Devant, Lucas (8 ans) et Aimée (10 ans). Deuxième rangée, sur la balle, Amélia (13 ans), Luc et Marie-Pierre, Ima (15 ans). En arrière, Félix (12 ans) et Olivier (17 ans). Photos : Maurice Gagnon
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S'abonner maintenantCACOUNA — À Cacouna, Marie-Pierre Pelletier et Luc Malenfant allient héritage familial et vision de croissance. À la tête de deux entreprises laitières complémentaires du Bas-Saint-Laurent et de 850 acres en culture, ils privilégient l’autonomie alimentaire et le bien-être des troupeaux. Portés par leur passion et une relève déjà engagée, ils avancent sur une voie où performance rime avec respect de la terre.
L’histoire de Marie-Pierre Pelletier avec l’agriculture commence par une anecdote amusante. Durant son enfance, lors d’une exposition agricole, ses parents l’avaient perdue de vue. Ils l’ont finalement retrouvée endormie dans la paille, blottie contre une jeune génisse du troupeau. « L’amour des animaux, il était déjà là », confie-t-elle aujourd’hui. Cette passion est devenue le moteur de sa vie. Diplômée du campus de La Pocatière de l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec (ITAQ) en gestion et technologies d’entreprise agricole au début des années 2000, elle représente la troisième génération sur la terre familiale.
La Ferme Les Arpents Verts a parcouru un long chemin depuis qu’Hervé, le grand-père de Marie-Pierre, l’a acquise, suivi de son père, Viateur, et son épouse, Denise Jouvin, en 1987. Officiellement propriétaire unique depuis le 1er novembre 2024, Marie-Pierre a vu le quota tripler en vingt ans. « Quand je suis sortie de l’ITAQ, on avait 50 kilos. Aujourd’hui, on en a 140 », explique-t-elle. Le troupeau Holstein compte désormais 150 têtes, dont 88 vaches en lactation logées en étable entravée, tandis que la relève et les vaches taries sont en stabulation libre.

Retour à la terre
Aux côtés de Marie-Pierre, Luc apporte une expertise complémentaire, bien que son retour à la terre n’ait pas été immédiat. Après avoir travaillé une dizaine d’années chez un fabricant de portes et fenêtres et douze ans chez un fabricant de meubles de la région comme peintre et responsable de l’entretien, il a choisi de revenir à ses racines agricoles. « J’ai toujours aimé toucher à tout : réparer, souder, travailler dehors. Je faisais de plus en plus d’agriculture les fins de semaine, puis, à un moment donné, c’est devenu difficile de concilier les deux. Il a fallu que je fasse un choix », raconte-t-il. Sa polyvalence est un atout majeur pour l’entretien de la machinerie et des bâtiments, surtout après l’incendie qui a détruit leur garage de mécanique l’an dernier, les forçant à reconstruire une structure moderne de 52 sur 62 pieds.
Aujourd’hui, le couple gère deux entités distinctes : la ferme familiale de Marie-Pierre et la Ferme du Versant Nord, une ferme laitière acquise par Luc en 2020. Ce modèle à deux têtes permet une meilleure gestion des deux entreprises. « On a pu optimiser l’utilisation de la machinerie et améliorer l’efficacité des opérations, tout en augmentant la production laitière », souligne Marie-Pierre. Ensemble, ils cultivent 850 acres de terres sans boisé, produisant maïs, blé, orge, seigle et ensilage pour atteindre une quasi-autonomie alimentaire.
Bien-être animal
Le bien-être animal demeure au centre de leurs préoccupations. En 2026, le couple prévoit construire une extension de 40 pieds pour créer des parcs de vêlage plus spacieux. À plus long terme, vers 2028, ils envisagent de robotiser la traite pour moderniser davantage les activités. Pour l’instant, l’alimentation est déjà automatisée grâce à un système de ration totale mélangée (RTM) géré par ordinateur, bien que la distribution devant les vaches se fasse encore à l’aide d’un chariot motorisé.
Cette vision à long terme est aussi portée par leurs six enfants : Olivier, Ima, Amélia, Félix, Aimée et Lucas. La relève semble déjà pointer le bout de son nez. Olivier, l’aîné de 17 ans, se dirige vers un diplôme d’études professionnelles en production laitière, tandis que Félix, 12 ans, se passionne déjà pour la mécanique et les tracteurs. Quant aux filles, elles s’investissent avec ferveur dans la préparation des animaux pour les expositions agricoles, une tradition chère à Marie-Pierre. « Mon but, c’était d’avoir un bon troupeau, d’être fière des vaches que je montrais », affirme-t-elle avec un brin de nostalgie.
Dans la cour de la ferme, les enfants grandissent au rythme des saisons, entre les tracteurs, les champs et les animaux. Un environnement qui rappelle à Marie-Pierre et à Luc leurs propres débuts. Avec une famille aussi soudée et une gestion rigoureuse, l’avenir de l’entreprise semble aussi solide que les terres qu’elle cultive.

Détour par les buissons
Pour Luc Malenfant, qui a lui aussi grandi dans une ferme de Saint-Arsène, au Bas-Saint-Laurent, l’immersion dans le monde agricole a d’abord pris un détour par les buissons sauvages. Pendant que son père fauchait et que son frère aîné râtelait les champs, lui et ses frères plus jeunes étaient chargés de cueillir les bleuets, les fraises et les framboises. « C’était la façon de ma mère de se débarrasser de nous autres pour nous occuper pendant les gros travaux », raconte-t-il avec humour. Une manière bien à eux de contribuer, comme les aînés, à la vie de la ferme.
Le troupeau Holstein de la Ferme Les Arpents Verts compte quelque 150 têtes, dont 88 vaches en lactation logées en étable entravée.
Le bon coup de l’entreprise
Le véritable tournant pour Marie-Pierre Pelletier et Luc Malenfant est survenu en juillet 2020, avec l’achat de la ferme voisine, l’ancienne Ferme Sigamel. En effet, la transaction, qui a permis d’ajouter, à l’époque, 70 kilos de quota – 96 kilos aujourd’hui –, a permis d’optimiser l’usage de la machinerie grâce à la proximité des terres. Leur voisin, Bruno Gagnon, ne prévoyait pourtant pas vendre avant cinq ans, mais Marie-Pierre et Luc avaient tout de même manifesté leur intérêt. « On lui avait dit que, s’il décidait un jour de vendre, on serait intéressés à tout reprendre; pas seulement la terre, mais aussi les vaches et l’ensemble de l’exploitation », raconte Luc. Deux mois plus tard à peine, il les rappelait. « Ça se passe aujourd’hui », leur a-t-il lancé, précipitant une expansion stratégique bien plus tôt que prévu.
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme Les Arpents Verts |
| Spécialité : | Lait |
| Année de fondation : | 1987 |
| Noms de la propriétaire : | Marie-Pierre Pelletier |
| Nombre de générations : | 3 |
| Superficie en culture : | 850 ha (en tout) |
| Cheptel : | 150 têtes |
| Fiche technique | |
|---|---|
| Nom de la ferme : | Ferme du Versant Nord |
| Spécialité : | Lait |
| Année de fondation : | 2001 |
| Noms du propriétaire : | Luc Malenfant |
| Nombre de générations : | 1 |
| Superficie en culture : | 850 ha (en tout) |
| Cheptel : | 110 têtes |
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