Ma famille agricole 14 février 2025

L’éthique sportive appliquée à la ferme

ROXTON POND – Après avoir confondu les sceptiques dans le hockey junior majeur, Martin Brosseau est revenu à la ferme familiale de Roxton Pond. Aujourd’hui, ce producteur de bœuf de race Simmental s’en sort bien en misant sur la vente directe aux consommateurs.

Était-ce un signe du destin? À la fin de son adolescence, dans les années 1990, Martin Brosseau arborait avec fierté l’image d’un grand et puissant bovidé sur sa poitrine. Aujourd’hui, cet ancien défenseur de la Ligue de hockey junior majeur du Québec exploite avec succès un troupeau de 200 bœufs à sa ferme de Roxton Pond, en Estrie.

Les dénominateurs communs de ces deux réussites? La persévérance et la discipline, croit l’ancien athlète. 

« Quand je me suis présenté à mon premier camp d’entraînement, personne ne croyait que j’allais faire l’équipe », se remémore l’ancien choix de neuvième ronde au repêchage de 1994. « J’avais été piqué dans mon orgueil d’avoir été repêché si tard. Je m’étais donc entraîné comme un fou pendant tout l’été. À la fin du camp, j’avais dépassé tous ceux estimés meillaeurs que moi », raconte le producteur.

Au cours de sa carrière junior, Martin Brosseau a porté les couleurs des Saguenéens de Chicoutimi, des Huskies de Rouyn-Noranda et des Bisons de Granby (qui évoluent maintenant dans la ligue senior AAA). En trois saisons, il a sillonné le Québec plusieurs fois en tous sens. Toutes ces journées passées sur la route ont permis à ce petit-fils d’agriculteur de faire le constat qu’il avait envie de consacrer sa vie à la ferme familiale. 

En m’éloignant, je me suis rendu compte que je m’ennuyais du travail avec les animaux. Chaque fois que l’autobus de l’équipe passait près d’une ferme, je me collais la face dans la fenêtre pour regarder ce qu’elle faisait. Et chaque dimanche, j’écoutais La semaine verte à la télévision. À un moment donné, j’ai fait 1+1 dans ma tête.

Martin Brosseau

De la terre à la table

Après avoir accroché ses patins, Martin Brosseau s’est investi dans les porcheries de ses parents avec la même éthique de travail qui le caractérisait au hockey. Mais après avoir acheté une partie de la ferme au milieu des années 2000, il s’est rendu compte qu’un changement de stratégie s’imposait.

« Il y avait beaucoup d’instabilité dans le porc dans ces années-là. Tu ne peux pas encaisser autant de pertes quand tu es jeune, et même quand tu es un producteur établi. C’est à ce moment que j’ai eu l’idée de vendre mes produits directement aux particuliers », explique-t-il. 

Inspiré par une visite de la Ferme de Ladurantaye, qui produit et vend du bœuf charolais directement aux particuliers à Cap-Saint-Ignace, M. Brosseau a décidé, en 2008, de créer lui aussi son propre comptoir de boucherie. C’est de cette façon, dit-il, qu’il a pu augmenter ses revenus.

« Dans la chaîne de distribution habituelle, tout le monde se prend un pourcentage de profit. En fin de compte, il n’en reste plus beaucoup pour le producteur pour créer de la viande de qualité », explique-t-il, heureux de représenter un gage de qualité pour ses clients réguliers.

Toute la viande vendue à la Ferme O’Nature provient d’animaux élevés sans hormones, sans antibiotiques et sans substitut animal. Toutes les saucisses, charcuteries et viandes fumées ne contiennent aucun gluten. La plupart sont aussi exemptes de nitrites.

Le producteur a choisi d’élever des bœufs de race Simmental en raison de la qualité de leur viande.

Livraison à domicile

Adopter un producteur de viande n’est malheureusement toujours pas ancré dans les mœurs des Québécois, déplore cependant Martin Brosseau. « C’est un défi pas facile de casser les habitudes des gens. Ils vont sélectionner un bon maraîcher, mais ils vont faire une heure de route pour acheter leur viande au Costco. »

La livraison à domicile fait donc désormais partie du plan de match. Le producteur n’hésite pas à se rendre jusqu’à Québec pour approvisionner ses clients. « J’en avais l’intention depuis longtemps. C’est la pandémie qui m’a poussé à activer le ­projet », explique-t-il. 

Les quatre enfants de la famille mettent aussi la main à la pâte. Les deux garçons, Antoine et Tristan, âgés de 16 et 17 ans, songent à suivre les pas de leur père, de leur grand-père et de leur arrière-grand-père. 

« Je ne me vois pas ailleurs qu’ici », confie l’aîné des fils avec la même conviction que son père.  

Le bon coup de l’entreprise

L’idée de bâtir le comptoir de boucherie a été profitable à plusieurs chapitres, affirme Martin Brosseau. En premier lieu, elle a permis de hausser sa marge de profit et de garder le contrôle sur ses produits. Mais ce n’est pas tout : chaque obstacle s’est traduit en une occasion d’apprentissage, souligne-t-il. « Au début, j’ai appris par essais et erreurs. J’ai dû aller chercher de l’aide pour comprendre les ventes, le marketing, la fixation des prix », raconte le producteur, avant d’ajouter que le contact humain fait aussi partie des bénéfices. « La livraison chez les gens entraîne un coût, c’est sûr. Mais cela apporte aussi une grande valorisation. »

En 2008, Martin Brosseau a choisi de vendre ses produits directement à la ferme.

3 conseils pour… améliorer sa qualité de vie

Écouter sa voix intérieure

On ne doit pas refouler ses envies quand un projet nous germe dans la tête, croit Martin Brosseau. En revanche, pour mettre toutes les chances de son côté, on ne doit pas non plus hésiter à aller chercher toute l’expertise nécessaire à la concrétisation de son projet. « Je suis orgueilleux, mais je ne crains pas de passer pour un nono », affirme celui qui demande conseil régulièrement à des coachs et à des mentors.

Continuer d’apprendre

Les livres et les webinaires sont des ressources indispensables pour le développement à la fois personnel et professionnel, souligne le producteur. En prendre l’habitude permet souvent de prendre du recul sur des difficultés souvent passagères. « Tout est éphémère et temporaire dans la vie. Pas besoin de se remettre en question à chaque erreur. Comprendre cela t’aide dans toutes les sphères de ta vie », dit-il.

Trouver l’équilibre

Le problème des agriculteurs, c’est qu’ils sont tellement concentrés sur le travail qu’ils en perdent l’équilibre. Ils ont le défi d’apprendre à s’arrêter, croit Martin Brosseau. Chacun doit trouver une position confortable entre son travail, sa vie de couple, sa famille et ses loisirs personnels.

L’ancien athlète prône un équilibre entre le travail, la vie de couple, la famille et les loisirs personnels.
Fiche technique
Nom de la ferme :

Ferme O’Nature

Spécialité :

Bœuf Simmental élevé naturellement

Année de fondation :

1997

Nom du propriétaire :

Martin Brosseau

Nombre de générations :

4

Superficie en culture :

255 acres (103 hectares)

Cheptel :

200 têtes

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