Au bon endroit au bon moment


L’ASSOMPTION – Colette Hervieux a ouvert un petit kiosque, il y a 55 ans, à L’Assomption, pour vendre les légumes cultivés dans l’immense potager familial. Son fils, sa belle-fille et ses petits-fils l’ont transformé en un important marché fermier, mais surtout en un modèle d’intégration verticale de la production maraîchère.

Colette Hervieux n’est pas la propriétaire, encore moins une employée, des Récoltes Hervieux. À 81 ans, elle se présente néanmoins chaque après-midi, sept jours sur sept, à ce marché saisonnier de L’Assomption pour aider les commis ou encore retirer des étals les légumes quelque peu abîmés.  

La dame est l’âme de l’endroit. Dès qu’ils l’aperçoivent, les clients font un détour pour la saluer, prendre des nouvelles de son arrière-petit-fils et lui souhaiter un bel été. « J’essaie de me rendre utile pour aider les enfants », dit-elle pour expliquer sa présence quotidienne assidue dès l’ouverture de la saison, à la mi-mai. « Je m’ennuie de tout ça pendant l’hiver. »

C’est par amour des gens que cette femme d’agriculteur a ouvert son premier kiosque à légumes en 1970, pas très loin de l’actuel commerce. « Nous étions à la 8e maison à partir d’ici », raconte-t-elle. « J’avais commencé par installer un petit banc au chemin pour vendre nos légumes aux passants. »

Colette Hervieux a cependant toujours refusé d’apprendre à conduire un tracteur. « Je n’aime pas l’agriculture », confie-t-elle avec franchise. « Je ne voulais pas être obligée d’aller aux champs si j’avais su conduire le tracteur. Mais mon fils Mario, lui, s’est trouvé derrière un volant dès l’âge de cinq ans. Lui, il aime vraiment ça! »

Plus d’un demi-siècle après avoir ouvert son kiosque à légumes, Colette Hervieux se fait toujours un plaisir de venir tous les jours au marché familial pour rencontrer sa fidèle clientèle.
Plus d’un demi-siècle après avoir ouvert son kiosque à légumes, Colette Hervieux se fait toujours un plaisir de venir tous les jours au marché familial pour rencontrer sa fidèle clientèle.

Une passion pour le maïs 

Mario Hervieux est pour ainsi dire né agriculteur. Il a grandi sur la terre défrichée par son grand-père à l’entrée de L’Assomption, face à la rivière du même nom. Après avoir appris à la cultiver aux côtés de son père, il s’en est porté acquéreur au tournant du millénaire. 

Au fil des années, la ferme Hervieux s’est fait connaître pour la qualité de son maïs sucré, au point où il a été sacré « meilleur maïs du Québec » par l’animateur Boucar Diouf. La clé de cette réussite se trouve en partie dans les terres grasses des environs, réchauffées par un microclimat qui procure 2 900 unités thermiques maïs (UTM).

La véritable recette du succès se niche cependant dans la passion toujours intacte de Mario Hervieux pour le légume vedette des fêtes d’été des Québécois. à

Je veux que mordre dans chaque épi soit une expérience mémorable. C’est comme ça que le mot se passe et que la demande fait boule de neige.

Mario Hervieux

Pour y parvenir, Mario Hervieux planifie sa séquence de plantation avec une précision quasi militaire. Son objectif : pouvoir récolter quotidiennement entre 20 000 et 40 000 maïs, du début juillet jusqu’à la fin août, de manière à afficher « Maïs frais du jour » dans une douzaine de points de vente dans les alentours.

Le choix des semences est névralgique. Depuis toujours, M. Hervieux ne plante que des variétés à identité protégée. Pourquoi? Par prudence, répond-il. « Peut-être que, dans 40 ans, on se dira qu’on n’aurait jamais dû faire du transgénique. »

La réputation du « maïs de la famille Hervieux » attire à L’Assomption des amateurs qui viennent parfois d’aussi loin que la Rive-Sud, dans la région de Montréal. La vente directe constitue un ingrédient important de la rentabilité de l’entreprise, affirme Mario Hervieux. « De cette manière, je profite de la valeur ajoutée comme producteur et comme détaillant. »

Mario Hervieux, avec ses fils Alex et Tommy, s’est lancé dans la culture en serre de haricots.
Mario Hervieux, avec ses fils Alex et Tommy, s’est lancé dans la culture en serre de haricots.

