de la Santé publique. Nos aménagements permettent aux clients de rester à l’extérieur en gardant leur distance et en utilisant les tables à pique-nique et le lavabo déjà installé. »

Et, surprise, les clients ont répondu à l’invitation. La première année, environ 11 000 personnes sont accueillies à la ferme et autant l’année suivante.
Et voilà que la magie des réseaux sociaux opère de façon imprévue. Des commentaires élogieux circulent et entraînent un afflux de clients. En 2022, c’est 70 000 personnes qui sont accueillies à la ferme.
Étourdis par ce succès, les producteurs ont décidé de faire passer à la vitesse supérieure le plan de développement de l’entreprise. Une deuxième cuisine, entièrement consacrée à la restauration, est aménagée pour répondre à la demande et une boutique pour offrir les produits de la ferme est construite. Aujourd’hui, l’affluence des consommateurs est relativement stable avec environ 50 000 visiteurs par année.
La complicité des enfants
De l’aîné de 29 ans à la cadette de 14 ans, les six enfants s’impliquent tous dans les opérations. Des travaux au champ et au potager à l’entretien de la machinerie, en passant par les projets de construction, le travail à la cuisine et l’accueil des clients, tous mettent la main à la pâte. Il y a aussi le service aux clients au kiosque du marché Godefroy, les samedis et dimanches, où, là aussi, les files s’allongent à l’heure des repas, alors que la demande de poutines explose.
On les a toujours amenés avec nous, mais on ne les a jamais obligés, jamais forcés.
Et les enfants y trouvent leur compte. « Parmi mes connaissances, il n’y en a pas qui sont six enfants et encore moins qui ont la chance de travailler ensemble », explique l’aîné, Alexis, qui agit comme gérant de ferme.
Presque tous les enfants ont des occupations, emplois ou études à temps plein à l’extérieur de la ferme, que ce soit Jules l’ingénieur dans une entreprise de machineries agricoles, Clovis le soudeur ou Estelle l’étudiante. Mais ils se retrouvent tous, quelques jours par semaine.
« Ce que j’aime, c’est la variété des tâches », explique pour sa part Estelle, étudiante universitaire en travail social, alors qu’elle fait une récolte de tomates dans le potager de la ferme.
Thierry, étudiant, abonde dans le même sens. « Je peux être dans le champ une journée et à la cuisine le lendemain. »
La cadette, Candide, y a déniché son premier emploi, tantôt à la cuisine, tantôt au service aux clients. Comme quoi chacun a réussi à répondre à ses aspirations en restant attaché aux Couleurs de la Terre.
La Poutine mobile a effectué une trentaine de sorties au cours de la belle saison, en plus d’avoir été utilisée au marché de Bécancour.
Fait maison : la Poutine mobile
Les Couleurs de la Terre circulent même sur les routes de la région et au-delà, grâce à la Poutine mobile, une cuisine permettant de servir de la poutine à l’occasion de rencontres privées, corporatives ou familiales.
« La remorque-cuisine est vite devenue essentielle », explique Patricia Claveau. « Plus besoin d’installer un chapiteau et de sortir tous nos équipements comme on le faisait auparavant. »
Cet équipement est une conception maison avec toutes les installations pour répondre aux normes de salubrité et de sécurité. Lorsqu’elle n’est pas sur la route pour un rassemblement, la Poutine mobile est rattachée au kiosque de la ferme au Marché Godefroy, de Bécancour.
Le bon coup : l’agrotourisme mis de l’avant
« C’était clair dès le départ », raconte Guy Fradette. « On voulait faire la mise en marché de notre production et de nos produits, et la meilleure façon d’y parvenir, c’était par l’agrotourisme. »
« On voulait aussi garder le contact avec les consommateurs », explique Patricia Claveau. « C’est pour ça qu’on est encore au marché Godefroy de Bécancour. On a une clientèle fidèle depuis les débuts, si bien qu’on sert maintenant les enfants de nos clients. »
Pour recevoir le public à la ferme, les propriétaires ont très vite prévu les installations en conséquence, soit « des installations sanitaires, un lieu de restauration, un espace de jeux, une mini-ferme et, bien sûr, une boutique. » Pas étonnant donc que les développements de l’agriculture soient envisagés en fonction de la transformation et de l’agrotourisme, avec, par exemple, l’éventuel agrandissement du verger de pommiers.
« Évidemment, on se préoccupe aussi de nos rendements agricoles », précise le producteur.
« On voudrait acheter des terres pour faciliter la rotation pour la culture de la pomme de terre sans être obligés de louer. L’année passée, on a fait du canola, on a déjà fait du seigle d’automne et on envisage le blé d’automne. » Sur les sept hectares en culture, cinq sont consacrés à la culture de la pomme de terre, pour un rendement de 200 tonnes dans une vingtaine de variétés. L’augmentation de la production n’est pas dans les plans. « Il faudrait faire de gros investissements, et ce n’est pas ça qui nous intéresse. À ce moment-ci, on travaille à améliorer nos sols pour augmenter nos rendements et on réussit assez bien. »
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Les Couleurs de la Terre |
| Spécialité : | Production de pommes de terre |
| Année de fondation : | 1997 |
| Noms des propriétaires : | Patricia Claveau et Guy Fradette |
| Nombre de générations : | 1 |
| Superficie en culture : | 10 hectares, dont cinq utilisés chez des voisins |
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