Luc Hervieux, avec ses enfants, Pier-Luc et Carol-Ann, a ajouté la culture d’asperges biologiques à sa production maraîchère. Photos : André Laroche
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S'abonner maintenantLANORAIE – La fin de la culture du tabac au Québec aurait pu sonner le glas de la ferme de Luc Hervieux, au début des années 2000. Loin de se décourager, cet agriculteur de Lanoraie a réussi à convertir l’entreprise fondée par sa grand-mère Marguerite en une exploitation maraîchère en pleine expansion.
Cela faisait seulement huit ans que Luc Hervieux avait pris les rênes de la production de tabac de son père Ferdinand lorsque les grandes cigarettières ont arrêté d’un coup sec de s’approvisionner dans la région de Joliette, surnommée le pays du tabac à l’époque.
En moins de deux ans, en raison de l’importation massive de produits asiatiques, c’est tout un pan de l’agriculture québécoise qui s’est effondré. Frappé de plein fouet, comme une cinquantaine d’autres tabaculteurs, le jeune agriculteur de Lanoraie, qui n’avait jamais fait pousser autre chose que du tabac, a dû rapidement entreprendre la difficile conversion de sa ferme. Il fait partie d’une minorité qui a réussi ce virage.
« J’avais l’avantage d’avoir du temps devant moi », raconte M. Hervieux, aujourd’hui âgé de 60 ans. « La plupart des autres producteurs, eux, étaient déjà sur le bord de la retraite. »
Le temps n’était pas le seul atout de ce diplômé en génie civil. Depuis toujours, Luc Hervieux éprouve un réel plaisir à travailler avec la nature.
C’est une passion de faire pousser des plantes. Il faut toujours rester à l’affût de ce que l’environnement nous offre de manière à améliorer son sort et celui des autres.
Faire sa niche
C’est donc avec un enthousiasme doublé d’une bonne dose de ténacité que, sans relâche, le nouveau maraîcher a multiplié les essais dans l’espoir de trouver son créneau dans le marché alimentaire québécois. De mémoire, il énumère tout ce qu’il a fait pousser dans ses champs au fil des étés : « Des concombres, des radis, de la rhubarbe, des arachides, du chou chinois, du cantaloup, des melons d’eau… »
Au cours de ce dur apprentissage, M. Hervieux a également dû s’initier rapidement à l’art du négoce au Marché central de Montréal, où les conditions n’étaient pas faciles. « C’est une chose que je ne connaissais pas. Avec le tabac, le prix était négocié par le syndicat. Mais là, je devais apprendre comment vendre moi-même mes légumes », se remémore-t-il.
Ce petit-fils d’agriculteur s’est aussi appuyé sur un principe édicté par son grand-père dans le long développement de ses affaires. « Il répétait qu’en agriculture, nous sommes toujours en récession », explique-t-il. « Autrement dit, il faut savoir comment ne pas trop dépenser d’argent. »
La relève
Dix années de travail acharné ont été nécessaires pour créer la niche de l’entreprise et autant de temps a été consacré à se faire un nom dans le milieu, estime Luc Hervieux. Mais aujourd’hui, la ferme Ferdinand Hervieux est reconnue pour la qualité de son maïs et de ses courges. Elle produit aussi, depuis quelques étés, des aubergines, des melons canari et des asperges biologiques.
« Ce sont les additions de la relève », glisse-t-il en jetant un regard admiratif vers son fils, Pier-Luc, 33 ans, et sa fille, Carol-Ann, 31 ans. Ils deviendront propriétaires à part entière de la ferme familiale à la fin de l’année.
Si le fils aîné a toujours su qu’il voulait poursuivre l’œuvre de son père, sa sœur a d’abord entrepris une carrière dans l’enseignement au primaire avant de décider de faire équipe avec son frère.
« Je ne trouvais pas ma place dans les écoles. Quand j’en ai parlé avec Pier-Luc, il m’a répondu qu’il y aurait une place pour moi dans l’entreprise », raconte celle qui se faisait un plaisir de consacrer trois semaines de son été à la récolte du maïs.
À ses côtés, son frère hoche la tête avec approbation. « Avec mon père qui se prépare à prendre sa retraite, je ne voyais pas comment j’allais me débrouiller seul. Aujourd’hui, en agriculture, il faut être aussi bon dans les chiffres que dans les champs. »
Tout évolue très vite, reconnaît leur père.
« Les méthodes de travail, la main-d’œuvre, le climat, le souci de l’environnement, les goûts des consommateurs; tout ça change continuellement. Mais Pier-Luc et Carol-Ann savent où ils s’en vont », conclut Luc Hervieux avec fierté et assurance.

Fait maison
Toutes les eaux de lavage des pulvérisateurs de la ferme Ferdinand Hervieux passent par un biofiltre avant d’être rejetées dans la nature. D’abord jetées dans une première fosse septique, elles sont ensuite pompées au sommet d’une tour composée de trois réservoirs remplis de terreau, de paille et de sols provenant des champs. « Ils contiennent des organismes habitués de digérer les produits chimiques que nous utilisons », explique Pier-Luc Hervieux, qui a construit le système. L’eau filtrée est ensuite dirigée vers une seconde fosse septique avant de terminer sa course dans une bande filtrante. Des analyses annuelles sont effectuées pour s’assurer de l’efficacité du procédé.

Le bon coup de l’entreprise
Obtenir la certification Canada GAP pour ses productions de courges et de melons canari figure parmi les bonnes décisions de la famille Hervieux. Cette attestation leur a ouvert les portes des grandes chaînes d’alimentation. « Elle nous assure l’accès à un marché plus lucratif, qui nous apporte une plus-value », explique Pier-Luc Hervieux. La démarche d’homologation a nécessité la construction d’une nouvelle salle d’emballage. « Cela exige un investissement en temps et en argent ainsi qu’une implication de tout le monde, autant de notre part que de nos employés. Mais les retombées en valent la peine », assure Carol-Ann Hervieux. Leurs productions de maïs et d’aubergines devraient obtenir la même certification dans les prochains mois.
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferdinand Hervieux |
| Spécialités : | Maïs, courges, asperges biologiques, melons canari, aubergines |
| Année de fondation : | 1954 |
| Noms des propriétaires : | Luc, Pier-Luc et Carol-Ann Hervieux |
| Nombre de générations : | 4 |
| Superficie en culture : | 250 acres |
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