fbpx
Guy Provencher a finalement retrouvé son associé Serge Tremblay sain et sauf. Photo : Denis Germain

Guy Provencher a finalement retrouvé son associé Serge Tremblay sain et sauf. Photo : Denis Germain

Rescapé des gaz de silo

Serge Tremblay a bien failli y passer, le 15 août dernier. Après avoir été lourdement intoxiqué par les gaz de silo lors d’une opération d’ensilage, le producteur agricole de Coaticook a dû être plongé dans un coma artificiel pendant 13 jours. Au lendemain de sa sortie de l’hôpital, il a accepté de témoigner à La Terre de sa deuxième chance dans l’espoir de sauver peut-être ne serait-ce qu’une seule vie.

Interrogé sur son état de santé, l’homme de 56 ans le dit d’emblée : « Je ne suis pas top shape, mais je reprends [du mieux] un peu tous les jours. » Au bout du fil, le producteur est d’un aplomb surprenant. Depuis qu’il a repris connaissance, M. Tremblay a le souffle court et quelques problèmes d’équilibre, sans plus. « J’ai été chanceux », admet-il.

« Des cas comme moi, les médecins n’ont à peu près jamais vu ça. […] Les gens qui respirent ça [les gaz de silo] y passent. »

Retour sur les événements

M. Tremblay a commencé à « faire le train » très tôt, vers 4 h le matin du 15 août, avant l’arrivée de son associé Guy Provencher et du fils de ce dernier. Il est monté environ 25 pieds dans la chute annexée au silo pour réajuster la poche de plastique permettant de faire sortir l’ensilage. Il n’a toutefois pu compléter l’opération, étourdi par les émanations en ouvrant l’une des portes. Après être redescendu rapidement, il a continué son boulot en allant « tirer » les vaches, mais a pris soin d’avertir ses collègues de ne pas aller dans la chute. C’est d’ailleurs l’une des dernières choses qu’il a dit à son associé avant que ses symptômes ne s’aggravent.

Quelques heures plus tard, M. Tremblay avait de la difficulté à respirer. Il a pris sa pompe pour l’asthme, pensant que ça pourrait l’aider. Mais son état s’est plutôt détérioré, au point où il a demandé à sa femme de le conduire rapidement à l’hôpital. Peu de temps après son arrivée aux urgences, les médecins ont décidé de le plonger dans un coma artificiel, ses poumons étant trop affectés par l’intoxication.

Comme d’habitude

Cet accident dont il se remet tranquillement lui fait prendre conscience des dangers du travail fait à la va-vite. « On ne prend pas le temps de réfléchir à ce qu’on fait. Moi, j’ai toujours fait ça de même et il n’est rien arrivé. Il va falloir changer nos habitudes […] et y penser à deux fois avant de poser des gestes », estime-t-il.

Dans les jours qui ont suivi son hospitalisation, M. Provencher dit avoir « ventilé au coton » le silo avant de s’y rendre. Toutefois, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNEEST) est sans équivoque à ce sujet : « Ventiler n’est pas suffisant », a indiqué l’organisme à la suite des trois cas d’intoxication répertoriés – dont un mort, cet été.

Questionnés sur l’obligation d’avoir un détecteur de gaz, MM. Tremblay et Provencher songent maintenant à s’en procurer un. Pour le moment, ils prévoient emprunter celui d’un de leurs voisins. Et sur la nécessité d’avoir un appareil de protection respiratoire, Serge Tremblay demeure dubitatif. « Quand t’arrives en haut du silo essoufflé d’avoir monté 50 pieds, est-ce que la bonbonne d’air va t’en donner assez? Est-ce que c’est ça, la solution? » Ces interrogations demeurent sans réponse pour l’instant. 

VOIR AUSSI
La 10e mort par gaz de silo provoque un effet « moi aussi »
Un mois d’attente avant d’avoir son détecteur