La deuxième mouture du PDZA de Laval, révisé par Samuel Comtois, a été inaugurée en novembre 2024. Photo : Myriam Laplante El Haïli/Archives TCN
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S'abonner maintenantLorsqu’on lui demande s’il est le « Monsieur PDZA » du Québec, Samuel Comtois répond humblement qu’il n’oserait pas s’attribuer un tel titre. Cet agronome a pourtant participé à l’élaboration ou à la révision de près de 25 plans de développement de la zone agricole (PDZA) depuis les 11 dernières années, dont ceux de Laval et de Sherbrooke.
Depuis 2008, 92 municipalités régionales de comté (MRC), agglomérations et villes exerçant les compétences d’une MRC sur 101 se sont dotées d’un PDZA ou sont en voie de le faire au Québec. M. Comtois estime toutefois que la formule pourrait être améliorée. « L’enjeu numéro un, c’est de créer une façon de faire qui facilite la mise en œuvre [du PDZA] et des actions concrètes sur le territoire », mentionne celui qui révise actuellement les PDZA des MRC d’Abitibi et de Montmagny.

Samuel Comtois reconnaît que le ministère de l’Agriculture finance adéquatement l’élaboration des PDZA, mais déplore qu’au moment de concrétiser les projets, le financement soit compliqué à adapter aux besoins du terrain. En effet, toutes les MRC ne possèdent pas de fonds locaux pour investir, et pour celles qui en ont, le montant dépasse rarement 50 000 $ par année, selon l’expert. Les projets d’envergure sont financés pas des fonds de développement régionaux, provenant principalement du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).
« Il faudrait qu’il y ait une flexibilité d’action pour les gens. Ils ont fait leur plan d’action et à travers tout ça. Tu as des moyens d’action, mais ces moyens d’action [qui sont bons aujourd’hui, ne le seront peut-être plus dans trois ans] ou une bonne idée sur papier n’en était pas une super bonne sur le terrain finalement et il faut s’ajuster. Mais quand tu es soumis à des programmes financiers hyper précis et stricts, soit tu ne peux pas le faire, ou c’est difficile à appliquer », mentionne ce dernier.
Il souhaiterait donc voir un financement inspiré de l’ancienne mouture du Fonds régions et ruralité 2020-2024 financé par le ministère des Affaires municipales et de l’Habitation. Il explique que dans ce programme, chacune des MRC faisait un plan avec des thématiques propres, comme la défense et la sécurité publique, et recevait une enveloppe sur cinq ans pour le mettre en œuvre. « Il y avait quand même une flexibilité pour investir où tu voulais. Moi, c’est ce que je demande pour les PDZA, parce qu’on donne de l’argent pour faire des PDZA, mais après ça, c’est complexe de financer les actions, et c’est à la pièce. Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’argent, mais ça serait le fun de descendre un montant d’argent sur une période et que ça donne de la flexibilité pour s’ajuster », fait valoir l’agronome en précisant que le montant d’argent n’aurait pas besoin de se compter en millions.
Le MAPAQ opte pour des ententes sectorielles
Par courriel, le MAPAQ a rappelé que 94 MRC sur 101 sont signataires d’ententes sectorielles de développement du secteur bioalimentaire visant à financer des projets prioritaires, dont ceux issus des PDZA. « Ces ententes offrent une flexibilité dans l’utilisation des fonds pour soutenir le développement régional tout en optimisant les ressources de l’ensemble des partenaires de la région. Dans les ententes sectorielles, ce sont l’ensemble des partenaires signataires qui décident des projets qui seront soutenus avec les fonds disponibles dans l’entente. Ainsi, c’est le milieu qui priorise les projets régionaux qui répondent le mieux à leurs besoins et leurs réalités. Ces ententes peuvent être révisées en cours de réalisation et elles sont retravaillées à leur échéance pour s’assurer que la nouvelle entente prend en compte l’évolution des enjeux et des besoins du secteur et de la région », répond le ministère par courriel.
Redéfinir le rôle des chargés de projets
Samuel Comtois estime qu’il faut redéfinir le rôle des chargés de projet PDZA dans les MRC, car à ses yeux, ils ne devraient pas nécessairement être considérés comme des créateurs de projets – qui se consacrent souvent plus à la recherche de financement qu’une présence sur le terrain, croit-il – mais plutôt comme des accompagnateurs de communautés. D’ailleurs, il y a deux ans, l’agronome a mis sur pied une communauté de pratique qui permet à une dizaine de chargés de projet PDZA de différents territoires qu’il a accompagné dans le passé de se rencontrer virtuellement six fois par année pour échanger.
« Il n’y a pas de réseau en ce moment entre les chargés de projets PDZA au Québec. Et moi, en en faisant partout dans différentes régions, je voyais des initiatives intéressantes dont les autres n’étaient pas au courant. Alors je jouais ce rôle de courroie de transmission, mais je trouvais ça intéressant de pouvoir faire travailler ces gens-là ensemble [et qu’ils s’inspirent] des problématiques communes, etc. », dit-il.
Qu’est-ce qu’un PDZA?
Le Plan de développement de la zone agricole (PDZA) est un outil réalisé de concert par la MRC et les acteurs du milieu visant à mettre en valeur les activités agricoles, à les développer et à les dynamiser sur le territoire de la MRC.
Sherbrooke se démarque
Bien qu’il ait participé à l’élaboration de plus d’une vingtaine de plans de développement de la zone agricole (PDZA), dont celui de Sherbrooke, l’expert Samuel Comtois estime que cette ville, qui a les compétences d’une MRC, se démarque particulièrement pour promouvoir l’agriculture.


La force de Sherbrooke réside dans les deux planifications stratégiques que son statut de ville-MRC lui a récemment permis d’élaborer : le PDZA, révisé en 2024, et le plan de développement d’une communauté nourricière (PDCN) adopté en septembre dernier. « On les a bien emboîtés l’un dans l’autre. C’est peut-être ça, notre bon coup », indique l’agente professionnelle en agroalimentaire de la Ville de Sherbrooke, Marie-France Audet, dont l’équipe s’occupe de la mise en œuvre des deux plans d’ici les cinq prochaines années.
L’objectif sera de développer un système alimentaire territorial en tenant compte des enjeux de la zone agricole ainsi que de ceux de la distribution, de l’accès à l’alimentation et du monde communautaire. « On est encore au tout début de ça, mais on a une grande chance, l’Université de Sherbrooke s’intéresse à comment on va le mettre en œuvre et nous a proposé de participer à un projet de recherche avec la Faculté de droit [pour nous aider à le faire] », dit-elle en ajoutant que la Ville s’est également dotée, en septembre, d’une charte alimentaire qui reconnaît le droit à l’alimentation de sa population. Elle serait devenue la première ville du Québec à adopter un tel document et accueillera le premier Sommet national du droit à l’alimentation du 14 au 16 avril 2026.