Transformation 28 novembre 2025

Transformateur recherché pour faire du ketchup Heinz québécois

Le projet d’approvisionner l’usine Kraft Heinz de Montréal en tomates du Québec pour la production de ketchup n’est pas mort, même que les acteurs de l’industrie semblent plus déterminés que jamais à ce qu’il se réalise. Sauf qu’un frein majeur demeure : il n’y a pas d’installations locales pour prétransformer le produit. Un volontaire pour s’occuper de cette tâche est recherché.

« On cherche un transformateur », résume le président des Producteurs de légumes de transformation du Québec (PLTQ), Pascal Forest.

Depuis les premières discussions que son association a eues avec des représentants de Kraft Heinz Canada, il y a quatre ans, sur la possibilité de faire du ketchup avec des tomates du Québec, un bon bout de chemin a été parcouru, estime-t-il. Des essais de cultivars concluants, en collaboration avec des agronomes de Kraft Heinz Canada, ont été réalisés chez des producteurs de Lanaudière et de la Montérégie ainsi qu’au Carrefour industriel et expérimental de Lanaudière. Une analyse économique de Forest Lavoie Conseil, basée sur le fonctionnement des filières qui approvisionnent Heinz Kraft en Californie et en Ontario, a aussi été réalisée en intégrant les essais réalisés au Québec. 

Le projet d’approvisionner l’usine Kraft Heinz de Montréal en tomates du Québec pour la production de ketchup n’est pas mort. Photo : Caroline Morneau/TCN
Le projet d’approvisionner l’usine Kraft Heinz de Montréal en tomates du Québec pour la production de ketchup n’est pas mort. Photo : Caroline Morneau/TCN

Cette analyse établit que le potentiel de la culture de la tomate de transformation pour un agriculteur local est grand, car il s’agit d’un produit de volume pour lequel il est possible d’obtenir de bons prix. Forest Lavoie Conseil évalue la marge potentielle de profits à environ 1 500 $ l’hectare, soit le double de ce qu’un agriculteur va chercher avec les grains, selon ses calculs. 

Investissement Québec s’implique désormais dans le projet de développement d’une filière de tomates de transformation locale. Il reste toutefois du chemin à parcourir. Comme l’usine Kraft Heinz de Montréal fait du ketchup à partir de pâte de tomates, il faudrait qu’elle puisse s’approvisionner d’un intermédiaire qui prétransformerait pour elle les fruits cultivés localement. Sauf qu’aucune entreprise n’est équipée pour cela actuellement au Québec, d’où la raison pour laquelle l’usine se tourne entièrement vers l’Ontario. 

Par courriel, Kraft Heinz Canada a assuré « continuer de collaborer » avec le gouvernement du Québec et les fournisseurs locaux pour qu’une partie de l’approvisionnement puisse aussi venir de la Belle Province. 

Pour qu’une nouvelle filière de tomates de transformation soit créée, il faudrait toutefois qu’un joueur déjà établi et capable d’ajouter une ligne de production à des installations existantes lève la main, croit Pascal Forest. Il faudrait aussi que suffisamment de producteurs manifestent leur intérêt. 

À cet effet, deux rencontres ont été organisées par les PLTQ, les 6 et 7 novembre, à Joliette et à Longueuil, afin de prendre le pouls du milieu et de l’informer du potentiel économique et agronomique d’un tel projet.

Photo : Gracieuseté du CIEL
Photo : Gracieuseté du CIEL

La Terre a assisté à la deuxième. Quelques producteurs et transformateurs curieux d’en apprendre plus y étaient aussi, dont Vincent Giasson, qui représentait le transformateur Lassonde. L’entreprise utilise de la pâte de tomates, dit-il, pour faire des cocktails de légumes et des sauces, mais n’en fabrique plus elle-même, depuis 1959. Se remettre à la tâche aujourd’hui impliquerait de nombreux ajouts d’installations et d’équipements, évalue
M. Giasson. Sans se commettre, il a affirmé être présent pour « prendre le pouls » et « rester à l’affût des opportunités ».

De son côté, Michel Sauvé, un producteur de grandes cultures de Saint-Polycarpe, en Montérégie, a de l’intérêt pour la valeur ajoutée que représenteraient les tomates dans ses rotations, mais il aurait aimé que le projet soit un peu plus avancé et qu’un partenaire y participe déjà pour la transformation.

« J’espère qu’il s’en manifestera un rapidement, parce que la culture semble très intéressante pour diversifier nos revenus et trouver un moyen d’intégrer la relève à notre ferme », a observé le copropriétaire des Fermes Richard et Robert Sauvé.