Philippe Couillard affirme que les agriculteurs ne doivent plus être mis devant un « fait accompli » qui affecte la gestion de l’offre, comme ce fut le cas avec l’Accord économique et commercial global et le Partenariat transpacifique. Photo : Archives/TCN

Philippe Couillard affirme que les agriculteurs ne doivent plus être mis devant un « fait accompli » qui affecte la gestion de l’offre, comme ce fut le cas avec l’Accord économique et commercial global et le Partenariat transpacifique. Photo : Archives/TCN

Québec fixe trois conditions pour la gestion de l’offre

Le premier ministre du Québec fixe trois conditions pour la suite de la négociation de l’ALENA sur la gestion de l’offre, sans quoi « ça ne passera jamais politiquement au Québec ».

En entrevue exclusive à La Terre, Philippe Couillard avance que même si le Québec ne négocie pas directement, il faudra que « le Québec – pas juste le gouvernement, mais l’ensemble de la société – donne vraiment une approbation à quoi que ce soit ». Deuxièmement, il faut que « le revenu de nos producteurs agricoles soit protégé » et troisièmement, il faut aussi éviter que les agriculteurs se retrouvent une nouvelle fois devant un « fait accompli », comme ce fut le cas pour les fromages avec l’Union européenne ou avec les concessions faites pour la signature du Partenariat transpacifique.

La classe 7

Le premier ministre a qualifié de « dures » les discussions qu’il a eues fin juin avec le secrétaire américain à l’Agriculture, Sonny Perdue, et auparavant avec son adjoint, Ted McKinney. Sonny Perdue a néanmoins répété au premier ministre qu’il ne souhaitait pas démanteler la gestion de l’offre. En ce qui concerne la classe 7 pour le lait, le premier ministre estime que le gouvernement américain ne veut pas l’abolir, mais que ce serait plutôt une question de prix et de l’effet marginal du Canada dans les prix. Il prévoit donc qu’il continuera à y avoir une « énorme pression » sur ce sujet dans les négociations. « Ils sont entièrement focusés sur les nouvelles protéines, le lait diafiltré et la classe 7 », précise le premier ministre, en parlant du gouvernement américain.

Philippe Couillard aurait cependant indiqué à ses interlocuteurs du département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) que « rien ne serait possible politiquement » sans le respect des conditions du Québec, puisque 50 % du lait canadien provient de cette province. « J’ai été excessivement clair avec lui [Perdue] que ça ne passera jamais politiquement au Québec de toucher à la gestion de l’offre », a-t-il insisté, en ajoutant que le secrétaire a été « renversé » quand il lui a dit que les Québécois étaient même prêts à payer leur lait un peu plus cher pour conserver la gestion de l’offre.

Message au fédéral

« J’ai demandé au gouvernement fédéral de contacter l’UPA [Union des producteurs agricoles] et les Producteurs de lait du Québec pour qu’ils soient impliqués », indique Philippe Couillard. Il estime que les producteurs sont des « experts » dans leur domaine et peuvent contribuer à suggérer « quelque chose » de « constructif » au gouvernement fédéral. Le premier ministre a obtenu l’assurance qu’Ottawa avait effectué ces premiers contacts. L’UPA confirme que le bureau de la ministre Freeland a pris contact avec l’Union et que des discussions sont à prévoir au cours des prochaines semaines. L’UPA réitère qu’elle va défendre l’« intégralité » de l’ensemble de gestion de l’offre, y compris la classe 7.

« Ce n’est pas moi qui négocie », a répété à plusieurs reprises le premier ministre, qui dit qu’il serait cependant « extrêmement déçu » et « mécontent » si les producteurs agricoles n’étaient pas consultés « en amont » et qu’on se retrouvait, par exemple, avec une modification à la structure de prix des protéines laitières.

Il semble cependant satisfait de la défense de la gestion de l’offre par Ottawa jusqu’à maintenant. « Je n’ai aucune raison qui me permet de croire que M. Trudeau et son gouvernement vont abandonner le soutien de la gestion de l’offre; au contraire », précise le premier ministre du Québec.

Philippe Couillard estime par ailleurs que les chances sont « bonnes » de conserver intacte la gestion de l’offre, même si Donald Trump est « tellement imprévisible ».

Le premier ministre entend garder ces principes tout au long des négociations : défense « très, très forte » de la gestion de l’offre, rappel des concessions passées des producteurs, rappel des pressions sur les revenus et rappel que le Québec va défendre les revenus de ses producteurs agricoles.

« Excessivement attaché » à la gestion de l’offre

« Comme député de Roberval avec mes voisins, qui sont tous des forestiers ou des agriculteurs, je suis excessivement attaché, plus qu’attaché même, à la défense de la gestion de l’offre et au-dessus de ça, à la protection du revenu des producteurs et notamment des producteurs laitiers », a commenté Philippe Couillard. Le premier ministre se dit conscient des pressions multiples qui s’exercent actuellement sur les revenus des producteurs. Il cite en exemple non seulement l’« incertitude liée au commerce », mais aussi les « relations avec les transformateurs » et la question des « taxes agricoles ».