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Werda Saeed et Lucas McCartney prennent graduellement la relève de la ferme familiale des McCartney à Saint-Gabriel-de-Valcartier. Photos : Marc-Alain Soucy

Werda Saeed et Lucas McCartney prennent graduellement la relève de la ferme familiale des McCartney à Saint-Gabriel-de-Valcartier. Photos : Marc-Alain Soucy

À la Ferme McCartney comme à l’université

Lucas McCartney et Werda Saeed se sont connus au Campus Macdonald de l’Université McGill. Lucas y a obtenu un doctorat en génie agricole (Bioresource Ingineering) et Werda un baccalauréat de l’École de nutrition humaine (School of Human Nutrition).

Le jeune couple prend graduellement la relève de la ferme familiale des McCartney à Saint-Gabriel-de-Valcartier, au nord-ouest de la ville de Québec. L’entreprise produit un million de kilogrammes de dindons légers et lourds, soit plus de 75 000 oiseaux par année.

Âgés respectivement de 31 et 29 ans, Lucas et Werda racontent avec enthousiasme les joies de leur vie universitaire. C’était l’époque des labos et du travail en équipes multidisciplinaires au cours desquels l’approche scientifique et les connaissances partagées avec d’autres étudiants et ­professeurs se transformaient en échanges et projets stimulants.

En s’impliquant dans la ferme, ne regrettent-ils pas cette période super captivante de leur vie? « Nous poursuivons l’université ici à la ferme, rétorque Lucas. Nous faisons affaire avec des techniciens très compétents pour nos systèmes de contrôle qui sont aujourd’hui comme des ordinateurs, des électriciens et différents autres bons fournisseurs. Les échanges avec la meunerie et l’abattoir d’Exceldor sont privilégiés. Nous reconnaissons l’expertise de chacun et eux la nôtre. Ça donne de beaux échanges et un travail d’équipe dynamique. » Un peu comme à l’université quoi!

Quant à Werda, elle considère chaque lot comme une expérience de laboratoire. Elle se dit toujours à la recherche de meilleures performances. Tous les résultats sont analysés en tenant compte de l’historique de chacun des lots, de son alimentation, de la ventilation, de l’éclairage, de la litière.

Et les discussions ne manquent surtout pas entre ces deux passionnés, qui admettent volontiers que… parfois, c’est trop! « Nous devons nous réserver des moments où il est interdit de ­parler des dindons ou de la ferme, nos moments NO TURKEY TALK ou NO FARM TALK. Les ­samedis et les dimanches, il faut se discipliner et attendre au lundi suivant pour aborder certains sujets qui concernent nos élevages », dit Werda, sourire en coin.

Les dindons de la ferme familiale des McCartney à Saint-Gabriel-de-Valcartier.

Les dindons de la ferme familiale des McCartney à Saint-Gabriel-de-Valcartier.


Les McCartney, des Irlandais pure laine

Selon Lucas, la famille McCartney est établie dans la région de Saint-Gabriel-de-Valcartier depuis six ou sept générations. Comme beaucoup d’Irlandais et d’Écossais, ses ancêtres sont arrivés au Québec et au Canada avant et après la grande famine de 1845 à 1852. L’histoire de l’Irlande est marquée par cette catastrophe due au ­mildiou qui a détruit les récoltes de pommes de terre du pays, l’aliment de base de la population.

Arrivés au Québec, les Irlandais se sont établis dans les villes et dans plusieurs régions ­agricoles où ils ont donné leur nom à plusieurs municipalités. Des endroits typiquement québécois comme Inverness, Rawdon, Sherbrooke, Saint-Ambroise-de-Kildare ne sont que quelques exemples de l’influence qu’ils ont exercée sur notre toponymie. Comme les McCartney, les Irlandais sont nombreux à être fiers de leurs origines et d’avoir su protéger leur langue et leur culture.

Plusieurs Irlandais qui se sont établis dans la région de Saint-Gabriel-de-Valcartier, Shannon, Tewkesbury et Stoneham se sont adonnés à l’agriculture. C’est ainsi qu’en 1986, Kurt, le père de Lucas, a pris la relève de ses parents et a poursuivi l’élevage du dindon. On dit que cet élevage sur parcours s’y était développé parce que les sols sablonneux de la région se drainaient bien. Les dindons élevés à l’extérieur à l’époque restaient ainsi au sec dans leurs enclos, ce qui évitait les problèmes de pattes et de santé.

Au début des années 1990, Cathy Shannon, la mère de Lucas, elle aussi Irlandaise, s’est jointe à l’entreprise et a contribué à sa croissance et à l’achat de quotas. En 2005, il a fallu abandonner l’élevage sur parcours et construire des poulaillers à la suite du durcissement de la réglementation gouvernementale pour contrer les risques de transmission de grippes ou d’influenza aviaire par les oiseaux sauvages. C’était un gros investissement, mais nécessaire.

Lucas et Werda prennent graduellement la relève d’une grande entreprise qui produit un million de kilogrammes de dindons par année. Il ne leur reste qu’à poursuivre sa tradition d’excellence.

Kyste aux bréchets

Lucas et Werda sont confrontés aux mêmes défis que les autres éleveurs de dindons et ils reconnaissent que malgré leur formation, ils n’ont pas réponse à tout. Ils avouent, par exemple, qu’ils travaillent fort en utilisant les rapports de l’abattoir pour réduire les cas de kystes de bréchet dans leurs lots.

« C’est un problème qui touche toute l’industrie et la solution est multifactorielle. Ici, nous visons à réduire le stress de nos dindons en leur offrant une litière la plus sèche et la plus épaisse possible. La ventilation ni trop chaude, ni trop froide doit être optimale », dit Lucas qui croit que l’éclairage fait partie de la solution tout comme l’alimentation.

Toutes les interventions mises en place dans ces secteurs, lot par lot, de saison en saison, sont enregistrées dans des fichiers Excel et sont analysés à la ferme en fonction des résultats obtenus à l’abattoir par chacun de ces lots. « Nos fichiers Excel sont gigantesques, ils tiennent compte non seulement de nos interventions, mais également de la période de l’année où nous les avons effectuées. C’est une banque de données qui va nous permettre d’évaluer d’année en année l’impact réel de nos interventions, dit-il.