Transformation 17 juin 2025

Du soya transformé en tofu à même le site de la ferme

SAINT-ESPRIT – Une ferme laitière et de grandes cultures biologiques de Lanaudière s’est récemment associée à un transformateur pour la construction, à même son site, d’une usine de fabrication de tofu qu’elle approvisionne avec son soya.

L’agriculteur Nick Majeau, de la Ferme Majonick, est devenu copropriétaire d’une entreprise qui se spécialisait déjà dans la transformation de tofu depuis 2019, Soya Distinction. Auparavant située à Laval, celle-ci vient de déménager ses équipements dans un bâtiment neuf, construit juste en face de la ferme de Saint-Esprit. 

L’usine de fabrication de tofu fermier a été construite juste en face de la Ferme Majonick, qui l’approvisionne.
L’usine de fabrication de tofu fermier a été construite juste en face de la Ferme Majonick, qui l’approvisionne.

Pour l’instant, l’usine de tofu transforme, chaque semaine, trois tonnes de soya qu’elle prend des silos de la Ferme Majonick, de l’autre côté de la rue. Il s’agit de restants de la récolte de l’an dernier. « On cultive du soya sur 310 hectares. Le but, d’ici quelque temps, c’est de transformer au minimum 50 % de notre production », a précisé M. Majeau, le 10 juin, en faisant visiter à La Terre les installations qui venaient d’entrer en activité.

Par l’entremise de cette alliance, l’agriculteur voit une occasion d’ajouter une corde à son arc et de réduire sa dépendance au marché des grains, qu’il juge instable.

C’est d’avoir un peu plus de contrôle sur ce qu’on fait, d’avoir un secteur de plus d’activité. Nous, on a la cabane à sucre, la ferme, les champs. On aura ça de plus pour valoriser nos grains le plus possible.

Nick Majeau

L’agriculteur estime par ailleurs avantageux de s’associer à une entreprise déjà experte de la fabrication de tofu, qui a son marché et ses clients, notamment du côté des restaurants, des épiceries et des institutions. 

Pour Konthea Meng, de Soya Distinction, ce partenariat était l’occasion de poursuivre la croissance de la production, en déménageant dans des installations plus grandes que ce qu’il avait auparavant, à Laval.

« On faisait faire des sous-produits à l’externe, en collaboration avec des sous-traitants, et on voulait pouvoir ramener tous ces produits à l’interne. On avait déjà la vision d’agrandir nos opérations. Ç’a super bien adonné », mentionne M. Meng.

Pour l’instant, l’usine transforme trois tonnes de soya en tofu par semaine.

Ses vaches nourries avec un résidu de la transformation

Les deux nouveaux partenaires s’aident aussi mutuellement, selon un principe d’économie circulaire. Par exemple, un résidu de la transformation de soya, appelé l’okara, est une intéressante source de protéine que Nick Majeau, également producteur laitier, ajoute à la ration de ses vaches. Auparavant, Soya Distinction payait pour se débarrasser de cette matière.

« Son déchet, ça lui coûtait environ 25 000 $ par année pour s’en débarrasser. Moi, je vais en chercher chaque jour et mes vaches le mangent. Il sauve 25 000 $ de son côté, et moi, je sauve 25 000 $ en alimentation pour mes vaches », fait valoir le producteur.

Quelques employés s’affairaient à la fabrication de tofu, lors de la visite de La Terre, le 10 juin. 

Konthea Meng ajoute qu’il est avantageux pour lui de s’approvisionner en grains directement à la ferme, sans passer par l’intermédiaire d’un distributeur. « Avant, on s’approvisionnait chez des distributeurs qui achètent les grains des fermiers, les criblent et, une fois criblés, les vendent en sacs de 25 à 30 kilos. À côté de la ferme, on sauve des coûts, et quand on pense à l’environnement, c’est sûr que pour le transport, c’est winner », observe l’entrepreneur.  

Les étapes de la fabrication du tofu

Lors de la visite de La Terre, Konthea Meng a expliqué les étapes requises pour la fabrication du tofu. Il faut d’abord faire tremper le soya dans l’eau pendant 8 à 12 heures, avant de tout réduire en purée. « Une fois en purée, c’est cuit à des températures s’élevant à 100 °C. Ensuite, on va séparer la pulpe de soya (l’okara) du lait de soya. Parce que, ce qu’on utilise, c’est le lait, qu’on va coaguler avec un calcium, ce qui donnera une texture de Jell-O au produit », détaille-t-il. Le tout est ensuite concassé en fines particules qui seront pressées pour faire du tofu. 

Un résidu de la transformation de soya, appelé l’okara, est une intéressante source de protéine que Nick Majeau, également producteur laitier, ajoute à la ration de ses vaches.
Un résidu de la transformation de soya, appelé l’okara, est une intéressante source de protéine que Nick Majeau, également producteur laitier, ajoute à la ration de ses vaches.

Projet d’agrotourisme

L’agriculteur Nick Majeau, qui a aussi une cabane à sucre à côté de sa ferme laitière et de grandes cultures, aimerait profiter de l’ajout d’une usine de transformation de soya sur son site pour développer le volet de l’agrotourisme. « On veut aménager un site explicatif. Je veux que les enfants comprennent que la graine de soya, on la met dans la terre et que ça devient un plant. Le plant produit des grains. Les grains, on les récolte, puis on fait la transformation », explique le producteur, qui permettrait aux visiteurs d’observer les installations de fabrication de tofu à travers une grande fenêtre. « Je pense aussi à leur proposer une petite expérience, pour qu’ils fassent eux-mêmes leur tofu », ajoute M. Majeau.