Ce contenu est réservé aux abonnés.
Se connecterSi ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous pour moins de 1 $ par semaine.
S'abonner maintenantDes représentants des quatre principaux partis politiques fédéraux se sont présentés devant plusieurs intervenants du milieu agricole réunis à Lévis, le 15 avril. La rencontre, orchestrée par l’Union des producteurs agricoles à deux semaines du scrutin du 28 avril, était également diffusée sur les réseaux sociaux. La Terre vous présente les promesses de chaque candidat.

Kody Blois, Parti libéral du Canada
Vêtu d’un chandail à capuchon, l’actuel ministre de l’Agriculture, Kody Blois, revenait d’une séance de porte-à-porte dans son patelin rural de la Nouvelle-Écosse lorsqu’il s’est présenté en téléconférence. Dans un français qui en a surpris plus d’un, M. Blois a pris plaisir à parler de l’époque où il a joué des matchs élites de balle rapide dans le secteur de Bellechasse au Québec.
Bien sûr, le candidat libéral a aussi énuméré les priorités agricoles de son parti :
- Améliorer la gestion des risques en faisant passer le taux d’indemnisation d’Agri-stabilité de 80 % à 90 %. Les améliorations proposées comprennent l’augmentation du taux d’indemnisation de 80 à 90 % et le doublement du plafond de paiement, qui passerait de 3 M$ à 6 M$.
- Accroître de 3 M$ chaque année le montant consacré à la recherche de nouveaux marchés de commercialisation pour les produits agricoles et agroalimentaires.
- Augmenter la limite de 500 000 $ à 1 M$ des prêts garantis par le fédéral à la relève agricole et aux nouveaux arrivants en milieu agricole.
- Ajouter 30 M$ dans le Fonds pour les technologies propres afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre, notamment en agriculture.
- Créer un fonds de 200 M$ afin d’augmenter la transformation alimentaire, particulièrement dans les régions rurales.
Le producteur Stéphane Bisaillon lui a demandé de s’engager à ce que les institutions du fédéral soient obligées d’acheter des aliments locaux « et pas nécessairement au plus bas prix ». Kody Blois a répondu que ce point était « absolument crucial ».
L’agriculteur Sylvain Lapierre (qui s’est d’ailleurs présenté comme entraîneur de balle rapide dans Bellechasse) lui a demandé quel était le plan pour s’assurer qu’il n’y aurait aucune augmentation d’importation de produits pour les secteurs sous gestion de l’offre. Sans répondre directement, M. Blois a dit qu’il la protégerait et que la gestion de l’offre était essentielle « pas juste pour nos fermiers, mais pour la sécurité alimentaire ».

Yves Perron, Bloc québécois
Le député bloquiste de Berthier—Maskinongé, Yves Perron, a amorcé sa présentation par un plaidoyer en faveur de la souveraineté alimentaire et des agriculteurs. « Il faut que nos producteurs aient des conditions adéquates pour que vous soyez capables de vivre de votre métier. Quand les gens qui nous nourrissent doivent travailler ailleurs, je pense qu’il y a un gros souci », a-t-il dit.
Les propositions agricoles de son parti :
- Ramener à 30 % le taux de travailleurs étrangers temporaires (TET) dans l’agroalimentaire et proposer des permis ouverts, sectoriels et régionaux pour les TET, qui incluent le principe du respect du contrat. « Si tu as signé un contrat un an, tu ne peux pas partir après deux ou trois semaines, car l’autre te donne plus cher », a insisté M. Perron.
- Considérer les infrastructures d’abattage d’animaux ou de transformation de fruits et légumes comme des infrastructures permanentes et non des infrastructures subventionnées pendant quelques années qui disparaissent ensuite.
- Ajuster aux neveux et nièces le projet de loi C-208 adopté pour faciliter le transfert de petites entreprises ou de fermes familiales ou de sociétés de pêche.
- Rétribuer les bons gestes environnementaux en offrant l’équivalent de cinq ans des revenus qui auraient été obtenus par l’espace des cultures maintenant occupé par une bande riveraine.
- Collectiviser davantage la gestion du risque des fermes. « Quand je vois des producteurs qui ne veulent pas assurer [leurs récoltes], car ils disent que ça ne vaut pas le coût, ça ne fonctionne pas », a-t-il dit.
La maraîchère Catherine Lefebvre a souligné l’importance de mettre en place une politique de réciprocité des normes. « Je ne peux en faire un engagement formel, mais on réfléchit à un projet de loi qui irait dans ce sens », a affirmé M. Perron.
Un producteur a fait valoir qu’il fallait augmenter le budget du fédéral pour l’agriculture, qui est à moins de 1 % présentement. Yves Perron a répondu : « Si on met 2 % en défense, peut-être qu’on pourrait mettre plus que 1 % en alimentation. Car comment ils faisaient pour prendre une ville au Moyen-Âge? Ils assiégeaient la ville et attendaient qu’il n’y ait plus de nourriture dedans. Si on veut être solides, il faut qu’on soit intelligents et davantage respectueux des gens qui produisent cette nourriture-là. Augmenter le budget [en agriculture], clairement! »

