La relève séduite par les fleurs coupées

SAINT-ANICET – Le parcours de Sarah Beaupré Quenneville ne la menait pas d’emblée à devenir floricultrice, mais pour la jeune femme de 35 ans, il y a eu un véritable déclic qui l’a menée à se joindre à l’entreprise familiale.

Prendre la relève de l’entreprise agricole familiale n’était pas au programme pour Sarah Beaupré Quenneville. Du moins, pas jusqu’à ce que ses parents développent un volet fleurs coupées parmi leurs activités de production et de vente de tubercules de dahlias, ces fleurs dont certaines variétés sont recherchées. « Ça m’a accrochée », confirme la principale intéressée.   

« J’ai étudié en communication et en journalisme, explique Sarah. Je n’étais pas du tout là-dedans [en agriculture]. Mais ma mère me parlait de ses fleurs coupées et, quand je suis venue voir ça, il y a eu un déclic. » 

L’année 2019 a été une « année test » pour la floricultrice de 35 ans. Elle s’est, à cette occasion, impliquée davantage au quotidien avec ses parents à la ferme florale de Saint-Anicet, en Montérégie, tout en conservant l’emploi qu’elle occupait à cette époque. À la fin de l’année, son choix était clair. « J’ai lâché ma job pour travailler à la ferme à temps plein », dit-elle.

Mais Sarah Beaupré Quenneville n’a pas choisi la voie facile pour autant.

On s’entend qu’une ferme florale, ce n’est pas dans les standards de l’agriculture. Il fallait tout créer de A à Z. Le gros défi, c’est de vendre les fleurs. Le marché international des fleurs est tellement omniprésent.

Liliane Beaupré, mère de Sarah

Liliane Beaupré et Roger Quenneville s’étaient pour leur part lancés quelques années plus tôt dans la culture de différentes fleurs coupées pour attirer des clients potentiels pour leur produit phare, les dahlias. Ils vendent en ligne, depuis 2011, près de 200 variétés de tubercules. Certaines d’entre elles s’écoulent en quelques minutes, lorsqu’elles sont mises en vente. Le couple fait également de l’hybridation.

« Les gens pouvaient venir cueillir leurs fleurs et, en même temps, découvrir nos variétés de dahlias », explique Mme Beaupré.   

Miser sur la production

En 2020, la COVID a fait « exploser » la popularité de l’autocueillette à la ferme florale Au Beau Pré. « Il y avait tellement de monde ici! C’était effrayant, raconte Sarah Beaupré Quenneville. Il y a eu, par moment, plus de 500 personnes par jour. On a dû se réajuster! » 

L’avantage de cette période effervescente, c’est qu’elle a permis à la ferme florale de se faire connaître. En plus de l’autocueillette (plus d’une cinquantaine de variétés de fleurs offertes), différents créneaux ont été développés : vente aux fleuristes, fourniture de fleurs lors de mariages et abonnements à des bouquets fleuris, inspirés des paniers fermiers.   

En 2022, les Beaupré Quenneville ont toutefois dû faire un choix. « On faisait tout. Et tout prenait de l’ampleur, dit Sarah, enceinte de son deuxième enfant à l’époque. On a dû choisir entre être une entreprise touristique ou bien une entreprise de production. »

Liliane Beaupré et Sarah prévoient utiliser la serre cet hiver pour prolonger la période de production.
Liliane Beaupré et Sarah prévoient utiliser la serre cet hiver pour prolonger la période de production.

La deuxième option a été privilégiée. « Mes parents sont d’excellents producteurs, fait valoir Sarah. Notre force est là. » 

La ferme Au Beau Pré a décidé, dans la foulée, de concentrer sa production sur certaines variétés, dont les dahlias, les pivoines et les chrysanthèmes. Même chose pour les giroflées, les renoncules et les delphiniums. Une partie de la production est écoulée auprès du réseau de fleuristes et de grossistes développé par Sarah; l’autre, par la vente en ligne de tubercules de dahlias. 

