L’étude d’impact révèle que la quasi-totalité (97 %) du secteur identifié pour le prolongement de l’autoroute 73 est en zone agricole. Photo : Étude d’impact sur le prolongement de l’autoroute 73
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S'abonner maintenantLe mécontentement des producteurs agricoles de la Beauce face au tracé retenu par le ministère des Transports pour le prolongement de l’autoroute 73 reste entier, malgré l’insistance du député local pour obtenir leur appui.
Le 5 juin, le Ministère a rendu publique son étude d’impact sur ce projet, un document de quelque 230 pages réalisé par la firme AECOM. Le député caquiste de Beauce-Sud, Samuel Poulin, a profité de l’occasion pour demander l’adhésion des propriétaires de terrains ainsi que « l’appui formel » de l’Union des producteurs agricoles (UPA) afin que le gouvernement du Québec puisse poursuivre ses démarches et concrétiser ce prolongement attendu de la route sur 7,5 km. « Ceci sera nécessaire pour franchir les prochaines étapes, notamment pour l’acquisition des terrains, et les plans et devis », a-t-il exprimé dans un communiqué. La vice-première ministre et ministre des Transports et de la Mobilité durable, Geneviève Guilbault, y a souligné que cette « adhésion des parties prenantes est un facteur clé dans tout projet d’infrastructure majeur ».
Le projet consiste en l’acquisition de 40 terrains ou parties de terrain chez 32 propriétaires, apprend-on dans l’étude d’impact, qui étale également les arguments justifiant le choix du tracé et des solutions pour atténuer les impacts sur les plans agricole et environnemental. Il est toutefois mentionné, à la page 209 de l’étude, que malgré l’application de mesures d’atténuation et de compensation (en nature ou financière), « le maintien de la capacité de production du territoire agricole demeure un enjeu du projet ».
Des rencontres sont prévues dans les prochaines semaines pour parvenir « à obtenir un plan d’adhésion », spécifie néanmoins le député Samuel Poulin dans son communiqué.

L’UPA maintient sa position
Le président de la Fédération de l’UPA de la Chaudière-Appalaches, James Allen, a vivement réagi à la demande de ralliement du député de Beauce-Sud. « On n’est pas pantoute d’accord avec le choix du tracé. Et ce n’est pas vrai qu’on s’oppose au prolongement de l’autoroute. Les producteurs, on s’était tous mis d’accord pour laisser passer l’autoroute en soumettant un tracé dans le corridor à l’étude il y a 4-5 ans, mais le député semble dire qu’on bloque le projet. C’est le tracé retenu, le problème. Il paraît que son pointage est sorti plus élevé [par rapport aux autres tracés], mais ça, les pointages, on leur faire dire ce qu’on veut. Si tu mets 10 points pour les grenouilles et un pour les terres, l’agriculture va être perdante et l’environnement va toujours passer en avant de nous autres », a-t-il déploré, dans une entrevue accordée à La Terre.

La productrice laitière Kristelle Loignon, de la Ferme Kristault, à Saint-Georges, fait partie de ceux dont les terres sont touchées par le tracé préconisé par le ministère des Transports. Pour elle également, il n’y a absolument aucune chance qu’elle appuie le projet. « Il peut sortir toutes les études qu’il voudra, le tracé passe quand même dans mes terres en cultures drainées. Je vais être égoïste. Je vais d’abord parler pour ma ferme, mais me faire enlever ces terres-là, ç’a un impact sur le fait de pouvoir grossir mon entreprise ou non. Je ne peux pas dire que je vais acheter des terres ailleurs; il n’y en a pas. C’est donc l’avenir de mon entreprise qui est en jeu; l’avenir de l’agriculture! Je l’ai lue, l’étude, mais je ne comprends pas plus pourquoi ce projet-là aurait moins d’impacts sur l’agriculture. »
Un long processus
Actuellement, le ministère des Transports est à l’étape d’effectuer des tests de sols sur les terres et dans les érablières. James Allen souligne que pour se concrétiser, le projet doit encore recevoir l’aval de la Commission de protection du territoire agricole, qui ne s’est toujours pas prononcée sur le projet.
Entre-temps, Mme Loignon trouve qu’il est très difficile de prendre des décisions d’affaires pour sa ferme, étant dans le noir par rapport à ce qui se passera avec ce projet de prolongement d’autoroute, qui est dans les plans du Ministère depuis déjà plusieurs années, mentionne-t-elle. « Ce serait bien d’avoir un peu plus de transparence sur ce qui se passe, parce qu’à chaque décision qu’on veut prendre, on se demande si ça vaut la peine. Si, par exemple, je décide d’agrandir mon troupeau, ça me prend aussi du foin de plus, mais si je perds une partie de mes terres avec l’autoroute, je ne peux pas en faire pousser, car des terres, il n’y en a pas à vendre autour », illustre-t-elle.