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Peter G. Brown, professeur à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement, possède aussi une terre à bois. Photo : Gracieuseté de Peter Brown

Peter G. Brown, professeur à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement, possède aussi une terre à bois. Photo : Gracieuseté de Peter Brown

Les racines d’une économie écologique

« Je suis un gardien de la Terre, j’en prends soin. » C’est ainsi que Peter G. Brown, producteur forestier certifié et professeur à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’environnement de l’Université McGill, résume sa philosophie à l’égard de sa terre à bois d’environ 400 acres dans la municipalité de Franklin, en Montérégie.

Contrairement à bon nombre de ses collègues de l’École des sciences des ressources naturelles, de celle de l’environnement ou du Département de géographie, le professeur Brown travaille sur des sujets qui peuvent ne pas sembler bien terre à terre à première vue.

Le chercheur s’intéresse avant tout aux systèmes de pensée qui façonnent notre lien à la Terre. Dans ses travaux, il interroge le rapport à la nature qui a mené l’être humain à dégrader la capacité de la planète à supporter la vie. Il est d’ailleurs membre du club de Rome, l’un des premiers groupes de scientifiques à s’être inquiété du réchauffement climatique et à avoir anticipé l’épuisement des ressources naturelles lié au modèle dominant de croissance économique globale.

Les fausses prémisses de l’économie classique

L’économie classique repose sur un « ensemble d’idées dangereuses », affirme le philosophe, qui remet en question notamment les préceptes de la croissance et de la propriété. Bien que sa critique ne vise pas spécifiquement l’agriculture, il estime que « l’économie agricole comme discipline » est aux prises avec les mêmes contradictions que l’économie en général.

Ainsi, l’agriculture à grande échelle contribue à la déstabilisation du climat et produit des externalités négatives en générant des problèmes environnementaux comme la pollution. Par exemple, en contaminant les eaux de surface avec des engrais ou des pesticides, les entreprises agricoles font porter à la société une part du « fardeau des coûts de leurs activités », déplore le chercheur, qui voit là une forme de « propriété sans intendance », caractéristique du modèle économique classique. 

Une économie à repenser

À la tête du centre Economics for the Anthropocene, le professeur Brown cherche donc à élargir le champ de « l’économie écologique ». En misant sur une approche interdisciplinaire, ce champ de recherche espère refonder le rapport entre l’humain et la Terre pour bâtir un système économique juste et efficace, respectueux de la vie et de la planète.

« Il faut repenser fondamentalement ce que l’on fait », affirme-t-il, soulignant que les bouleversements climatiques liés à l’activité humaine vont nous forcer, d’une façon ou d’une autre, à modifier le système économique. Cela est particulièrement vrai dans le secteur agricole, qui subit de plein fouet ces dérèglements. « L’agriculture joue un rôle-clé dans la stabilité ou l’instabilité climatique », note le professeur Brown.

Il prédit que l’intérêt que suscitera la manière dont on la pratique ira en s’accentuant « à mesure que l’attention du public sur la crise climatique augmentera ». 

Un avertissement qui nous rattrape

Déjà, en 1972, le rapport « Les limites à la croissance », du club de Rome, soulignait que l’explosion démographique et la croissance des productions agricoles et industrielles globales risquaient de provoquer des bouleversements économiques et écologiques majeurs, potentiellement catastrophiques.

Simon Van Vliet, Agence Science-Presse