Transformation 2 juillet 2026

Restructuration à l’abattoir des Îles-de-la-Madeleine

L’abattoir des Îles-de-la-Madeleine a amorcé une restructuration de ses activités en juin afin de mettre en place un modèle qui permettra d’assurer la pérennité du service d’abattage multiespèces pour la dizaine d’éleveurs de bétail de l’archipel. 

En effet, l’entreprise qui louait et exploitait l’abattoir depuis plusieurs années, Boucherie spécialisée Côte à Côte, a été vendue en mai. Le désintérêt du nouvel acquéreur à poursuivre les activités d’abattage a donné l’occasion au propriétaire de l’infrastructure, la Coopérative de solidarité en production animale des Îles-de-la-Madeleine, de reprendre la gestion des opérations et de chercher une voie vers une meilleure rentabilité. 

Car les infrastructures, qui datent des années 1970, sont vétustes – une mise à niveau a d’ailleurs été amorcée l’automne dernier –, la capacité d’abattage est seulement de 350 animaux par année (bovins, ovins, caprins et porcins et transformation du phoque gris), sans compter que de combler les besoins de main-d’œuvre représente un défi, et que les entreprises de l’archipel, comme ailleurs au Québec, sont confrontées à une augmentation du coût de la vie.

Alexis Boudreau

L’entreprise Origine Loup-marin, dont l’éleveur Alexis Boudreau a repris les activités de transformation du phoque préalablement assurées par la Boucherie Côte à Côte, loue le bâtiment de Havre-aux-Maisons seulement à temps partiel. Cela rend les infrastructures disponibles à d’autres fins. 

Six différents scénarios de développement ont été proposés par un consultant, mentionne Caroline Jomphe, la directrice du Bon goût frais des Îles de la Madeleine, une association bioalimentaire mandatée par le ministère de l’Agriculture pour concerter le secteur agroalimentaire des Îles. « Il y a plein de choses qui sont sur la table. Ça pourrait être un espace de cuisine collective, dit-elle. Ça pourrait être des espaces de location de réfrigération ou de congélation. Les espaces sont là; il faut juste essayer de voir comment on peut les mettre à profit, finalement, pour la communauté, puis en générer des revenus. Est-ce qu’on pourrait envisager une commercialisation commune? Tout est sur la table. Ils sont en train d’analyser, finalement, comment on peut emmener de l’eau au moulin de ces services-là. »

Hausse des frais pour les éleveurs 

Pour certains éleveurs, les coûts de transformation de la viande se sont sensiblement accrus par rapport à l’année dernière. 

Les tarifs de location des locaux consacrés à la transformation des carcasses (salles de découpe, d’emballage, etc.) peuvent désormais atteindre jusqu’à 60 $ de l’heure. En comparaison, la Boucherie Côte à Côte louait les infrastructures à 25 $ l’heure. L’entreprise bénéficiait toutefois d’un prix avantageux en raison de l’occupation à temps plein des installations et de la gestion des opérations.

L’éleveur Alexis Boudreau soutient que la difficulté réside dans le fait de rentabiliser les entreprises avec les prix en vigueur. « Moi, en ayant deux entreprises, le loup-marin et les porcs et les bovins, ça coûte cher », dit-il, conscient, toutefois, qu’un rattrapage des prix à l’abattoir s’imposait pour le maintenir en activité. Celui qui est également boucher n’a eu d’autres choix que de transférer la hausse aux consommateurs en augmentant le prix de la viande de 20 % en moyenne cette année par rapport à l’année dernière.

« On s’attendait à une hausse des frais de toute façon », dit le président du Syndicat local des Îles-de-la-Madeleine de l’Union des producteurs agricoles, Dominique Arseneau. « C’est sûr que certains [éleveurs] trouvent ça peut-être un peu épeurant, mais c’était pour arriver. Anyway, la formule n’était pas gagnante avec la boucherie dans les derniers temps. Il fallait, de toute façon, remédier à la situation. » 

Le producteur bovin et porcin Alexis Boudreau a dû augmenter le prix de la viande de 20 % en moyenne cette année par rapport à l’année dernière. Photo : Gracieuseté d’Alexis Boudreau

La transformation de phoque se poursuivra

Chasseur de loups-marins depuis l’âge de 14 ans, Alexis Boudreau a repris les activités de transformation du phoque préalablement assurées par la Boucherie spécialisée Côte à Côte. Car l’abattoir des Îles-de-la-Madeleine est l’un des rares établissements au Québec autorisé, non pas à abattre – puisque l’animal est chassé à partir de bateaux –, mais à transformer de la viande de phoque.

Le consultant en agroalimentaire Daniel Leduc accompagne ce producteur avec sa nouvelle entreprise, Origine Loup-marin. « La particularité du loup-marin au Québec, c’est qu’il n’y a pas nécessairement de permis de transformation; il y a ce qu’on appelle une [autorisation de] passer outre. [Alexis était boucher auprès de] l’ancien patron de la Boucherie spécialisée Côte à Côte, Réjean Vigneault, qui est l’instigateur de tout ce qui est loup-marin au Québec depuis des années. Donc là, c’est la passation, tranquillement. On travaille avec les instances (le MAPAQ, Investissement Québec, etc.) pour préparer la prochaine étape, c’est-à-dire qu’autant le loup-marin est populaire aux Îles, autant on n’est pas encore rendus avec un loup-marin démocratisé. La prochaine étape, c’est le développement de la viande et des produits transformés. »