Invité à titre d’expert, l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest est venu exposer les conséquences potentielles d’une guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis et ses impressions sur « un Donald Trump sur les stéroïdes 2.0 ». Photo : Vincent Cauchy/TCN
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S'abonner maintenantLONGUEUIL – Alors que les menaces de tarifs douaniers du président américain inquiètent plus que jamais l’industrie agroalimentaire, l’Union des producteurs agricoles (UPA) a convié deux personnalités politiques qui suivent la situation de près, soit Jean Charest et François-Philippe Champagne, à son siège social de Longueuil.
Le matin du 24 février, l’ancien premier ministre du Québec Jean Charest est d’abord venu exposer les conséquences potentielles d’une guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis et ses impressions sur « un Donald Trump sur les stéroïdes 2.0 ».
« Il a tiré des leçons de son premier mandat. Il s’est senti restreint par des conseillers qui passaient leur temps à le retenir, à retenir ses impulsions, ses projets. Et lors de sa dernière élection, il s’est senti investi d’une nouvelle mission », présume celui qui est aujourd’hui membre du Conseil du premier ministre canadien sur les relations canado-américaines et associé au cabinet d’avocats Therrien Couture Joli-Cœur.
Dans ce contexte, selon M. Charest, le président américain nouvellement élu sera bien plus difficile à gérer que lors de son premier mandat.
L’« intoxication tarifaire » dont il souffre, néanmoins, pourrait éventuellement mener à sa perte, estime-t-il.
« Il y aura, à un moment donné, un moment de vérité. Le moment que moi, j’anticipe, c’est quand les marchés vont comprendre qu’il va les mettre, les tarifs. La réaction va être très forte. Si la Bourse plante, là, M. Trump va se retrouver dans un monde très différent », analyse M. Charest.
Est-ce qu’il va mettre en place ces tarifs? Je pense qu’il ne le sait même pas lui-même. Mais on [connaît] les conséquences, et devant ces conséquences, il n’aura pas le choix de modérer ses positions.
Un tournant
Selon ce qu’observe Jean Charest, le Canada est plus « mobilisé » que jamais face à cette menace, qui marque, croit-il, « un tournant pour notre pays [dans lequel] le secteur agroalimentaire est appelé à jouer un rôle clé ».
Le ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, fait le même constat. Ce dernier s’est présenté dans les locaux de l’UPA, en fin de journée, le 24 février, pour que les producteurs agricoles puissent lui poser des questions.
« Le monde a changé en quelques semaines. C’est un peu comme en 1945. L’ordre mondial est en train de changer de façon significative, de façon rapide », a comparé le ministre, qui croit que cet « électrochoc » a toutefois du positif sur « l’unité nationale » qu’il dit ne jamais avoir autant sentie.

Les demandes du ministre Champagne à l’UPA
En réponse aux demandes de l’industrie agroalimentaire d’un meilleur soutien des gouvernements dans un contexte d’incertitude, François-Philippe Champagne a lui aussi fait des demandes à l’UPA.
« Essayez de nous revenir avec 4-5 éléments de choses à améliorer. Est-ce que ça prend, par exemple, une usine d’emballage dans l’est du Canada? Dans l’ouest? Pour qu’on aie une idée de ce que ça nous prend pour être plus résilients », a-t-il indiqué.
« Moi, je dis : saisissons l’opportunité […] de nous attaquer à des choses qu’on a toujours sues, mais qu’on n’a jamais faites. De quoi a-t-on besoin? Si on avait 10 M$, on le mettrait où? […] Votre voix est importante plus que jamais », a-t-il insisté.