Relève 14 octobre 2025

Un producteur laitier aide un immigrant à réaliser un rêve agricole

SAINT-HYACINTHE – L’un avait un bâtiment vide; l’autre, un rêve. Une rencontre fortuite entre le producteur agricole Rémy Côté, propriétaire de la Ferme laitière Côté, à Saint-Hyacinthe, en Montérégie, et Silus Langlois, un immigrant haïtien, a donné naissance à un projet agricole, il y a six mois.

Pendant que ses 34 chèvres et sa vingtaine de moutons cherchent de quoi brouter, Silus répète combien il est reconnaissant envers son ami Rémy d’avoir accepté de lui louer ce bâtiment pour démarrer un projet un peu fou, mais qui lui permet de réaliser un rêve.

« Quand je finis le travail, je viens ici. Ça m’apaise et ça me change les idées. J’aime beaucoup ça », confie celui qui est arrivé au Québec il y a cinq ans. Après quelques emplois ici et là, il a fait une formation comme auxiliaire familial. Employé du Centre de service en santé et services sociaux de la région, Silus a été affecté à la résidence de Rémy, où il est resté pendant deux ans pour s’occuper du père de ce dernier, en perte d’autonomie. « On se côtoyait donc souvent, et dans nos discussions, il me posait des questions sur la ferme en me disant qu’il avait toujours rêvé d’avoir des animaux », rapporte le producteur laitier de Saint-Hyacinthe. De fil en aiguille, il a donc décidé de lui offrir en location l’ancienne étable qui ne servait plus depuis la construction d’une nouvelle installation. « On s’est entendus sur un prix qui nous convenait à tous les deux. Je sais combien ça peut être difficile de démarrer dans le secteur quand on ne vient pas déjà du milieu agricole, et plus encore quand on ne vient pas d’ici, alors j’avais envie de l’aider à vivre son rêve. De toute façon, mon bâtiment ne servait à rien depuis deux ans », expose le producteur.

L’un avait un bâtiment vide; l’autre, un rêve. Une rencontre fortuite entre le producteur agricole Rémy Côté, propriétaire de la Ferme laitière Côté, à Saint-Hyacinthe, en Montérégie, et Silus Langlois, un immigrant haïtien, a donné naissance à un projet agricole, il y a six mois. Pendant que ses 34 chèvres et sa vingtaine de moutons cherchent de quoi brouter, Silus répète combien il est reconnaissant envers son ami Rémy d’avoir accepté de lui louer ce bâtiment pour démarrer un projet un peu fou, mais qui lui permet de réaliser un rêve. Photo : Patricia Blackburn/TCN
Pendant que ses 34 chèvres et sa vingtaine de moutons cherchent de quoi brouter, Silus répète combien il est reconnaissant envers son ami Rémy d’avoir accepté de lui louer ce bâtiment pour démarrer un projet un peu fou, mais qui lui permet de réaliser un rêve. Photo : Patricia Blackburn/TCN

Souvenirs d’Haïti

Silus Langlois conserve le souvenir de son propre père, qui travaillait dans le milieu agricole en Haïti. « Chaque matin, avant d’aller à l’école, mon père nous amenait avec lui pour s’occuper des animaux, leur donner à manger. Je connaissais déjà beaucoup de choses! Aussi, dans mon pays, tout le monde a quelques animaux, alors j’ai l’habitude de faire ça », ajoute l’apprenti agriculteur à la bonne humeur contagieuse. 

Il reconnaît par ailleurs qu’il y a eu une adaptation à faire avec les règles et les techniques propres à son pays d’accueil. Par exemple, il a d’abord voulu bâtir son projet avec des poules pondeuses ou des vaches laitières, mais a rapidement été informé des systèmes de quota encadrant ces deux productions au Québec. Il s’est donc tourné vers les moutons et les chèvres. « Dans mon pays, les gens aiment beaucoup manger de la chèvre, et Rémy m’a dit qu’ici, les Québécois aiment beaucoup l’agneau », mentionne-t-il pour justifier son choix d’aller vers ces animaux. 

Éventuellement, il pensera à commercialiser la viande, une étape qu’il n’est toutefois pas encore prêt à démarrer. « Si j’avais beaucoup d’argent, j’en achèterais davantage, mais là, je dois grandir tranquillement mon troupeau », confie l’éleveur, qui attend, dans quelques semaines, les premières mises bas.

Des clôtures avec des palettes

Au départ, le producteur laitier et sa conjointe ont conseillé Silus sur certains aspects de la production, par exemple en ce qui concerne l’importance de mettre les nouveaux animaux en quarantaine avant de les introduire au troupeau, les soins à apporter en cas de maladies ou encore comment fonctionne la chaîne de nettoyage, énumère Rémy. « Il a démarré avec peu de moyens, et il se demandait comment faire des clôtures pour les ­animaux dans l’étable, alors je lui ai dit qu’il fallait être créatif. J’avais des palettes de bois qui ne servaient plus, alors il les a utilisées pour construire ses clôtures », raconte celui qui est heureux de voir sa vieille étable revivre. 

Je ne pensais pas que ce rêve pourrait se réaliser.

Silus Langlois

Pour le reste, il signale que son nouveau locataire est autonome dans ses décisions d’affaires. « C’était déjà entendu dès le départ, car j’en ai déjà bien assez à m’occuper de ma propre ferme », insiste-t-il. Les deux hommes se côtoient néanmoins tous les jours, lors de visites quotidiennes de Silus.

Mélissa, l’une des chèvres favorites du nouvel éleveur, est toujours la première à venir le voir dès qu’il se pointe dans le bâtiment.

Celui-ci occupe toujours son emploi d’auxiliaire familial selon un horaire de nuit, ce qui lui laisse une partie de la journée pour venir s’occuper de ses animaux. « Je pense que ce que j’aimerais, c’est pouvoir acheter un jour une petite terre pour installer mon élevage et permettre à mes animaux de brouter l’herbe des champs », évoque-t-il en regardant quelques-unes de ses chèvres déguster avec plaisir la luzerne qui pousse sur une petite portion des terres en cultures de Rémy Côté. Le producteur lui permet de laisser ses chèvres pâturer à quelques endroits. « Comme ça, j’ai moins de gazon à tondre », lance-t-il à la blague.