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L’oïdium est un champignon qui contamine les plants de cannabis. Photo : Zamir Punja

L’oïdium est un champignon qui contamine les plants de cannabis. Photo : Zamir Punja

Le cannabis, dur à protéger des ravageurs

« Le cannabis est probablement l’une des pires plantes avec laquelle travailler pour ce qui est du contrôle des ravageurs et des maladies, témoigne Donald L. Smith, professeur à la Faculté de l’agriculture et des sciences environnementales de l’Université McGill. On en a partout sur nos vêtements ».

Le cannabis est particulièrement sensible à l’oïdium, un champignon qui cause l’apparition d’une poussière blanchâtre sur les feuilles. C’est cette poudre qui se retrouve sur les chercheurs qui manipulent les plantes infectées. Mais c’est un moindre mal, précise celui qui cherche des moyens pour lutter contre cette maladie qui peut détruire complètement une culture de cannabis si elle n’est pas traitée à temps.

Il existe des pesticides, mais ce n’est pas la solution idéale pour les producteurs puisqu’une grande partie de leur production de cannabis est destinée à la consommation. Le chercheur et ses collègues misent donc sur le contrôle biologique à l’aide de bonnes bactéries ou de composés bactériens.

Il est déjà connu que les plantes ont, comme les humains, un microbiote. Des milliards de bactéries vivent entre autres en harmonie dans leurs racines, contribuant à renforcer leur système immunitaire et à stimuler leur croissance. Ces rhyzobactéries sécrètent par exemple des acides qui rendent certains minéraux du sol plus solubles, donc plus facilement assimilables par les racines. Les plantes deviennent ainsi plus robustes et peuvent mieux faire face aux infections.

Des molécules pour fortifier les plantes

En inoculant les végétaux avec certaines souches de bonnes bactéries, il est possible de développer davantage leur réseau de racines, mais aussi d’initier la production de molécules qui fortifient encore plus leur système de défense. Conséquemment, les plantes deviennent plus résistantes aux sécheresses, aux insectes et aux maladies. « On sait que ça marche pour plusieurs cultures, mais on ignore l’impact sur les plants de cannabis, vu que ce genre d’études ne pouvaient être réalisées en raison de la barrière légale », signale celui qui codirige l’axe de recherche en science végétale et chimie agricole du nouveau Centre de recherche sur le cannabis à McGill.

Dans un laboratoire du campus Macdonald, Donald Smith et son équipe s’affairent actuellement à tester plusieurs souches bactériennes dans le but de prévenir l’apparition de l’oïdium. « Nous avons utilisé des souches déjà commercialisées, mais nous avons également isolé de nouvelles molécules chez des plantes locales sauvages. Nous avons eu du succès avec 30 souches et nous sommes en attente de brevets pour quelques-unes d’entre elles », explique le chercheur, qui croit que ces bonnes bactéries pourraient potentiellement augmenter la teneur en cannabinoïdes, comme le THC, le principal ingrédient psychoactif du cannabis. 

La différenciation des plants de cannabis

Donald L. Smith se penche également sur la génétique du cannabis. « Il y a beaucoup de confusion sur les différents types de cannabis », signale-t-il. En étudiant les gènes de différentes productions, il tente d’en savoir plus sur les caractéristiques des différentes variétés, que plusieurs voient comme une espèce unique.

Nathalie Kinnard, Agence Science Presse