L’unité d’observation qui se trouve sur les terres de la Ferme Lavallée et Fils, à Saint-Bruno-de-Guigues, a été installée à proximité d’un affleurement rocheux, ce qui fait dire à son copropriétaire Dominic Lavallée qu’il n’y a « aucune perte » de superficies cultivables. Photos : Émilie Parent-Bouchard
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S'abonner maintenantSAINT-BRUNO-DE-GUIGUES– L’intérêt de Quebec Innovative Materials Corp. (QIMC) pour le sous-sol d’un village du Témiscamingue suscite à la fois méfiance et curiosité. Alors que Québec planche sur un cadre réglementaire pour la recherche et l’exploitation d’hydrogène blanc, l’entreprise mène des travaux de recherche sur le terrain qui font sourciller certains agriculteurs ainsi que l’Union des producteurs agricoles (UPA).
C’est que l’hydrogène blanc, aussi appelé hydrogène naturel, n’est considéré ni comme une substance minérale ni comme un hydrocarbure. La Loi sur les mines et la Loi visant principalement à mettre fin à la recherche et à la production d’hydrocarbures adoptée en 2022 ne s’appliquent donc pas à la recherche de la forme gazeuse de l’élément « H » qui suscite un intérêt partout dans le monde pour son potentiel à devenir une solution de rechange propre aux énergies fossiles.
« Je n’en reviens pas qu’il n’y ait pas de cadre réglementaire. Et ça prend tellement de temps. À un moment donné, il va falloir que le gouvernement s’en mêle. On n’a jamais été contre l’exploration – là c’est de l’hydrogène blanc. Mais ça doit être fait dans les normes », tempête le président régional de l’UPA, Pascal Rheault, selon qui le promoteur devrait attendre la publication d’un cadre clair avant de procéder à des travaux sur le terrain, en particulier dans la zone verte.

Débat autour de l’usage agricole des terres
« Ce sont quand même des travaux non agricoles dans une zone agricole, plaide pour sa part Patrick Lafond, propriétaire de la Ferme Lait’s go, qui refuse pour l’instant que QIMC prenne des mesures sur ses terres. J’ai [regardé] au niveau environnemental avec QIMC. On a fait des démarches tous les deux, mais on n’a pas eu les réponses qu’on voulait. Donc, j’aime mieux me protéger et m’assurer que tout soit dans la façon de faire les choses correctement », poursuit celui qui avoue que la question est sur toutes les lèvres, autant de ses quatre frères et sœurs agriculteurs que des autres producteurs du village et des citoyens.

Producteur en grandes cultures, Dominic Lavallée a quant à lui permis à l’entreprise d’installer des « unités d’observation », parce que QIMC lui garantit la remise à l’état initial des terres et le retrait des infrastructures au besoin – une information corroborée par QIMC. « On s’est dit qu’il n’y avait aucune perte au niveau des terres agricoles, que j’allais pouvoir continuer de cultiver les mêmes superficies. Peut-être que [ça pourrait être une] nouvelle industrie qui pourrait se développer au Témiscamingue. La foresterie et l’agriculture connaissent des années plus difficiles, plaide-t-il, choqué que quelqu’un ait formulé cet hiver une plainte à la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ). Il paraît que le dossier serait fermé, mais je n’ai pas reçu de lettre officielle. »
Le ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie confirme qu’il travaille à un projet de loi pour encadrer « de nouvelles utilisations des environnements géologiques autres que miniers ». Ce cadre, élaboré en collaboration avec les ministères de l’Environnement, des Ressources naturelles et des Affaires municipales, « devrait être rendu public d’ici la fin de 2025 », précise-t-il.
Les élus, pour leur part, oscillent entre « prudence et curiosité », pour reprendre les mots du maire, Tomy Boucher. La préfète, Claire Bolduc, suit aussi le dossier avec attention. À la demande de la MRC, le physicien et spécialiste des questions énergétiques Normand Mousseau rencontrera les élus pour des sessions de travail.
QIMC obtient la permission de forer
Malgré l’absence de cadre légal pour la recherche d’hydrogène, le ministère des Ressources naturelles et des Forêts a octroyé à QIMC un permis pour la réalisation de « travaux d’exploration à impacts », donc de « forage au diamant », le 18 juillet dernier.
C’est qu’avec la collaboration de l’Institut national de recherche scientifique (INRS), QIMC mène des travaux d’acquisition des connaissances, non pas sur l’hydrogène à proprement parler, mais sur les « formations géologiques » susceptibles de favoriser l’accumulation du gaz sous terre.
« On cherche des formations géologiques très précises : des indices de fer et de silice et des failles très profondes. Le site de Guigues, à cause de ces critères-là, et de [l’absence] d’hydrocarbures, remplit vraiment les critères que l’INRS a mis en place », explique le cofondateur et président de QIMC, John Karagiannidis. Il se veut aussi rassurant pour les agriculteurs. « On ne travaille plus sur des terres agricoles. On travaille sur des terres zonées blanches. L’INRS installe des puits à travers le Québec pour mesurer le gaz qui est présent, par exemple dans des sites d’enfouissement ou dans n’importe quel autre site », soutient-il, précisant que la mise sur pied d’un comité de suivi du projet est en cours.