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Plantations transgéniques de soya, à gauche, et de maïs, à droite, près de la rivière Huron, en Montérégie. Crédit photo : Vincent Fugère

Plantations transgéniques de soya, à gauche, et de maïs, à droite, près de la rivière Huron, en Montérégie. Crédit photo : Vincent Fugère

Un herbicide qui préoccupe les environnementalistes

Soupçonné d’être toxique pour les humains, le glyphosate, mieux connu sous l’appellation commerciale Roundup, fait la manchette depuis des années. Marie-Pier Hébert, doctorante au Département de biologie de l’Université McGill, s’inquiète pour sa part des impacts de cet herbicide sur les cours d’eau en milieu agricole.

« Jusqu’à présent, personne ne s’était encore penché sur les apports en phosphore provenant du glyphosate. Pourtant, ce pesticide est le plus employé dans le monde et son utilisation est en pleine expansion », fait-elle valoir.

La chercheuse a constaté que le phosphore issu du glyphosate peut être absorbé par les algues microscopiques et les plantes aquatiques. Par conséquent, sa présence croissante dans les cours d’eau pourrait contribuer, en partie, à leur eutrophisation. La prolifération des algues et des plantes aquatiques peut mener à une désoxygénation de l’eau et à la mort d’organismes aquatiques, dont certains poissons.

Dans le cadre de sa recherche, la spécialiste en écologie aquatique a consulté les données compilées par le gouvernement américain. « J’ai tenté de faire le même exercice pour le Québec et le Canada, mais les données sont beaucoup plus disparates et difficiles d’accès », explique-t-elle.

Des zones à risque

La chercheuse estime qu’il faudrait surveiller de plus près cette source de phosphore dans les régions où les terres sont déjà saturées à la suite d’épandage d’engrais phosphatés. Puisque ces sols ne retiennent que partiellement le phosphore, le pesticide risque de ruisseler vers les cours d’eau, particulièrement s’il est appliqué de façon excessive. Elle recommande aussi de surveiller les zones de culture intensive de maïs, de soya et de coton génétiquement modifiés pour résister au glyphosate.

Détergents phosphatés

Rappelons que dans les années 1980, l’ajout de phosphates dans les détergents a été interdit au Canada pour limiter l’eutrophisation des cours d’eau. Fait intéressant, Mme Hébert a décelé des apports de phosphore attribuables au glyphosate similaires à ceux qui ont mené à la législation des détergents phosphatés. C’est pourquoi elle recommande de comptabiliser et de réglementer les quantités de glyphosate utilisées en milieu agricole.

Actuellement, la réglementation visant à limiter la pollution phosphorée porte essentiellement sur les engrais puisqu’ils en sont la principale source. Toutefois, remplacer le glyphosate par un autre herbicide ne réglera pas tous les problèmes liés à la pollution environnementale.

« Afin de limiter les impacts négatifs pour les producteurs, je souhaiterais que le gouvernement soutienne des solutions de rechange plus vertes qui sont plus durables pour notre environnement, comme le désherbage à la vapeur d’eau », conclut la doctorante.

La situation au Québec

Le principal pesticide employé au Québec est le glyphosate. C’est en Montérégie qu’on s’en sert le plus. Cependant, son utilisation ici ne serait pas aussi intensive qu’aux États-Unis, du fait que le Québec restreint son application de façon plus stricte que la majorité des circonscriptions aux États-Unis, rapporte Mme Hébert.

Marie-Claude Ouellet, Agence Science-Presse