Ma famille agricole 9 septembre 2025

Hommage familial aux saveurs d’ici et d’ailleurs

SAINT-AMBROISE-DE-KILDARE – Douze ans d’amour à distance n’ont pas empêché Jessica Grégoire et Loïc Leperlier de fonder une famille et de se lancer dans un projet agricole qui rend hommage aux traditions de leurs ancêtres. La ferme et table champêtre Huit 100 Vingt a sa couleur bien à elle, entre terroir lanaudois et savoir-faire international.

Jessica Grégoire ne s’attendait pas à reprendre le flambeau de ses aïeux, en entaillant les érables à nouveau. Grâce à une histoire d’amour incroyable, qui lui a permis de rencontrer Loïc Leperlier, chef cuisinier originaire de l’île de la Réunion, ils ont repris la ferme familiale et créé la table champêtre Huit 100 Vingt, à Saint-Ambroise-de-Kildare.

Native de Lanaudière, Jessica Grégoire travaillait en hôtellerie lorsqu’elle a rencontré Loïc Leperlier, dans un hôtel de luxe de l’association Relais & Châteaux, Pennsylvanie, en 2012. Près de dix ans de relation à distance et deux enfants plus tard, le couple a été réuni au Québec et a décidé de bâtir un projet commun.

« On savait que ce serait quelque chose autour de la restauration et autour de la ferme, et les évènements se sont enchaînés pour nous amener là où nous en sommes aujourd’hui », relate Jessica Grégoire.

Dans la haute bâtisse de planches, sciées à même les pins et les érables de la forêt par la famille elle-même, trône le rutilant évaporateur. On se croirait presque dans une petite cabane à sucre familiale, exception faite de la cuisine à aire ouverte où s’exécute Loïc Leperlier, les soirs où la vingtaine de convives sont réunis pour la table champêtre.

« On a toujours fait ça dans la famille. Mon grand-père, puis mon père, on a fait du tabac, on avait des vaches laitières, mais on produisait notre sirop, sans que ce soit commercial, toujours à la chaudière », raconte Christian Grégoire, père de Jessica. Juste à côté de la terre de ses grands-parents et de celle de ses parents habitait un couple qui a été très important pour Jessica Grégoire.

« On était très proches, ils étaient importants pour nous, raconte sa mère, Sylvie Ferland. Jessica se faisait garder là souvent. Ils avaient un jardin et lui ont appris plein de choses. Quand ils sont décédés, elle a eu l’opportunité d’acheter la propriété. » 

On s’est lancés dans la production de caramels, sirops vieillis, beurres d’érable, mais avec des saveurs non traditionnelles. Du produit pur, je n’en ai pas dans ma boutique, et c’est un choix qu’on fait.

Jessica Grégoire
Le jardin de légumes, d’aromates et de fleurs, auquel s’est greffée une serre depuis cet été.

Au moment d’acheter la terre, Jessica Grégoire en connaissait déjà tous les recoins.

« J’adorais la vue qu’on a du haut de la butte, alors c’est ici qu’on a voulu construire la table champêtre. On a installé l’évaporateur à l’intérieur du nouveau bâtiment et complètement transféré la production de sirop d’érable de la famille à cet endroit », raconte-t-elle.

De l’aide bienvenue

Jessica Grégoire et Loïc Porlier ont l’aide des parents de Jessica quand il s’agit de travailler au jardin, d’entretenir les bâtiments, ou de faire la production de sirop d’érable. Il reste que travailler tous les matins à la ferme et finir sa journée au restaurant n’est pas de tout repos. « Une ferme, c’est beaucoup de logistique. Il faut tenir en compte les compétences qu’on a quand c’est le temps de concevoir son projet », dit Sylvie Ferland, maman de Jessica. Sa fille pense aussi qu’il faut être réaliste. « On se voyait avoir deux vaches pour faire notre lait et le servir à la table champêtre, mais on s’est vite rendu compte que la législation ne nous le permettait pas. » Une de leur force, selon Jessica Grégoire, a été de ne pas voir trop grand. « Notre rentabilité est là parce qu’on est peu de personnes, que notre jardin n’est pas plus gros. C’est volontaire que ce soit petit, mais le modèle fonctionne. »

Depuis l’ouverture de la table champêtre Huit 100 Vingt, au printemps 2024, les saisons s’enchaînent, fournissant fruits, légumes, herbes et volailles de la ferme pour garnir les assiettes, quatre soirs par semaine, ainsi que les brunchs de la fin de semaine.

Loïc Leperlier a plus d’un tour dans son sac pour les mettre en valeur, ayant travaillé dans de nombreux restaurants à travers le monde, dont quelques étoilés Michelin.

Loïc Leperlier a plus d’un tour dans son sac pour  mettre en valeur les produits de la ferme.

« J’ai toujours travaillé comme ça, confie Loïc Leperlier. J’ai l’habitude d’élaborer mes menus à partir de ce qu’il y a de disponible. C’est vraiment ce que j’aime faire. Ici, je choisis les semences, je les récolte et je les cuisine. Si j’ai trois trucs de prêts, assez pour une vingtaine de ­personnes, c’est ce qu’on va manger ce soir. »

Le couple a créé des jardins de légumes, d’herbes aromatiques et de fleurs, bordés de haies de framboisiers et de pommiers. Une serre s’y est ajoutée cette année, où mûrissent des tomates et des poivrons.

Grâce au projet-pilote d’abattage à la ferme du ministère de l’Agriculture, leurs 300 volailles sont abattues directement sur place, avant d’être servies à la table champêtre. Un jour, ils espèrent bien pouvoir faire la même chose avec des bœufs.  

Le sirop d’érable vieilli en barrique est d’abord ce qui a fait connaître la ferme Huit 100 Vingt.

Le sirop d’érable vieilli en barrique est d’abord ce qui a fait connaître la ferme Huit 100 Vingt.

Le bon coup de l’entreprise

Selon Jessica Grégoire, les choses se sont mises à s’enchaîner et à les entraîner vers le succès, à partir du moment où ils ont pris une décision bien précise. « Mon père ne croyait pas à ça, le sirop d’érable vieilli. Pour lui, c’est sacré, il faut laisser ça pur, du sirop! Mais Loïc et moi, on avait notre idée. On a acheté des barriques d’alcool et on a décidé de tenter le coup et d’en faire vieillir. Ça prend quelques mois quand même avant d’avoir un résultat, mais dès qu’on a mis ça en vente, ça s’est vendu très rapidement. » C’était la pandémie. Il y avait « Ma cabane à la maison », les gens voulaient encourager les acériculteurs, poursuit Jessica. « Quelque temps plus tard, quand on a lancé la table champêtre, le mot s’était passé. Les gens connaissaient nos produits et étaient curieux de voir ce qu’on allait faire avec la table champêtre. »

Fiche technique
Nom de la ferme :

Ferme et table champêtre Huit 100 Vingt

Spécialités :

Produits de l’érable, table champêtre

Année de fondation :

2024

Noms des propriétaires :

Jessica Grégoire et Loïc Leperlier

Nombre de générations :

4

Superficie en culture :

50 hectares, dont les 2/3 loués en grandes cultures

Cheptel :

300 poules

Avez-vous une famille à suggérer?
[email protected] | 1 877 679-7809


Ce portrait de famille est présenté par