Géraud Bonnet et Naline Dupuis Desrochers produisent de l’hydromel à la ferme familiale. Ils posent en compagnie de leurs fils, Gaël et Guilhem. Photo : Geneviève Quessy
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S'abonner maintenantFERME-NEUVE – Chacun à leur façon, Anicet et Naline Desrochers suivent les traces de leurs parents, qui ont fondé une ferme apicole en 1978. Le frère et la sœur se sont partagé l’élevage des abeilles et la production d’hydromel en créant deux entreprises distinctes dont les missions se complètent.
Originaires de Lanaudière, Marie-Claude Dupuis et Claude Desrochers sont venus dans les Hautes-Laurentides et sont tombés amoureux du territoire, raconte Naline Dupuis Desrochers, qui a grandi avec son frère Anicet à la ferme fondée par leurs parents à Ferme-Neuve. C’était la fin des années 1970.
Les deux travailleurs sociaux ont alors entrepris des cours du soir, dont une formation en apiculture. Ils pensaient abandonner le projet de production apicole, quand tout à coup, un colis est arrivé. « C’étaient les abeilles! Ils les ont gardées et ont eu la piqûre, comme on dit. Alors avec l’aide d’un mentor, petit à petit, ils ont augmenté leur cheptel. À cette époque-là, la production de miel était plutôt marginale », explique Naline.
En 1989, le couple de producteurs a eu la possibilité d’obtenir un permis de boisson artisanal. Il a entrepris de suivre une formation à Saint-Hyacinthe pour apprendre à produire de l’hydromel, cette boisson alcoolisée à base de miel.
Suivant les traces de ses parents, Anicet a voulu se lancer dans l’apiculture. Il est parti en Californie pour apprendre le métier et devenir éleveur de reines. En 2000, il a fondé les Miels d’Anicet sur la terre familiale, où trône maintenant son petit magasin de miels.
« De mon côté, j’avais envie d’aller en restauration, alors j’ai fait un cours de transformation alimentaire, puis un programme de cuisine à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ) », raconte Naline.
De retour dans sa région, la jeune femme a décidé d’apporter de l’aide à ses parents, sa mère étant gravement malade.
Son conjoint, Géraud Bonnet, est entré dans sa vie, comme dans un conte de fées. « Il travaillait comme ingénieur en agriculture en France et il s’intéressait au miel. Il est venu faire un stage à la ferme, avec Anicet. C’est comme ça qu’on s’est rencontrés », mentionne Naline.
Quand le patriarche, Claude Desrochers, a voulu prendre sa retraite, Géraud et Naline ont pris le relais de la production d’hydromel, tandis qu’Anicet et sa conjointe, Anne-Virginie Schmidt, ont continué de diriger Miels d’Anicet, s’occupant de la production de miel et de l’élevage de reines.
En agriculture, on ne sait jamais comment la journée va se passer. Il faut savoir observer la nature. En voyant les abeilles qui s’affairent en temps de basse pression, on sait qu’il va pleuvoir dans une heure.
« On aime bien dire qu’on fait des vins de miel, explique Géraud Bonnet, car comme un vigneron avec son cépage, on part du miel et on cherche à l’exprimer à travers nos produits. Selon les fleurs que les abeilles ont butinées, ou encore la saison où les miels ont été récoltés, ils vont révéler des saveurs très différentes. On travaille avec du miel brut en fermentation naturelle, c’est-à-dire que l’on compte sur la levure naturellement présente sur le miel ou les fruits qu’on utilise, sans ajout de levure, comme dans la fabrication du vin nature. »
Les vins de miel de la ferme apicole Desrochers D. et les produits de Miels d’Anicet issus de leurs 1 200 ruches sont très présents sur la scène gastronomique montréalaise et mis de l’avant par plusieurs chefs cuisiniers.

La conjointe d’Anicet, Anne-Virginie, explique le rôle du couple dans la communauté apicole canadienne. « On donne des conférences, on est beaucoup dans la biologie de l’abeille et dans la commercialisation du miel. Ensemble, on ratisse tous les secteurs des métiers de l’abeille. Au Québec, on est cinq à produire des reines abeilles. On vend environ 15 000 reines par année à travers le Canada. C’est important pour le milieu apicole », explique la copropriétaire de Miels d’Anicet.
Une troisième génération se profile à l’horizon, avec les fils de Naline et Géraud, Gaël et Guilhem, et la fille d’Anne-Virginie et Anicet, Mélia, qui travaille à la ferme durant l’été.
Fait maison
Anne-Virginie Schmidt et Anicet Desrochers ont créé leur propre méthode d’hivernage afin d’aider les abeilles à survivre aux temps froids de l’hiver. « C’est important pour nous de les laisser dehors. On a notre méthode à nous. On met quatre ruches collées sur une palette de bois, avec un isolant rigide par-dessus et on ajoute une sorte de tuque qu’on fait coudre avec des papiers bulle, avec une petite ouverture comme un chapeau. La neige tombe dessus naturellement et ça fait comme un igloo. Depuis toujours, on les laisse dehors et on a un très bon succès avec ça », explique Anne-Virginie Schmidt.

Le bon coup de l’entreprise
Déjà, les parents de Naline et Anicet Desrochers avaient fait rayonner le terroir de leur région, à l’invitation de personnalités médiatiques comme Daniel Pinard ou Josée di Stasio. La deuxième génération a continué ses efforts pour faire connaître la ferme. « On était jeunes, on avait du front. On partait avec notre sac à dos rempli pour aller faire goûter nos produits dans les commerces et les restaurants, et on en donnait en cadeau », raconte Anne-Virginie Schmidt.
Le milieu gastronomique ne s’est pas fait prier. « L’hydromel, c’est tellement insécurisant pour le commun des mortels. Si on ne se collait pas à des chefs reconnus, on n’y serait pas arrivés. C’est grâce au milieu gastronomique, aux chefs qui proposent des accords avec leurs plats qu’on s’est fait connaître. Les gens qui n’auraient peut-être pas acheté une bouteille sur les tablettes vont parfois se permettre d’essayer un accord avec leur plat », ajoute Naline Dupuis Desrochers.

| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme apicole Desrochers D. et Miels d’Anicet |
| Spécialités : | Apiculture et transformation alimentaire |
| Année de fondation : | 1978 |
| Noms des propriétaires : | Naline Dupuis Desrochers et Géraud Bonnet (Ferme apicole Desrochers D.), puis Anne-Virginie Schmidt et Anicet Desrochers (Miels d’Anicet) |
| Nombre de générations : | 2 |
| Cheptel : | 1 200 ruches |
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