Magalie Tenhave, Hugo Bellefeuille et leurs enfants Éthan, 5 ans, Mérédythe, 3 ans, ainsi que Loucas, 18 ans, fils de Hugo né d’une union précédente. Même s’il n’est « pas né dedans » comme les deux plus jeunes, il donne un précieux coup de main, entre autres aux champs. Photo : Gracieuseté de la Ferme Belleten
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S'abonner maintenantVAL-D’OR – Grosses jobs, grosse vie, mais peu de temps à consacrer à la bulle familiale : le couple derrière la Ferme Belleten a laissé des emplois très payants dans les banques et les mines de l’Abitibi pour relever le défi de la production laitière… et fonder une famille!
Jeunes professionnels bien établis dans leurs secteurs d’activité respectifs, Hugo Bellefeuille et Magalie Tenhave ne se voyaient presque jamais : il dirigeait une équipe de mécaniciens sur des horaires irréguliers dans une mine qui roule 24 heures sur 24 et elle gérait les dossiers de fermes dispersées partout dans la région pour une grande banque.
« On avait quatre jours de congé ensemble par mois, dont deux où on avait Loucas en garde partagée. Au niveau de la qualité de vie, Hugo voyait moins son fils que moi. On se croisait », illustre Magalie, qui, après un baccalauréat en agronomie, s’est perfectionnée en planification financière.
« Je partais à 3 h 30 le matin et je revenais à 18 h 30. Comme j’étais superviseur, je faisais des 14 h. Quand j’étais de nuit, je les réveillais, je faisais le lunch, je partais reconduire [Loucas] à Val-d’Or et je revenais me coucher. Je me relevais vers 13 h pour me préparer à retourner chercher le petit », renchérit son conjoint Hugo, un mécanicien de machinerie lourde.
L’argent ne fait pas le bonheur
Heureux de sa réussite professionnelle, mais lassé de courir après le temps, le couple a fait le choix audacieux d’acheter une ferme. « On aime travailler, lance d’emblée Magalie, qui, ayant grandi dans une ferme laitière, était consciente de l’ampleur de la tâche qui l’attendait. L’idée, c’était d’être ensemble, d’avoir une qualité de vie et de se retrouver. Je me suis toujours vue marier un agriculteur, travailler et avoir des enfants à la ferme. »
Et les événements, heureux comme malheureux, se sont enchaînés dans le dernier droit de 2018. Mariage à la fin de l’été, énième tentative infructueuse de fécondation in vitro en septembre, achat de la ferme le 1er décembre et la surprise de constater que tout n’y tournait pas tout à fait rondement. Il a donc été convenu que Magalie conserve son emploi pour la transition, mais dès janvier, elle a appris qu’elle était tombée enceinte naturellement!
« Les débuts étaient plus durs sur les performances parce qu’on avait toujours les enfants », relate Hugo, en précisant qu’à peine un an sépare Éthan et Mérédythe, venus s’ajouter à la famille.
Mais on a tellement de bonheur à travailler ensemble. Nos petits succès, on les vit en famille. Je disais à la blague à Magalie que je n’ai jamais été aussi pauvre de toute ma vie, mais je suis millionnaire en émotions.
L’art de bien s’entourer
L’aventure n’a pas été de tout repos, admet le couple. Entre la COVID-19 qui a frappé, des équipements et performances moins optimaux qu’attendu, un refinancement coûteux et le recours à une intervenante sociale, il a fallu prendre des décisions difficiles. Se départir de dix kilos de quotas et couper des arbres pour renflouer les finances, puis couper les ponts avec des personnes négatives de l’entourage en sont quelques exemples.
« On mise sur notre bien-être », résume l’agricultrice, qui évalue que d’ici deux ans, l’entreprise se sera refait une santé financière, notamment grâce à l’apport de travailleurs étrangers temporaires qui assurent le travail de routine, comme la traite du matin. « On aime ça quand la fin de semaine, c’est la fin de semaine. On a plus une optique entrepreneuriale, d’avoir des employés qui viennent travailler dans l’entreprise pour qu’on ne soit pas l’esclave de notre entreprise. »

Hugo Bellefeuille y voit d’ailleurs une occasion d’inspirer la relève. « Si tu veux que les enfants prennent la relève, il ne faut pas que tu voies ça comme une surcharge de travail tout le temps. Je ne veux pas être le bonhomme qui a travaillé 70 heures par semaine à s’arracher le cœur. Ils sont encore petits, mais ils ont ça dans le sang. Tu ne peux par leur enlever, ils capotent! » dit-il. « On va les mettre dans le sport, la musique, tout ça, qu’ils voient des horizons pour qu’ils fassent ce qu’ils veulent », ajoute Magalie, en évoquant tout de même les scénarios de jeux que les enfants se font déjà, à 3 et 5 ans, de reprendre la relève ensemble.
Fait maison
Ils ont peut-être quitté leurs emplois, mais ils n’ont pas perdu leurs compétences acquises dans leurs anciennes vies pour autant. Magalie Tenhave n’a pas perdu son amour des chiffres : elle s’est empressée de monter des fichiers Excel qui lui permettent de suivre, en temps réel, l’évolution des budgets, les stocks, les coûts d’alimentation et de production ou de faire les suivis de chacune des vaches. « Ça contient les informations complètes du troupeau. Si je fais un soin ou quoi que ce soit, j’ai chaque animal live sur mon téléphone », explique Hugo Bellefeuille. Sa conjointe s’empresse de vanter ses qualités de bricoleur hors pair. « Aussitôt qu’une machine brise, Hugo va machiner quelque chose pour le souder, le couper et réparer la machinerie. Il réussit à faire pas mal tout avec ce qu’on a, même si c’est un bris électrique. Et ce n’est pas broche à foin », louange-t-elle.

Le bon coup de l’entreprise
Magalie Tenhave et Hugo Bellefeuille ont toujours été d’accord pour mettre la conciliation travail-
famille au cœur des décisions de l’entreprise. Même s’il y a toujours quelque chose à faire dans une ferme, ce sont souvent des choses qui peuvent attendre au lendemain, estiment-ils. « On manquait de temps ensemble. On est allés vers la ferme pour ça, mais pas pour s’épuiser non plus. On pourrait se lever à 6 h et finir à 11 h le soir, mais on a appris à se déculpabiliser, à dire : « Ce soir, les enfants ont de la piscine ou j’ai un feu avec des amis », fait valoir l’agricultrice. Tu ne vis pas tous les jours pour travailler et, après, vivre. Tous les jours, il faut que tu vives. »

| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme Belleten |
| Spécialités : | Production laitière et grandes cultures |
| Année de fondation : | 2017 |
| Nombre de générations : | 1 |
| Noms des propriétaires : | Hugo Bellefeuille et Magalie Tenhave |
| Superficie en culture : | 206 hectares sur les 396 détenus |
| Cheptel : | 70 vaches en lactation sur une centaine de têtes au total |
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