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La bande tampon d’un mètre qui doit être aménagée le long des fossés n’est pas souvent respectée dans nos campagnes. Photo : Martin Ménard/Archives TCN

La bande tampon d’un mètre qui doit être aménagée le long des fossés n’est pas souvent respectée dans nos campagnes. Photo : Martin Ménard/Archives TCN

Le potentiel agricole de réduction des gaz à effet de serre

Voilà plus de 50 ans que des scientifiques nous préviennent que nos ­activités humaines auront un impact sur le climat de la planète. Malgré ces avertissements, nous hésitons à prendre le virage nécessaire. Devant l’urgence de la situation, nous devons changer notre façon de vivre. Et changer nos modèles agricoles.

Mais au-delà de l’adoption de cultures et de variétés adaptées aux nouvelles conditions, des brise-vent, de l’irrigation et des cultures de couverture, que pourrions-nous faire pour diminuer notre contribution à ces changements climatiques? Une des solutions réside bel et bien du côté de l’agriculture.

En effet, alors que nous associons souvent la réduction des gaz à effet de serre à la consommation d’énergies fossiles, des experts rassemblés par Paul Hawken (Drawdown, 2018) ont déterminé que le secteur alimentaire représente un plus grand potentiel de réduction de gaz à effet de serre que le secteur de l’énergie.

Des solutions concrètes à appliquer

Voici quelques propositions de ces experts qui peuvent être appliquées en agriculture au Québec pour contribuer à réduire notre empreinte climatique :

  • Le pâturage intensif permet d’atteindre une grande production d’herbe en utilisant moins de ressources d’engrais et de machinerie;
  • Le fumier produit au pâturage est épandu plutôt que de se retrouver dans une structure en décomposition anaérobique. Cette décomposition produit du méthane, un gaz à effet de serre 23 fois plus dommageable que le gaz carbonique (CO2);
  • Le compostage, un processus de décomposition aérobique des matières organiques, permet d’éviter la production de méthane;
  • Si le méthane produit est capté, il n’est plus largué dans l’environnement et servira à remplacer des carburants fossiles. Des projets de biodigesteurs sont déjà réalisés au Québec;
  • La gestion des nutriments.

Les engrais que nous ajoutons à nos sols n’ont pas tous la même portée environnementale. Les éléments que nous conservons dans le champ sont les moins coûteux, comme c’est le cas des fumiers qui demeurent près de l’endroit de leur utilisation. Ce n’est pas le cas pour les engrais minéraux qui doivent être minés, transformés et transportés. La synthèse de l’azote des engrais minéraux a aussi une empreinte écologique plus grande. C’est pourquoi une bande tampon d’un mètre doit être aménagée le long des fossés afin de récupérer une partie des pertes. Malheureusement, on constate que cette bande n’est pas souvent respectée dans nos campagnes.

Et si nous pensions autrement?

Les planifications stratégiques d’entreprises s’étalent habituellement sur une durée de cinq ans. Et si ces stratégies étaient incluses dans des plans à vision plus globale, à plus long terme? Et si nous avions adopté cette approche il y a 30 ou 50 ans, notre portrait ­agricole serait-il différent? Trouverions-nous moins de lisier, plus de compost ou plus de biodigesteurs? Trouverions-nous plus d’engrais verts, incluant des légumineuses fixant l’azote, et moins de projets de production d’engrais azoté? Trouverions-nous moins d’animaux ou des fermes plus diversifiées?

L’agriculture peut stocker le CO2 grâce à la photosynthèse, mais elle doit aussi diminuer ses émissions. Le portrait de notre agriculture doit changer. Le temps passé à la formation peut s’avérer un moment privilégié pour repenser l’agriculture. 

Yvon St-Jean, agr., enseignant en Gestion et technologies d’entreprise agricole au Cégep de Sherbrooke