Les fermes florales, engagées dans la promotion et la production des fleurs coupées locales, se sont multipliées depuis 10 ans. Engagée au sein de l’association des Productrices et producteurs de fleurs coupées du Québec, Sarah plaide pour la mise en place de standards de qualité afin de contribuer à la reconnaissance de la floriculture au Québec.

Éclosion de projets 

Liliane Beaupré et Roger Quenneville étaient, à une autre époque, spécialisés dans les cultures céréalières. À la vente de la ferme acquise des parents de M. Quenneville, ils se sont lancés dans la production de cèdres et de dahlias en 2006. 

Faute de relève, ils ont d’ailleurs mis un terme à la production de cèdres en 2011. Ils croyaient bien devoir faire pareil avec les dahlias, un secteur horticole dans lequel ils ont su s’imposer (leurs tubercules trouvent preneurs au Canada, aux États-Unis, et parfois jusqu’en Europe), jusqu’à ce que la magie florale opère auprès de leur fille. 

Les projets foisonnent désormais pour le trio. Une pivoinerie de 6 000 plants a été aménagée. Un atelier comprenant des espaces réfrigérés sera construit cet été. Certaines variétés seront produites en serre durant l’hiver. Et l’espace alloué à la culture des fleurs pourrait être multiplié par 10, au besoin.  

Bref, la ferme florale Au Beau Pré semble vouée à un bel avenir.  

Fait maison

Déterrer les tubercules de dahlias l’automne venu pour assurer leur conservation et leur mise en marché avait tout d’une corvée avant que Roger Quenneville construise un « souleveur de dahlias », inspiré des équipements existants pour récolter les pommes de terre. Accroché à un tracteur, le « dahlia digger » est muni d’un plateau inclinable qui soulève les tubercules lors du passage au champ. « Ça a tout changé, lance le producteur-inventeur. La première année, avant que l’équipement soit prêt, ça a pris quatre jours, à deux personnes, pour sortir à la pelle les tubercules de la moitié d’un champ. Avec la machine, j’ai sorti l’autre moitié en quatre heures! »   

Comme les équipements pour la floriculture sont plus rares, Roger Quenneville sait faire preuve d’ingéniosité.
Comme les équipements pour la floriculture sont plus rares, Roger Quenneville sait faire preuve d’ingéniosité.

3 conseils pour se lancer en floriculture

Bien connaître sa production

Comme pour toutes choses, bien connaître le domaine dans lequel on souhaite se lancer est essentiel. « C’est un métier. Ce n’est pas juste un hobby », fait valoir Sarah Beaupré Quenneville. « Ça demande quand même un investissement important pour démarrer une entreprise. Si on veut en vivre, il faut être sérieux », renchérit Liliane Beaupré.

Choisir son créneau

Produire pour des fleuristes ou des grossistes, miser sur l’autocueillette, offrir des abonnements de bouquets fleuris, faire la tournée des marchés publics : les options de mise en marché ne manquent pas. Sarah Beaupré Quenneville croit toutefois qu’il est important « de ne pas trop s’éparpiller » et de cibler un créneau en fonction de ses intérêts.

Y aller graduellement

Commencer plus petit est un conseil que la famille Beaupré Quenneville aurait bien aimé avoir quand elle a décidé d’élargir sa production de fleurs. « On a commencé trop grand, trop vite, dit Sarah. C’était trop épuisant. Tu peux essayer autre chose, une fois que tu maîtrises bien ta production. »

Comme pour toutes choses, bien connaître le domaine dans lequel on souhaite se lancer est essentiel.
Comme pour toutes choses, bien connaître le domaine dans lequel on souhaite se lancer est essentiel.
Fiche technique
Nom de la ferme :

Au Beau Pré

Spécialité :

Floriculture

Année de fondation :

2007

Noms des propriétaires :

Liliane Beaupré, Roger Quenneville et Sarah Beaupré Quenneville

Nombre de générations :

2

Superficie en culture :

3,2 hectares

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