Avant d’aller de l’avant avec des travaux de drainage, il est important d’avoir un plan et de le conserver à l’issue du processus. Photo : Gracieuseté de l’AEDAQ
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S'abonner maintenantLorsque l’eau s’égoutte mal d’un champ, s’accumule dans des zones localisées, ou que le rendement n’est pas au rendez-vous, la réalisation d’un diagnostic permet de mettre le doigt sur le problème, avant d’entreprendre des travaux de drainage. Et les avantages de l’exercice sont nombreux. Explications.
« Je pense que le diagnostic est souvent négligé, avance Rosanne Chabot, directrice aménagement de parcelles à la firme de services-conseils Logiag, à Châteauguay. Le principal avantage, c’est que ça permet d’identifier les meilleures solutions par rapport aux problématiques qu’on rencontre sur le terrain. »
Celle qui a participé, à titre d’autrice principale, à la rédaction du guide technique Diagnostic et drainage souterrain des terres agricoles, du Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ), souligne que l’importance accordée au diagnostic est bien mise de l’avant dans le titre du document.


« Le diagnostic permet de savoir où investir pour avoir le meilleur coût-bénéfice pour les travaux d’amélioration, fait pour sa part valoir Julien Bouchard, ingénieur et chef d’équipe ingénierie au Groupe PleineTerre, à Napierville. Pour un champ, il faudra peut-être niveler, tandis que pour un autre, c’est préférable d’augmenter la densité de drainage. »
Bref, la solution à un problème d’égouttement d’eau ne repose pas de facto sur l’ajout de drains, font valoir les deux experts.
Éléments évalués
Différents aspects sont évalués dans le cadre d’un diagnostic, dont la structure du sol, l’état du réseau hydraulique, la mesure de conductivité hydraulique et la topographie. À elle seule, la couleur du sol peut être révélatrice, dit Julien Bouchard. Les photos aériennes des champs et les cartes de rendement peuvent également être mises à profit.
Ce travail d’analyse est généralement réalisé par des agronomes ou des ingénieurs agricoles. Une aide financière est offerte pour ce type de service par le Réseau Agriconseils, précise Rosanne Chabot.
Ce que je dis souvent aux producteurs, c’est qu’avant d’investir de grosses sommes, ça vaut toujours la peine de sonder et, minimalement, de trouver d’anciens drains pour être sûr que le problème ne vient pas de l’ancien système. C’est important de ne pas répéter les mêmes erreurs.
« Est-ce que des drains qui auraient dû être enrobés, et qui ne le sont pas, ont été mis dans des sols sableux et sont maintenant bloqués? Est-ce qu’il y a des problèmes de colmatage par l’ocre de fer? Il y a un paquet d’informations à aller chercher », illustre l’ingénieur.
Doubler les drains?
Bien que la tendance soit à l’augmentation de la densité des drains pour accélérer l’évacuation de l’eau, Julien Bouchard croit toutefois qu’il n’y a pas de recette uniforme. « C’est du cas par cas, affirme-t-il. Par exemple, les premiers champs drainés dans les années 1960, dans l’argile, sont aux 60, 70 pieds. Ça peut valoir la peine de doubler les drains. Mais ça vaut peut-être moins le coup pour un champ drainé plus serré. »
Lorsque le doublage des drains s’applique, l’investissement peut être avantageux, évalue-t-il par ailleurs. À une époque, les coûts d’une nouvelle terre et des travaux de drainage pouvaient être semblables. « Mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Les prix ne sont plus comparables et ça vaut plus la peine d’investir dans le drainage qu’avant », calcule-t-il.
Déceler les problèmes
La compaction du sol figure par ailleurs parmi les problématiques à surveiller. Creuser le sol, idéalement tôt au printemps, permet de déceler ce type de problème.
Quand il y a de la compaction, la nappe est perchée. Il n’y a pas d’eau sous la compaction; elle reste en surface. Le drainage souterrain n’est donc pas la solution dans ce cas-là.

Si le sol est très compacté, le sous-solage (méthode de décompaction mécanique) peut être envisagé, souligne Julien Bouchard. Mais il est également important de veiller par la suite à la santé des sols, entre autres avec l’implantation d’engrais verts, pour éviter que la situation se répète.
« La problématique, parfois, ce n’est pas de réinvestir en fou dans le drainage, mais de réinvestir dans la santé des sols parce que l’eau ne s’infiltre plus, dit l’ingénieur. On peut mettre tous les tuyaux qu’on veut dans le sol, si la couche en surface est complètement compactée et que l’eau ne passe pas, les problèmes vont continuer. »
Signe d’un écoulement hypodermique, l’accumulation d’eau au pied d’une pente est un autre problème de drainage observé, ajoute Rosanne Chabot. L’aménagement d’une rigole d’interception pour récupérer l’eau ou bien d’un drain avec une tranchée filtrante font, dans ce cas, partie des solutions à mettre en œuvre.
De façon générale, Mme Chabot recommande par ailleurs d’inspecter, au moins deux fois par année, les sorties de drains en place pour s’assurer qu’elles sont en bon état et que les débris ne s’accumulent pas derrière la grille.
Importance du plan
Question de parer aux imprévus, les deux experts sondés par L’UtiliTerre recommandent en outre de réaliser un plan avant d’aller de l’avant avec des travaux de drainage. Ce type d’exercice est réalisé par un professionnel spécialisé dans la réalisation de travaux de drainage.
« C’est important d’exiger d’avoir le plan effectué, estime Julien Bouchard. Il y a beaucoup d’entrepreneurs qui ont des GPS dans leur tracteur maintenant et qui sont capables de sortir ce qui a vraiment été réalisé. Ça peut éviter des problèmes dans le futur. Trouver des drains avec un plan, ça se fait. Mais trouver des drains, pas de plan, ça commence à être assez difficile. »

Il est toujours possible d’annoter le plan de planification, si un entrepreneur travaille avec le laser plutôt qu’avec le GPS, ajoute en outre le chef d’équipe ingénierie du groupe PleineTerre. Conserver le plan du travail effectué permet de faciliter le travail, si d’éventuels correctifs doivent être apportés.
C’est également un service à rendre aux générations futures qui pourraient prendre la relève de la ferme ou à un éventuel acheteur de la terre, souligne pour sa part Rosanne Chabot.
« Quand on a les plans, on sait ce qui est drainé, où est la sortie et on peut prendre la relève, dit-elle. Ça reste un avantage et, aujourd’hui, les plans sont de plus en plus en fichiers numériques. »