Pour héberger 900 employés, 80 habitations ont été construites ou sont en voie de l’être sur le site de la ferme. Ce qui s’apparente à un complexe de maisons mobiles est aménagé près des bureaux administratifs, en bordure de la route. Photo : Gracieuseté des Entreprises Pitre
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S'abonner maintenantEn « hyper croissance » depuis quelques années, les Entreprises Pitre s’apprêtent à accueillir 900 travailleurs étrangers temporaires (TET) cette saison, soit neuf fois plus qu’en 2020. C’est donc dire que ces producteurs de petits fruits des Hautes-Laurentides, qui logent toute leur main-d’œuvre à même leur site, auront bientôt un village sous leur responsabilité.

« La population de travailleurs qui viennent à la ferme, c’est plus que la population de plusieurs municipalités de la MRC [d’Antoine-Labelle] », illustre Kim Duperron, directrice des ressources humaines, de la santé et la sécurité et des communications à la ferme de Lac-des-Écorces.
Employée depuis 2024, elle fait partie des nouveaux visages d’une équipe des ressources humaines qui a grossi presque aussi radicalement que le nombre de travailleurs. « Il y a eu une grosse mise en place de département. […] Quand je suis arrivée, on était deux et demi, et là, on est une équipe d’environ neuf personnes », raconte Mme Duperron, précisant que les gestionnaires se séparaient auparavant des tâches relatives aux ressources humaines.
La jeune entreprise, qui célèbre son dixième anniversaire, n’avait que six TET en 2018. Depuis, la croissance a été exponentielle, sur le plan tant de la production de petits fruits que de la main-d’œuvre. En 2021, elle embauchait 200 travailleurs étrangers. Ce nombre a grimpé à 450 en 2023, et à 700 en 2025. En 2026, avec 213 hectares en production, la ferme en accueillera 900, notamment parce que les superficies de culture sous tunnel seront beaucoup plus grandes que la saison passée, passant de 21 hectares à 80 hectares.

Tous logés sur place

Pour héberger tout ce beau monde, sans mettre de pression sur la disponibilité des logements dans la municipalité, 80 habitations ont été construites, ou sont en processus de l’être, à même le site de la ferme. Ce qui s’apparente à un complexe de maisons mobiles est aménagé près des bureaux administratifs. Chacune comprend quatre chambres de deux ou trois occupants, des installations sanitaires, et une cuisine commune, précise l’un des propriétaires, Jérémie Pitre.
Et qu’adviendra-t-il si la croissance se poursuit ou si le resserrement des normes annoncées force la réduction des ratios d’utilisateurs par chambre ou par salle de bain? « On va trouver la place pour construire d’autres habitations », répond l’agriculteur, assurant ne jamais avoir eu d’embûches, jusqu’ici, pour obtenir les permis municipaux et les autorisations requises de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ).
Un bureau de poste et un mini marché
Sur place, on retrouve un terrain de soccer ainsi qu’un bureau de poste maison et un petit marché d’alimentation.
« C’est vraiment comme un mini village », fait valoir Kim Duperron.
C’est un employé qui s’occupe de la poste, quelques heures par semaine, précise-
t-elle. Lorsqu’ils reçoivent du courrier à l’adresse de la ferme, les TET n’ont qu’à se présenter à l’endroit désigné, avec une pièce d’identité, pour le récupérer.
« On a réalisé que des centaines de personnes qui se commandent des choses, ça fait vraiment beaucoup de colis, donc il a fallu optimiser l’organisation avec un système qui réfère aux numéros d’employés. »
Constatant également que les travailleurs dévalisent les tablettes à l’épicerie de Mont-Laurier, lorsqu’ils vont tous au même endroit, les Entreprises Pitre tiennent désormais leur propre réserve d’aliments, notamment de biscuits, de farine et de sauces. Les employés sont invités à demander ce qu’ils souhaitent y retrouver. « Au lieu de mettre de la pression sur l’épicier, on trouve des alternatives à l’interne », ajoute Mme Duperron.
Et les travaux d’aménagement ne sont pas terminés. Un grand bâtiment, dans lequel seront éventuellement aménagés un gymnase, une salle de gym et des salles d’entreposage, où les TET pourront laisser leurs effets personnels lorsqu’ils partent et reviennent l’année suivante, est en construction.
Des ouvertures de comptes bancaires à la ferme
Neuf cents travailleurs étrangers temporaires, ça implique d’innombrables ouvertures de comptes bancaires. Tellement que les travailleurs n’ont pas à se déplacer; c’est la caisse Desjardins qui vient à eux, directement à la ferme.
« L’année dernière, une équipe s’est déplacée directement à la ferme pour remettre les numéros d’assurance sociale (NAS) aussi », raconte Kim Duperron. « Quand on a besoin de partenaires externes, on a de très bonnes collaborations qui nous permettent d’alléger le travail. Sinon, ça impliquerait qu’on prenne la voiture, qu’on se déplace au bureau de la caisse de Mont-Laurier ou qu’on soumette, une à une, les demandes de NAS, en ligne. Ça demanderait beaucoup trop de temps. »

Les municipalités doivent s’adapter
Outre une gestion serrée des ressources humaines, accueillir autant de gens l’été, qui changent complètement le paysage démographique du secteur, implique de collaborer avec le milieu municipal pour s’assurer que les services sont prêts à recevoir tout ce monde.
« C’est sûr que ça crée des pressions au niveau du système hospitalier et des services. C’est quand même 900 personnes qui débarquent », fait remarquer la directrice des ressources humaines des Entreprises Pitre, Kim Duperron.
À la MRC d’Antoine-Labelle, la directrice du service de développement économique, Audrey Lebel, explique qu’une table ronde s’organise entre la ferme, la MRC ainsi que des représentants des services d’incendie, ambulancier, policier, et en santé pour que ceux-ci sachent comment offrir un service adéquat aux TET, lorsqu’ils ne sont pas au travail, sans devoir constamment passer par l’employeur. « Parfois, il y a des défis de langage ou encore au niveau de la traduction de certains documents. Si un travailleur refuse un traitement, à la suite d’un accident, ça prend une autorisation officielle dans sa langue. Le milieu n’était pas nécessairement prêt à répondre à tout ça », détaille Mme Lebel. Elle précise que l’arrivée de cette population et le dynamisme économique qui en découle sont somme toute perçus positivement par le milieu.
Du référencement pour le recrutement
Depuis cinq ans, les employeurs vont faire leur recrutement directement au Pérou et au Guatemala. Ils fonctionnent aussi en prenant les références de leurs employés. « Tout le monde a droit à une référence. Si tu viens une année à la ferme, tu peux référer une personne, une connaissance, et cette personne aura une place en entrevue », explique Jérémie Pitre, qui précise aller recruter dans des endroits très agricoles pour trouver de la main-d’œuvre spécialisée. « Il y a beaucoup de familles qui viennent travailler chez nous. Ce n’est pas rare qu’on ait un frère, un cousin, des bons amis qui voyagent ensemble. »
