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Un bassin de sédimentation aéré, suivi d’un marais filtrant, puis d’un mycofiltre, ont été installés et échantillonnés tout au long de la saison de culture 2018 aux Terres maraîchères Barbeau. Photo : Gracieuseté de Biopterre

Un bassin de sédimentation aéré, suivi d’un marais filtrant, puis d’un mycofiltre, ont été installés et échantillonnés tout au long de la saison de culture 2018 aux Terres maraîchères Barbeau. Photo : Gracieuseté de Biopterre

Le pouvoir épuratoire de la nature

Lorsqu’une activité humaine est concentrée sur un même territoire, les impacts sur l’environnement peuvent être considérables. Ainsi, certaines pratiques agricoles diminuent la qualité de nos cours d’eau. Souvent, le phosphore, les matières en suspension et les pesticides sont les paramètres responsables de cette dégradation. Pourquoi ne pas utiliser le pouvoir épuratoire de la nature pour améliorer la qualité de nos cours d’eau en milieu agricole?

C’est ce qu’ont fait plusieurs maraîchers de la région des terres noires en Montérégie avec l’aide de compagnies de recherche et d’innovation, telles que Phytodata et Biopterre. Le défi des terres noires est qu’elles sont très érosives. Ainsi, une grande quantité de matières en suspension se retrouve dans les ruisseaux. Ces sols contenant beaucoup de matières organiques, le phosphore et les pesticides sont alors liés à ces matières en suspension.

La vie qui s’est développée et adaptée aux conditions du milieu, comme l’application de pesticides et de fertilisants, a un pouvoir d’épuration extraordinaire. Ainsi, différentes biotechnologies se sont développées autour de ce concept d’adaptation :

Les biofiltres sont capables de diminuer de 80 à 100 % les pesticides des eaux de rinçage et de lavage du pulvérisateur. Les biofiltres ne contiennent que du sol prélevé du champ et de la paille. La microfaune et la microflore contenues dans le sol mangent les pesticides;

Quant à eux, les marais filtrants permettent de diminuer considérablement la charge de phosphore et de pesticides de différents effluents, telles les eaux de drainage et de ruissellement des champs, et ce, principalement grâce à la microfaune et à la microflore qui se développent dans et autour des tiges de ­certaines plantes.

Un projet prometteur

Les Terres Maraîchères Barbeau, accompagnées de Biopterre, ont exploré le potentiel d’épuration de différentes biotechnologies, aménagées en série, pour l’épuration des eaux de lavage de légumes. Un ­deuxième objectif du projet était d’identifier des souches fongiques endémiques, adaptées au contexte québécois et susceptibles de dégrader les pesticides. 

Un bassin de sédimentation aéré, suivi d’un marais filtrant puis d’un mycofiltre, ont été installés et échantillonnés tout au long de la saison de culture 2018. Le but de cet aménagement était de réduire la charge polluante des eaux de lavage de légumes afin d’éventuellement réutiliser ses effluents.

Les résultats ont été positifs : le bassin de sédimentation aéré a permis de réduire les matières en suspension jusqu’à plus de 80 % et le marais filtrant, de faire baisser la charge polluante de phosphore de plus de 97 %.

En ce qui concerne l’identification de microorganismes endémiques, quatre souches isolées semblent avoir un fort potentiel de dégradation des pesticides dans différentes matrices (sols contaminés, eaux usées, etc.). Dans un certain avenir, on pourrait penser à saupoudrer des microorganismes sur les terres que nous voudrions épurer. Cependant, comme les producteurs agricoles le savent si bien, travailler avec la nature comporte son lot de défis. 

Des résultats à moduler

Ainsi, comme ces technologies sont installées à ciel ouvert, les résultats concernant les matières en suspension sont à moduler : lors d’événements pluvieux ou très venteux, l’érosion des champs adjacents amenait des matières en suspension dans le bassin. Lors de ces événements météorologiques, les échantillons prélevés n’ont pas montré de réduction de matières en suspension. Sûrement à cause d’un manque d’humidité, le mycofiltre mis à l’essai n’était pas viable et n’a pas permis d’éliminer les coliformes comme il était attendu. 

Stéphanie Sanchez, M. Sc.
Professeure en Gestion et technologies d’entreprise agricole à l’Institut de technologie agroalimentaire, campus de Saint-Hyacinthe
Professeure associée à Biopterre