L’infirmière Tasha Duncan trouve un certain répit à travailler dans les champs après ses longues heures à l’hôpital. Photo : Gracieuseté de la Coop les Jardins de la Résistance
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S'abonner maintenantORMSTOWN – Sur le lopin de terre d’environ trois hectares de la ferme maraîchère biologique Les Jardins de la Résistance, en Montérégie, une dizaine d’employés de tous horizons mettent la main à la terre, à temps partiel ou à temps plein.
Parmi eux, une spécialiste des droits autochtones qui travaille à la ferme depuis un peu plus d’un an pour prendre une pause de son emploi; un ingénieur qui souhaite acquérir de l’expérience pour éventuellement ajouter un volet maraîcher à l’entreprise laitière de son père; un ancien travailleur de l’industrie agroalimentaire qui préfère le rythme agricole à celui, effréné, de la transformation; de même qu’un immigrant en provenance de la Guinée dont le rêve est de retourner un jour dans son pays natal pour démarrer sa propre ferme maraîchère.
« On a aussi deux sœurs infirmières qui viennent travailler ici quelques jours par semaine pour prendre une pause de l’hôpital. Elles travaillent à l’urgence, donc c’est assez rock and roll. Juste d’être dehors, ici, alors que personne n’est en train de mourir, ça leur fait du bien. C’est comme leur thérapie », mentionne Jessica Elwell, coactionnaire de la coopérative agricole.
L’une des infirmières, Tasha Duncan, vient travailler sporadiquement dans les champs depuis quatre ans.
Au début, c’était pour apprendre, car j’aimerais avoir un petit projet maraîcher personnel plus tard, mais là, je continue parce que ça me fait du bien et que je partage les valeurs de l’équipe. C’est un plus petit milieu, où tout le monde est accueillant, ce qui change de l’hôpital.

Ce travail lui permet également de renouer avec l’univers de son enfance, ayant grandi dans une ferme de la même région. « C’était quand même différent, puisque c’était une ferme laitière, mais oui, c’est vrai que c’est réconfortant », avoue celle qui savait ce que représentait le travail manuel au champ.
Elle, comme les autres employés provenant de divers milieux, complètent l’équipe de la coopérative, qui fait face à une pénurie de main-d’œuvre, comme plusieurs autres entreprises agricoles, malgré une offre salariale « raisonnable et des avantages, comme un vendredi sur trois de congé », souligne Mme Elwell.
Pour des questions de principes et de coûts, notamment ceux reliés aux logements, la coopérative écarte encore l’option des travailleurs étrangers temporaires pour combler ses besoins. « Le recrutement, c’est notre défi principal. Chaque année, on a des gens qui quittent, mais pour l’instant, avec un peu d’ouverture, on arrive à trouver des employés. D’ailleurs, je pense qu’aller vers des travailleurs étrangers, ce ne serait pas sans défis non plus », précise Olivier Lamoureux, coactionnaire et membre fondateur de la coopérative. Pour bien fonctionner, il précise que la ferme a besoin de huit ou neuf employés pendant l’été, incluant ceux à temps partiel, en plus des quatre membres de la coopérative.
Un projet né dans la résistance
Les Jardins de la Résistance ont été créés en 2004 sous la forme d’un collectif qui avait comme objectif de cultiver des légumes pour nourrir les manifestants lors des rassemblements. Après une fusion avec un autre groupe similaire en 2006, trois des membres qui souhaitaient vivre de l’agriculture biologique ont créé la coopérative pour amener leur projet plus loin.
Pas de creux de vague
L’intérêt pour les paniers de légumes biologiques a connu une forte croissance pendant la pandémie de COVID-19, qui a profité à plusieurs, dont la Coop les Jardins de la Résistance, qui a vu son nombre d’abonnements doubler de 2022 à 2024. « On est là depuis 2009, alors quand la pandémie est arrivée, on venait à peine d’investir dans une expansion. Donc vraiment vite, on a pu atteindre notre vitesse de croisière pour rentabiliser l’investissement. On est passés de 190 à 375 abonnements aux paniers d’été », illustre Olivier Lamoureux. Si plusieurs producteurs maraîchers du Québec ont rapporté un creux de vague après COVID, la coopérative a, quant à elle, réussi à maintenir ses abonnements depuis. Elle a même ajouté des paniers d’hiver à son offre, grâce à une serre et à un bâtiment de conditionnement construits en 2017, qui lui permettent de produire des légumes à l’année et de garder deux employés. « Tout le monde veut une pause l’hiver, mais côté rentabilité, ç’a plus de sens de continuer », souligne M. Lamoureux.