L’étude EPURA a recueilli divers échantillons auprès de 400 personnes pour évaluer les effets de l’exposition aux pesticides des communautés vivant à proximité des terres agricoles au Québec, y compris des producteurs agricoles et leur famille. Photo : Archives/TCN
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S'abonner maintenantDans le cadre d’une étude terrain cherchant à quantifier l’exposition des communautés rurales aux pesticides, Maryse Bouchard, chercheuse à l’Institut national de la recherche scientifique, a remarqué une réticence de la part de certains producteurs agricoles à collaborer avec son équipe. Il a donc été convenu de les inclure dans l’étude afin d’obtenir une meilleure collaboration de leur part, bien que la population ciblée au départ était principalement celle vivant en périphérie des fermes, a-t-elle expliqué dans une conférence présentée à l’occasion du rendez-vous annuel 2026 de l’organisme Victimes des pesticides du Québec (VPQ), le 7 avril, à Montréal.

Selon Pascal Priori, coordonnateur de l’organisme, cette réticence n’est pas nouvelle dans le milieu, et persiste en raison de divers facteurs, dont l’idée que les producteurs agricoles sont « invulnérables », observe-t-il. « Les personnes qui osent parler des risques liés à l’usage des pesticides doivent donc prendre une posture d’humilité, car elles se font dire : ‘‘Si tu parles contre les pesticides, tu es contre nous.’’ Ça va assez loin, la pression sociale pour ne pas parler des risques », remarque celui qui a grandi dans une ferme, en France. Il ajoute qu’il y a aussi un mythe qui circule voulant qu’aujourd’hui, les produits soient moins dangereux qu’avant. « Mais c’est un danger équivalent, et c’est souvent l’accumulation qui fait que ça devient dangereux lorsqu’on y est exposé à long terme », rappelle-t-il.
« Ce n’est pas contre eux »
Elizabeth McNamara et son ex-mari, qui ont exploité une ferme laitière en Outaouais dans les années 1970, ont tous deux reçu un diagnostic de Parkinson en 2009. Aujourd’hui, Mme McNamara partage son expérience pour sensibiliser ses pairs aux risques de ces produits sur la santé, même si plusieurs d’entre eux se braquent lorsqu’elle leur parle du sujet, comme s’ils se sentaient attaqués. « Je n’en parle pas pour les empêcher de faire un revenu. Ce n’est pas contre eux. Ce sont des informations importantes; à eux ensuite de décider ce qu’ils veulent en faire », souligne-t-elle en entrevue avec La Terre.

Comme d’autres producteurs agricoles dans sa situation (voir l’encadré), elle croit que le combat doit se poursuivre pour mieux protéger les travailleurs agricoles. « Dans les années 1970-80, on nous recommandait fortement et même très fortement d’utiliser des pesticides pour faire passer l’agriculture de subsistance à un mode de production industrielle. J’aurais voulu être informée des dangers sur la santé et je me demande pourquoi les études établissant le lien réel entre l’exposition aux pesticides et le développement de la maladie de Parkinson, entre autres, n’ont pas été faites avant ou n’ont pas été rendues publiques », regrette-t-elle. Si elle a aujourd’hui fait le deuil de sa santé, elle craint maintenant pour l’avenir de l’un de ses fils, qui a travaillé avec eux à la ferme quand il était enfant. « Le Parkinson, c’est une maladie sournoise, et ça prend souvent plusieurs années avant que les premiers symptômes se manifestent », souligne la mère de famille, agitée par l’inquiétude.
Ces dernières années, Pascal Priori remarque malgré tout une plus grande ouverture, notamment avec l’implication de l’Union des producteurs agricoles, qui a collaboré avec VPQ pour réaliser un premier sondage auprès de ses membres et faire un portrait des producteurs agricoles touchés par des maladies pouvant être liées à l’exposition aux pesticides.
Qu’est-ce que le projet EPURA?
Depuis un peu plus d’un an, l’équipe de l’étude EPURA, pilotée par la chercheuse de l’INRS Maryse Bouchard en collaboration avec des chercheurs d’autres universités québécoises, veut quantifier l’exposition aux pesticides des personnes vivant à proximité des champs maraîchers. Selon Mme Bouchard, il s’agit d’une population sur laquelle les effets des pesticides avaient encore été peu documentés. Pour ce faire, 400 personnes provenant de 200 ménages dans quatre communautés agricoles de la Montérégie ont été recrutées en 2024 et 2025, et ont depuis fourni divers échantillons biologiques et environnementaux. La collecte de données, qui est maintenant complétée, est en cours d’analyse pour quantifier les résidus de pesticides dans l’urine des participants et évaluer leurs concentrations dans l’eau potable, entre autres. L’objectif est d’établir par la suite par quelles voies les pesticides entrent dans l’organisme de ces populations, quelles sont les vulnérabilités affectant l’exposition (âge, genre, statut socioéconomique), et s’il existe une distance protectrice minimale entre le champ et la population en général. Les résultats devraient être publiés d’ici un an et demi, indique Mme Bouchard.