L’acériculteur Jean-Paul Tardif a décidé de poursuivre sa mission à coup de lettres ouvertes pour faire changer l’opinion publique. Photo : Patricia Blackburn/TCN
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S'abonner maintenantL’acériculteur Jean-Paul Tardif ne baisse pas les bras dans le dossier des terres de Rabaska, qu’il aimerait voir entièrement protégées par une fiducie agricole.
En septembre dernier, le gouvernement du Québec annonçait la réintégration de 108 hectares en zone agricole sur les 272 que comptent ces anciennes terres de la Société en commandite Rabaska, à Lévis, dans Chaudière-Appalaches. Loin de s’en réjouir, M. Tardif, qui est président du syndicat local de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de Lévis et qui défend ce dossier depuis le début (voir l’encadré), estime que cette stratégie du gouvernement n’est « que de la poudre aux yeux », a-t-il confié en entrevue avec La Terre. « Ces terres continuent d’appartenir au gouvernement. Elles sont louées à des producteurs agricoles qui les exploitent, mais en réalité, elles ne sont pas protégées. À tout moment, le gouvernement pourrait décider de tirer la plogue pour en faire un autre usage », craint-il. Quand les 272 hectares ont été dézonés par décret gouvernemental en 2013, une entente prévoyait qu’en cas d’abandon du projet gazier planifié par la Société en commandite Rabaska, ces terres redeviendraient agricoles, rappelle M. Tardif, qui continue à se battre pour faire honorer cette entente initiale et la protection de ces terres à long terme. Dernièrement, il a toutefois appris que l’UPA abandonnait les démarches judiciaires dans le dossier. Maintenant sans l’appui financier du fonds de défense de l’UPA, l’acériculteur a décidé de poursuivre sa mission à coup de lettres ouvertes pour faire changer l’opinion publique. « C’est un moment encore douloureux pour une douzaine de producteurs agricoles qui ont été expropriés de leurs terres pour ce projet. Plusieurs ont résisté tant qu’ils ont pu. Ils étaient rendus au bout du rouleau quand les derniers ont accepté de signer de force en 2010, quelques années avant que le projet soit abandonné, parce que le prix du gaz avait changé », déplore-t-il.
Ce sont des milieux extraordinaires qui devraient être préservés. La terre agricole est une ressource non renouvelable.
Pour le gouvernement provincial et la Ville de Lévis, ce site a un très grand intérêt stratégique en raison de son potentiel en matière de développement économique. Il s’agit en effet du seul site industriel de grand gabarit encore disponible dans la Communauté métropolitaine de Québec. Le gouvernement du Québec avait d’ailleurs spécifié, lors de l’annonce de la réintégration des 108 hectares à la zone agricole, que les 164 hectares restants seraient placés dans une réserve industrielle stratégique, coupant ainsi la poire en deux dans ce dossier sensible.
De son côté, M. Tardif estime que les 164 hectares gardés en zone industrielle, en bordures fluviales et en bordure de l’autoroute 20, « sont des milieux extraordinaires qui devraient être préservés ».

Le dossier des terres de Rabaska en quelques dates
2007 : La Ville de Lévis dépose à la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) une demande visant l’exclusion de 272 hectares de terres agricoles sur son territoire pour la réalisation d’un projet de port méthanier par la Société en commandite Rabaska. La CPTAQ émet un avis préliminaire défavorable au projet. En octobre 2007, le gouvernement choisit de retirer la compétence de la CPTAQ dans le dossier et procède par décret au dézonage de la superficie totale, représentant l’équivalent de 508 terrains de football américain.
2013 : Le projet de port méthanier est abandonné.
2017 : L’administration portuaire de Québec (APQ) signe une promesse d’achat avec Rabaska, en vue de faire l’acquisition de certains lots pour y développer divers projets.
Avril 2023 : Transports Canada autorise l’APQ à procéder à l’acquisition.
Juin 2023 : La Ville de Lévis adopte une résolution visant l’acquisition par expropriation d’une partie des lots appartenant à Rabaska à des fins de réserve foncière. Elle souhaite y aménager une zone d’innovation en construction navale.
Juillet 2023 : Le Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu fait parvenir à la Ville de Lévis ainsi qu’à la CPTAQ une demande visant la réinclusion à la zone agricole de l’entièreté de la superficie exclue en 2007. Cette demande est jugée non conforme.
Février 2024 : Le gouvernement conclut une entente de principe avec Rabaska pour l’acquisition de la totalité des terres, pour un montant de 38 M$.