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Elise Shepley, doctorante dans le laboratoire de la chercheuse Elsa Vasseur au Département des sciences animales de l’Université McGill, en compagnie d’une vache nommée Hasta La Vista. Crédit photo : Elise Shepley

Elise Shepley, doctorante dans le laboratoire de la chercheuse Elsa Vasseur au Département des sciences animales de l’Université McGill, en compagnie d’une vache nommée Hasta La Vista. Crédit photo : Elise Shepley

Les vaches ont besoin de récréations

Pendant son projet de doctorat, Elise Shepley analysait la santé des pattes des animaux en lien avec leur mode de logement, en stabulation libre ou entravée. « Je tente de démontrer l’impact positif de faire bouger les bovins, un aspect peu documenté scientifiquement et méconnu des producteurs », explique-t-elle.

Bien qu’elle n’était pas à la recherche de la meilleure marcheuse, la jeune chercheuse a remarqué avec amusement que les vaches adoraient défiler lorsqu’elle les sortait pour analyser leur démarche. Elles ont vite compris que cette activité leur donnait aussi droit à une petite gâterie alimentaire. « Une des vaches en voulait plus, se rappelle-t-elle. Elle attendait qu’on lui gratte le derrière pendant plusieurs minutes pour nous gratifier d’une démarche digne d’un défilé
de mode! »

Or, comme les vaches laitières ne sont physiologiquement pas faites pour passer leur vie dans les pâturages; la plupart des agriculteurs préfèrent les garder dans l’étable. Mais il existe aussi d’autres raisons. Les fermes familiales n’ont souvent pas de grandes terres propices aux pâturages. De plus, les producteurs pensent à tort qu’en bougeant plus, les vaches produiront moins de lait. Enfin, les stalles en stabulation entravée – qui dominent dans les exploitations québécoises – facilitent la traite et permettent des soins individualisés, mais les empêchent de se dégourdir les pattes.

De l’exercice pour de bonnes pattes

En quête d’un compromis entre les pâturages et les stalles, l’étudiante au doctorat a étudié un troupeau de vaches dont la moitié restait confinée en stabulation entravée, tandis que l’autre moitié sortait dans des enclos intérieurs tapissés de paille pendant la période de tarissement. Chaque animal était muni d’un podomètre pour calculer son temps d’activité. Les changements de position – debout à couché – ont été filmés tout au long de l’expérimentation.

Après l’analyse des premiers résultats, Elise Shepley note que le temps de repos est supérieur chez les vaches qui ont eu droit à des moments de liberté. Leurs pattes sont aussi devenues plus fortes et elles ont moins souffert de blessures ou de problèmes de démarche. À la lumière de ces observations, elle recommande donc aux producteurs de promener leurs vaches dans un enclos intérieur lors de la période de tarissement afin qu’elles puissent se délier les pattes. « Je crois qu’il s’agit d’une bonne option qui ne nécessite pas de reconfigurer l’étable ou de sortir les animaux dehors, précise la chercheuse, puisque ces changements représenteraient beaucoup d’énergie et d’investissement. » En effet, des stalles plus larges feraient perdre de l’espace dans l’étable. Et les stalles libres, sans entrave, sont souvent liées à plus de problèmes de boiterie.

Des récréations avant le vêlage

La période de tarissement est le moment idéal pour changer la vache d’environnement puisqu’elle vit déjà des transformations physiologiques liées à la gestation.

Nathalie Kinnard, Agence Science Presse