Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, a déposé un budget qu’il qualifie de « sobre, ciblé et responsable ». Crédit : Myriam Laplante El Haïli/TCN
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S'abonner maintenantQUÉBEC – Bien que le document budgétaire déposé à l’Assemblée nationale, le 18 mars, prévoit plus de 580 M$ pour les régions du Québec et ses PME, notamment, les investissements annoncés en agriculture sont à l’image du budget « sobre » et « ciblé » du ministre des Finances, Eric Girard.
La Coalition avenir Québec (CAQ) annonce un montant de 95,1 M$ sur trois ans, pour accroître la compétitivité du secteur bioalimentaire. Si on précise que la somme permettra de poursuivre le financement des programmes et des initiatives de la Politique bioalimentaire 2025-2035, Québec ne fournit toutefois aucune d’explication sur la manière dont l’argent sera dépensé par le ministère de l’Agriculture.
La somme vise aussi à financer une nouvelle approche intégrée, actuellement développée par le gouvernement pour accroître la compétitivité du secteur bioalimentaire. L’approche « prend en compte la santé des humains, des animaux et des écosystèmes, et qui vise à contrôler l’antibiorésistance chez les animaux d’élevage ».
Allègement fiscal pour les serres
Québec instaure le même allègement fiscal que celui annoncé par Ottawa en janvier – la passation en charge immédiate – pour réduire le revenu imposable des producteurs faisant l’acquisition des nouvelles serres. Cela permettra de déduire la totalité du coût des serres et des équipements de l’impôt dès l’année de l’acquisition au lieu de s’échelonner sur plusieurs années. La mesure, dotée d’une enveloppe de 2,3 M$ sur cinq ans, sera rétroactive au 4 novembre 2025 et s’appliquera sur les serres utilisées avant 2030.
Miser sur les régions
Ces investissements de 95,1 M$ et de 2,3 M$ (totalisant donc 97,4 M$) s’inscrivent dans une mesure globale visant à « agir en faveur des PME de toutes les régions » et doté d’une enveloppe de 216,2 M$. Ils s’ajoutent aux interventions de 500 M$ contenues dans le Plan PME 2025-2028 et aux 3,3 G$ en allègements fiscaux des PME, annoncés en 2025.
Depuis le 1er janvier 2026, les entreprises agricoles, forestières et aquacoles bénéficient d’un congé de deux ans de cotisation au Fonds des services de santé. Québec estime à 70 M$ le montant que les entreprises agricoles économiseront sur la masse salariale de leurs exploitations en 2026.
Mesures environnementales
La CAQ précise que les investissements de 97,4 M$ s’ajoutent aux mesures qui ont préalablement été annoncées pour le milieu agricole, comme l’annonce de 30 M$ pour améliorer la compétitivité des producteurs de grains pénalisés par la tarification carbone. D’ailleurs, une première tranche de 20 M$ leur sera versée d’ici au 1er avril, et la somme restante de 10 M$, d’ici mars 2027.
Québec ajoute 5,3 M$ sur cinq ans à l’enveloppe de 6 M$ annoncée le 12 janvier par le ministre de l’Agriculture pour la réhabilitation du lac Saint-Pierre.
Le ministre Girard a également prévu un programme d’aide ponctuel doté d’une enveloppe de 27 M$ pour assurer la transition entre le nouveau et l’ancien système de récupération et de valorisation des matières résiduelles d’Éco Entreprises Québec. Le programme couvrira les frais engendrés durant l’année 2024. Les détails seront annoncés ultérieurement.
Afin de prévenir les inondations et de protéger 900 hectares des terres agricoles dans la MRC du Haut-Saint-Laurent, en Montérégie, un montant de 8 M$ sur trois ans servira à mettre à niveau le barrage et réhabiliter la station de pompage de la rivière La Guerre. La somme proviendra du budget alloué au Plan québécois des infrastructures 2026-2036 pour entretenir durablement les infrastructures du Québec.
En conférence de presse, le ministre Girard a mentionné avoir mis en réserve une enveloppe de 1,3 G$ (250 M$ par année sur cinq ans) qui sera à la disposition du prochain premier ministre, qui aura remporté la course à la direction disputée par Christine Fréchette et Bernard Drainville.
365 M$ pour le secteur forestier
Le secteur forestier subit les contrecoups de la guerre commerciale avec les États-Unis, notamment depuis que l’administration Trump a imposé des droits de douane de 45 % sur le bois d’œuvre, à l’été 2025. Pour continuer d’appuyer les entreprises et les communautés forestières en forêt privée et publique, le gouvernement a prévu un budget de 365,1 M$, réparti comme suit :
- 164,5 M$ pour soutenir les entreprises forestières en réponse aux difficultés du secteur;
- 200,6 M$ pour maintenir l’engagement du gouvernement envers les communautés forestières.
De ce montant de 200,6 M$, le gouvernement investira :
- 179,9 M$ sur deux ans pour maintenir les investissements dans les travaux sylvicoles en forêt publique;
- 16 M$ en 2027-2028 pour poursuivre les efforts visant à contrer l’épidémie de la tordeuse des bourgeons de l’épinette;
- 1,7 M$ sur quatre ans pour adapter les forêts aux changements climatiques par l’acquisition de chambres de croissance de plants forestiers, qui soutiendront le développement des forêts et la rentabilité des investissements sylvicoles;
- 3 M$ en 2026-2027 pour augmenter les sommes disponibles dans le Programme exceptionnel d’écoulement des bois feuillus de faible qualité des régions de l’Outaouais et des Laurentides.
Ce qu’ils ont dit…
« Malgré quelques annonces touchant le secteur forestier, la forêt privée et ses 162 900 propriétaires sont encore une fois laissés de côté. Le besoin d’améliorer leur environnement d’affaires n’a pas été considéré. On ne peut pas affirmer soutenir les communautés forestières tout en ignorant les individus, les familles et les entreprises qui entretiennent, aménagent et mettent en valeur la forêt privée au quotidien. Ce budget est décevant pour eux. »
Gaétan Boudreault, président de la Fédération des producteurs forestiers du Québec
« Ce budget est le dernier d’ici les élections générales de cet automne. Le gouvernement avait une ultime occasion de répondre à plusieurs des attentes légitimes et récurrentes des productrices et producteurs agricoles et forestiers. D’autant plus que le ministre Eric Girard fait directement référence à l’importance d’un environnement d’affaires compétitif, caractérisé par un cadre réglementaire simple et stable. Nos entreprises devront malheureusement chercher ailleurs que dans ce budget pour s’en prévaloir. »
Martin Caron, président général de l’Union des producteurs agricoles
« [C’est] un budget timide. Très peu pour l’agriculture, rien pour compenser la tarification carbone que nous payons depuis des années. Or, les deux candidats au poste de premier ministre du Québec ont pris des engagements clairs à l’endroit du secteur agricole, notamment afin de compenser la tarification carbone qui vient affaiblir la compétitivité de la production de grains du Québec. Dans ce contexte, avec [les 1,3 G$ qui ont été réservés au vainqueur de la course à la chefferie, nous invitons] le gouvernement à présenter une mise à jour budgétaire de substance après sa désignation, pour apporter rapidement des bonifications pour le secteur des grains. »
Sylvain Pion, président des Producteurs de grains du Québec