Au bon moment

Avec sa conjointe, Chantal Gagnon, Mario Hervieux a acheté, en 2010, un bâtiment commercial situé à quelques centaines de mètres de la ferme pour y déménager le kiosque à légumes. Le village a connu une expansion fulgurante dans les années suivantes.

« Sans le savoir, nous nous sommes installés au bon endroit au bon moment », dit Mme Gagnon. 

Sous la direction des fils du couple, Alex et Tommy, tous deux diplômés en administration, le marché prend de l’expansion chaque année. Les deux frères ont aussi fait construire des serres pour produire des haricots, des concombres et des cornichons. Ces cultures s’ajoutent à la production de fraises, l’autre spécialité de la ferme. 

Debout au milieu du marché qui porte son nom, Colette Hervieux apprécie le chemin parcouru en plus d’un demi-siècle. « Cela me fait chaud au cœur de voir comment Mario et sa famille ont fait prospérer mon petit kiosque », conclut-elle, tout sourire.  

Équipement techno

Les capacités du nouveau semoir de précision Precea 3000-CC du fabricant allemand Amazone émerveillent la famille Hervieux. Sa principale différence : une roulette de réception qui dépose chaque grain dans le sillon, toujours au même intervalle et à une hauteur uniforme, faisant en sorte que les plants grandissent sans jamais se faire concurrence. Un capteur optique, couplé à un disque sélecteur automatique, s’assure qu’il n’y a jamais d’espace vide ni de doublons. Cette précision se traduit par une meilleure productivité, affirme Alex Hervieux. « On obtient plus de douzaines par acre si les grains sont tous semés à la même distance et à la même profondeur, avec une dose précise d’engrais. Avec le contrôle Isobus à l’écran, le champ est égal, la qualité est égale et le rendement est augmenté », affirme Alex Hervieux.

Alex Hervieux se réjouit d’avoir fait, en 2024, l’acquisition d’un semoir de précision de marque Amazone.
Alex Hervieux se réjouit d’avoir fait, en 2024, l’acquisition d’un semoir de précision de marque Amazone.

Fait maison

Mario Hervieux a créé de toutes pièces un engin surélevé pour optimiser la récolte du maïs. Grâce à ses longues jambes, il peut avancer lentement à travers les champs sans coucher ni écraser les plants de maïs. Des ouvriers agricoles marchent derrière lui pour choisir les épis parvenus à maturité, tout en laissant aux autres le temps de mûrir un peu. Un convoyeur transporte les légumes en haut de la remorque, où un opérateur procède immédiatement à l’ensachage. Cette invention permet de réduire non seulement les coûts de main-d’œuvre, mais aussi les risques d’abîmer les maïs par un transvasement dans une remorque traditionnelle. « On obtient aussi une récolte de meilleure qualité, car on peut passer une seconde fois dans le champ pour casser les épis au meilleur moment », explique Alex Hervieux.

On obtient aussi une récolte de meilleure qualité, car on peut passer une seconde fois dans le champ.

Alex Hervieux
Mario Hervieux a créé de toute pièce un nouvel engin pour la récolte de maïs.
Mario Hervieux a créé de toute pièce un nouvel engin pour la récolte de maïs.
Fiche technique
Nom de la ferme :

Les Récoltes Hervieux

Spécialités :

Maïs sucré et fraises

Noms des propriétaires :

Chantal Gagnon, Mario Hervieux, Tommy Hervieux et Alex Hervieux

Nombre de générations :

4

Année de fondation :

1972

Superficie en culture :

83 hectares et 45 000 pieds carrés de serres

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