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Au laboratoire, Susan Gaskin étudie la dispersion des contaminants dans le milieu aquatique. Pour ce faire, elle utilise un chenal à échelle réduite qui permet de visualiser et de mesurer l’écoulement de l’eau. Crédit photo : Gracieuseté de Minsoo Cho

Au laboratoire, Susan Gaskin étudie la dispersion des contaminants dans le milieu aquatique. Pour ce faire, elle utilise un chenal à échelle réduite qui permet de visualiser et de mesurer l’écoulement de l’eau. Crédit photo : Gracieuseté de Minsoo Cho

Des solutions pour améliorer le drainage agricole

La santé des ruisseaux en milieu agricole préoccupe grandement l’ingénieure Susan Gaskin, au point où elle est même devenue spécialiste en ingénierie hydraulique environnementale des cours d’eau et en gestion durable de l’eau. Dans le cadre d’un projet de recherche en collaboration avec la professeure Pascale Biron, de l’Université Concordia, Mme Gaskin a pu d’ailleurs cibler deux problèmes majeurs liés aux systèmes de drainage agricole utilisés au Québec.

D’abord, au fil des ans, les producteurs québécois ont installé de nombreux drains souterrains qui transportent de l’eau riche en particules jusque dans les petits cours d’eau. Comme cette eau n’est filtrée ni par le sol ni par les plantes, elle est souvent chargée de contaminants fixés à des particules ou sous forme dissoute. Selon la chercheuse, « il est déplorable que la réglementation québécoise exige le maintien d’une bande riveraine de seulement trois mètres le long des cours d’eau traversant les terres. Or, cette mince bande de végétation ne suffit pas à filtrer les précipitations de surface, à prévenir l’érosion des rives, ni à améliorer la qualité de l’écosystème riverain ».

Ensuite, de nombreux petits cours d’eau en méandres présents sur les terres ont été transformés en chenaux de drainage bien droits, conçus pour évacuer l’eau plus rapidement vers l’aval. Ces travaux entrepris dans les années 1960 ont permis de « découper » les terres cultivées de façon à les rendre rectangulaires, ce qui simplifie le travail des producteurs. Le hic, c’est que la circulation de l’eau dans ces chenaux accroît l’érosion des berges. Dans certains cas, le volume de sédiments accumulés est si grand qu’ils peuvent boucher les sorties de drain. Cela force les agriculteurs à procéder régulièrement, et à grands frais, à des travaux d’excavation.

Des solutions durables

Pour contrer ces problèmes de drainage, la chercheuse a imaginé deux moyens de concilier les intérêts des producteurs et la préservation des écosystèmes naturels. Premièrement, elle préconise l’emploi de chenaux plus larges. Ces derniers permettraient aux ruisseaux de conserver leur sinuosité et d’occuper un peu plus d’espace, ce qui réduirait l’érosion du sol. Deuxièmement, elle recommande aux producteurs de renaturaliser les petits cours d’eau en plantant de la végétation ou en la laissant pousser sur les berges. « En milieu agricole, une bande riveraine large de 15 mètres améliorerait l’intégrité de l’écosystème et donc la qualité d’eau », estime-t-elle.

Travailler avec la nature

Enfin, Mme Gaskin insiste sur l’importance de respecter la dynamique naturelle des cours d’eau. « Si on se bat contre elle, on va perdre beaucoup d’énergie, car la nature tend toujours vers l’équilibre. Par ailleurs, je crois que plusieurs producteurs sont prêts à adopter des pratiques plus durables parce qu’ils sont conscients des impacts négatifs de l’agriculture sur l’environnement comme la pollution par les fertilisants et les pesticides et la prolifération des cyanobactéries [algues bleues]. » 

L’importance du drainage agricole

Pour évacuer l’excès d’eau sur les terres agricoles, on procède généralement à un drainage du sol en surface et sous terre. Ces deux types d’interventions favorisent le développement des plantes et améliorent les conditions de travail du sol. Le drainage permet également de semer plus tôt au printemps et ainsi de prolonger la saison de croissance.

Marie-Claude Ouellet, Agence Science-Presse