Jacques Gourde et Joël Godin, Parti conservateur du Canada
Les conservateurs étaient représentés par deux députés : Jacques Gourde, de Lévis—Lotbinière, et Joël Godin, de Portneuf—Jacques-Cartier. Les agriculteurs dans la salle ont applaudi Jacques Gourde, qui a pris la peine de se déplacer bien qu’il sortait d’un traitement contre le cancer. La plateforme électorale des conservateurs n’étant pas encore divulguée au moment de la rencontre, Joël Godin s’est contenté d’avancer certaines positions pour le milieu agricole.
- Diminuer la lourdeur administrative. « Nous avons pris l’engagement de réduire de 25 % au niveau de la paperasserie, a-t-il souligné, et je pense qu’on pourrait faire plus que ça. »
- Diminuer les restrictions des travailleurs étrangers temporaires. « Pierre Poilievre a dit, le 26 mars, qu’il transférerait les pouvoirs [fédéraux encadrant les TET] au Québec parce qu’il y a une particularité au Québec avec les TET », a mentionné M. Godin. Les conservateurs veulent aussi alléger les procédures d’embauche de TET et mettraient un moratoire de trois ans sur les restrictions actuelles imposant une limite de 10 % du nombre de TET dans les postes à bas salaire de certains secteurs.
- Faciliter le travail à temps partiel des aînés. « On [propose] une politique en place très intéressante pour nos aînés. Ils peuvent vous aider s’ils ont le goût de travailler, a-t-il indiqué, sans impact sur leur revenu imposable s’ils gagnent en bas de 34 000 $ ni incidence sur leur pension de vieillesse. »

Tommy Bureau, Nouveau Parti démocratique
C’est l’enseignant et candidat Tommy Bureau, de la circonscription de Québec, qui a présenté quelques idées du Nouveau parti démocratique (NPD), sans pouvoir en dire davantage, car le parti n’avait pas encore divulgué l’ensemble de sa plateforme électorale.
- Protéger la terre. Le NPD veut déposer un projet de loi visant la protection des sols et des terres agricoles. « C’est important de protéger cette ressource-là pour vous, pour nous et pour tout le monde », a-t-il dit.
- Aider les travailleurs étrangers temporaires à devenir des résidents permanents, pour « pouvoir s’assurer [qu’ils auront] de meilleures conditions de vie et tous les avantages de la citoyenneté canadienne, tout en respectant vos besoins ».
- Réduire le coût des aliments. Le NPD veut soutenir les épiceries locales et créer une stratégie nationale de coopératives alimentaires afin d’offrir des options alimentaires plus abordables pour la population. Le parti a aussi l’objectif de couper dans les profits des grandes chaînes d’alimentation, « qui ont augmenté leur profit de 65 % depuis la pandémie », a-t-il plaidé. « C’est là qu’on veut aller couper. Il faut s’assurer, dans la législation, que la facture ne sera pas refilée à vous, agriculteurs et agricultrices. »
Leur position sur la gestion de l’offre
Kody Blois : « La gestion de l’offre, c’est off the table. Le premier ministre est très clair, je suis très clair; la gestion de l’offre, c’est absolument crucial de la défendre et de promouvoir ce système et nous allons continuer avec cette position. »
Yves Perron : « On a pris l’engagement de redéposer [le projet de loi C-282 protégeant la politique de gestion de l’offre qui a été bloqué au Sénat avant les élections]. On pourrait y aller par consentement unanime pour le ramener au stade [d’adoption] où il était. »
Joël Godin : « La seule chose que je peux vous dire, c’est que notre chef a dit clairement qu’il allait protéger la gestion de l’offre, et Jacques Gourde et moi allons le lui rappeler, dans son intégralité. » (en réponse à un producteur de lait lui ayant fait remarquer que le programme des conservateurs ne prévoit pas de protéger la gestion de l’offre dans son intégralité)
Tommy Bureau : « C’est excessivement important de défendre intégralement la gestion de l’offre. Le Bloc avait déposé un projet de loi en ce sens-là et on va l’appuyer. À la reprise des travaux, on risque nous-mêmes de déposer un projet de loi qui va dans ce sens-là. C’est non négociable pour nous; c’est important pour protéger vos conditions de travail et vos conditions de vie. »
Un débat à saveur agricole, animé notamment par le journaliste Martin Ménard, aura lieu le 17 avril 2025, à 17h. Il sera diffusé sur la page Facebook de la Fédération canadienne de l’agriculture.