Territoire 24 octobre 2025

La saga des éoliennes loin d’être terminée en Mauricie

Voilà deux ans qu’un projet de fabrication d’hydrogène vert, impliquant l’implantation de 133 éoliennes en zone agricole par l’entreprise TES Canada, soulève les passions en Mauricie. Si des producteurs ont déjà accepté l’ajout de telles infrastructures sur leurs terres, d’autres s’y opposent fermement et cherchent encore des façons de faire reculer le promoteur. 

« Dans le cadre des élections municipales, ça parle juste de ça : les candidats à la mairie s’affichent soit pour, soit contre », constate le président du syndicat de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de Mékinac, Guy Boivin. 

Un producteur porcin et de grandes cultures, Pierre Thiffault, a accepté l’offre d’ajouter une éolienne sur sa terre, car la structure ne sera pas érigée à un endroit cultivable. En plus des 30 000 $ par année qu’il obtiendra en vertu de l’entente, il est d’avis qu’un tel projet aura des retombées économiques bénéfiques pour sa région. Photo : Caroline Morneau/TCN
Un producteur porcin et de grandes cultures, Pierre Thiffault, a accepté l’offre d’ajouter une éolienne sur sa terre, car la structure ne sera pas érigée à un endroit cultivable. En plus des 30 000 $ par année qu’il obtiendra en vertu de l’entente, il est d’avis qu’un tel projet aura des retombées économiques bénéfiques pour sa région. Photo : Caroline Morneau/TCN

Dans sa MRC, l’introduction de 98 éoliennes est prévue, dont 10 à Saint-Tite, où se trouve sa ferme de grandes cultures. Les 35 autres seront quant à elles localisées dans la MRC des Chenaux. Les éoliennes seront situées en zone agricole, dont 70 % à des endroits non cultivés, tels que des terres en friche, boisées ou sur un cap rocheux, précise TES Canada. La construction d’une usine pouvant produire 70 000 tonnes d’hydrogène vert est prévue, à Shawinigan, avec l’objectif de décarboner les secteurs de l’industrie et du camionnage. L’usine sera alimentée à l’électricité, dont une partie sera allouée par Hydro-Québec, soit un bloc de 150 mégawatts. Le reste proviendra de parcs éoliens et solaires que le promoteur travaille à implanter. 

Depuis le début des procédures, bon nombre de producteurs sont réfractaires à l’idée que des éoliennes soient construites sur leurs terres, estimant que l’agriculture doit être protégée coûte que coûte. Un producteur de lait de Saint-Tite, Alain Rodrigue, a mis une pancarte bien en évidence à sa ferme pour s’assurer de ne recevoir aucune sollicitation du promoteur. Outre la protection du territoire, ce dernier remet en question la pertinence de la production d’hydrogène.

Trouve-moi un moteur qui fonctionne à l’hydrogène en ce moment. Ça sert à quoi de donner notre argent pour faire un gaz dont on n’a pas besoin?

Alain Rodrigue

TES Canada précise que son projet vise justement à encourager les compagnies de camionnage au Québec à s’équiper de véhicules propulsés avec ce type d’énergie. 

Certains agriculteurs se montrent plus ouverts au projet. Pierre Thiffault, de Saint-Tite, a accepté l’offre d’ajouter une éolienne sur sa terre, car la structure ne sera pas érigée à un endroit cultivable. Au-delà des 30 000 $ par année qu’il obtiendra en vertu de l’entente, il est d’avis qu’un tel projet aura des retombées bénéfiques. « Ce sont des emplois de qualité qui vont faire travailler les gens de notre région. On le sait que Mékinac est une MRC défavorisée », soulève-t-il.

Le projet, dont l’entrée en activité est prévue pour 2029, doit encore recevoir l’aval du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement et de la Commission de la protection du territoire agricole du Québec pour aller de l’avant. 

Guy Boivin, Alain Rodrigue et France Armand, rencontrés au Congrès de l’UPA de la Mauricie, le 20 octobre, font partie des producteurs qui s’opposent à l’implantation d’éoliennes sur des terres agricoles.
Guy Boivin, Alain Rodrigue et France Armand, rencontrés au Congrès de l’UPA de la Mauricie, le 20 octobre, font partie des producteurs qui s’opposent à l’implantation d’éoliennes sur des terres agricoles.

Si les avis sont partagés sur le terrain quant au projet, la position de la fédération régionale de l’UPA Mauricie est claire : elle veut éviter l’ajout d’un parc éolien, estimant qu’il existe d’autres solutions pour que TES Canada puisse mener à bien son projet. Lors du congrès régional de l’organisation, tenu à Trois-Rivières le 20 octobre, l’assemblée a adopté une résolution sommant Québec d’allouer un bloc énergétique supplémentaire au promoteur, plaidant que l’abandon récent d’importants projets industriels, notamment relatifs à la filière batterie, libère beaucoup d’énergie. 

Jean-François Nolet, vice-président aux affaires publiques chez TES Canada, répond toutefois que son entreprise n’a pas l’intention de reculer, le projet étant déjà bien avancé. « On a investi beaucoup d’argent, on a travaillé avec les propriétaires, on a signé des ententes », énumère-t-il. De plus, la société d’État a déjà été catégorique, dit-il, sur le fait qu’elle n’attribuera pas toute l’électricité dont le promoteur a besoin.