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L’épandage du fumier, de même que les semences et les récoltes du couvert végétal et du blé, a été fait manuellement par Leanne Ejack et ses collègues. Photo : Hicham Benslim

L’épandage du fumier, de même que les semences et les récoltes du couvert végétal et du blé, a été fait manuellement par Leanne Ejack et ses collègues. Photo : Hicham Benslim

La perte d’azote ne s’arrête pas en hiver

Beaucoup d’agriculteurs québécois épandent du fumier dans leurs champs à l’automne. En plus de leur permettre de vider leurs fosses, cette pratique est généralement perçue comme une façon d’ajouter des nutriments au sol avant l’hiver.

« Vu qu’on a une grande production de fumier au Québec et que beaucoup de fermiers l’appliquent à l’automne, il y a une nécessité d’étudier les effets [de cette pratique] », explique Leanne Ejack, qui a analysé les pertes d’azote en hiver pour son projet de maîtrise au Département de sciences des ressources naturelles de l’Université McGill.

Elle a mesuré si l’application de lisier de vaches laitières ou de fumier de bétail à la fin de la saison des récoltes offrait un apport en azote accru à du blé planté au printemps. Ses observations suggèrent que la majorité, sinon la totalité, de l’azote du fumier ajouté à des sols sableux et limoneux se perd pendant l’hiver.

« Parce que le sol est gelé, [la perception des gens] est que l’azote contenu dans le fumier va rester là et qu’il sera libéré quand on va planter les cultures de printemps », explique-t-elle. « L’activité des microbes présents dans le sol ralentit peut-être quand il est gelé, mais ils sont toujours actifs », ajoute-t-elle.

Pendant l’hiver, les bactéries continuent de transformer l’azote organique en nitrates, qui peuvent être lessivés et contaminer les sources d’eau, surtout vu qu’il n’y a pas de plantes pour les assimiler. Dans un milieu anaérobie, comme un sol gelé, des bactéries transforment également les nitrates en oxyde nitreux (N2O), un gaz à effet de serre presque 300 fois plus puissant que le gaz carbonique.

Sauf exception, les agriculteurs québécois doivent épandre leur fumier entre le 1er avril et le 1er octobre. « On obtient une meilleure utilisation du fumier comme fertilisant si on l’applique au printemps, plus proche de la période d’assimilation par les plantes, estime cependant Leanne Ejack. Et on prévient la contamination par l’azote. »

Les recherches ont été menées sur deux sites, à Sainte-Anne-de-Bellevue et à Laval.

Les recherches ont été menées sur deux sites, à Sainte-Anne-de-Bellevue et à Laval.

Un « filet » végétal

Pour certains agriculteurs, entreposer le fumier jusqu’au printemps n’est pas une option, souvent par manque d’espace. Consciente de cette difficulté, la chercheuse a testé la possibilité qu’un couvert végétal planté à l’automne agisse « comme un filet » pour capter l’azote avant d’être incorporé au sol au printemps.

Malheureusement, le couvert végétal étudié (ivraie multiflore et vesce velue) n’a pas eu l’effet escompté.

« C’est dommage, admet Leanne Ejack, car on espérait que ce serait une solution pour les fermiers qui souhaitent continuer d’appliquer du fumier à l’automne. » Elle soutient qu’il faut poursuivre la recherche pour trouver la combinaison de fumier et de couvert végétal gagnante; l’avoine serait d’ailleurs prometteuse pour le climat québécois. 

Cycle vicieux

La majorité des pertes d’azote pendant la saison morte est due à l’activité de bactéries dénitrifiantes qui produisent de l’oxyde nitreux. Les émissions de ce gaz à effet de serre semblent exacerbées par les cycles de gel-dégel, un phénomène qui risque d’être de plus en plus fréquent au Québec avec les changements climatiques.

Carine Touma, Agence Science-Presse