Main-d'oeuvre 15 août 2025

Des vacances étirées grâce à un stagiaire hors pair

Le stagiaire français que Laetitia Létourneau et sa famille ont accueilli à leur ferme de la mi-juillet à la mi-août leur a réservé de belles surprises durant son séjour. Non seulement Hugo Germain a offert l’occasion aux membres de cette famille de prendre des vacances tous ensemble pour une première fois en quatre ans, mais aussi de les prolonger pendant toute une semaine. 

« Il est vraiment bon », explique la copropriétaire de la Ferme Juste « O » Lait, au lendemain du retour de la famille à Saint-Édouard-de-Lotbinière, dans Chaudière-Appalaches. « On a un bateau à la marina D’Eschaillons [dans Lotbinière], un bateau de 25 pi où on peut dormir, dit-elle. Vendredi, on était censés partir juste deux jours et aller à Trois-Rivières, pas plus loin. Samedi, il était vraiment bon, alors on a traversé le lac Saint-Pierre et comme tout allait bien à l’étable, on s’est dit qu’on allait rester dans les îles de Sorel et revenir après. Lundi, tout allait bien, tout était parfait, et avec le robot, on était capables de suivre à distance aussi. De bout en bout, on a remonté le Richelieu, on a fait les 10 écluses jusqu’à Saint-Jean-sur-Richelieu et on est revenus jeudi matin. Là, c’est sûr que ma fille de 21 ans s’est quêté un lift de Chambly [pour repartir avant nous en auto], mais il n’a pas eu besoin d’elle. Il est tellement autonome. » 

Bien qu’honoré de la confiance que la famille a eue à son égard, Hugo Germain dit avoir été en terrain connu. Dans le cadre de son programme scolaire agricole, le jeune Français de 18 ans originaire de la Vendée, une région située sur la côte atlantique, dans l’ouest du pays, effectue en alternance deux semaines de travail dans une exploitation laitière suivies de deux semaines sur les bancs de l’école. À l’occasion, il fait le train seul la fin de semaine chez son employeur en France. 

Féru de génétique, Hugo souhaitait voir et découvrir ce qui se faisait au Québec. Il a profité de l’exigence d’un stage à l’étranger dans son parcours scolaire pour poser ses valises dans Lotbinière durant cinq semaines. Côté génétique, il a été servi, car Laetitia Létourneau l’a envoyé voir les jugements de Holstein et de Jersey à l’Expo agricole de Lotbinière. « C’est vrai que c’est impressionnant, dit-il. Et complètement différent. » 

Les vaches sélectionnées en Europe sont généralement plus petites qu’au Québec, et avec de bonnes pattes, car l’objectif est d’avoir des vaches qui vieillissent bien, explique-t-il. Par contre, elles produisent moins de lait et le Québec est en avance par rapport à cela, selon lui. D’ailleurs, habitué à travailler en salle de traite en France, il a été content d’expérimenter la traite par robot et en stabulation entravée durant son séjour. 

Ce jeune non issu du milieu agricole souhaite expérimenter le plus de systèmes de traite possible pour faire un choix judicieux au moment de démarrer sa propre ferme dans cinq à sept ans. D’ici là, son expérience au Québec l’a motivé à se trouver un emploi dans une ferme laitière spécialisée en génétique à la fin de ses études, en 2026.  


Une longue pause avant de rouvrir l’étable aux stagiaires étrangers

 Hugo Germain n’est pas le seul stagiaire étranger à s’être fait les dents à l’étable de Laetitia Létourneau et de Justin Bergeron. Le couple en a accueilli durant plusieurs années, il y a 20 ans, mais l’expérience s’était conclue sur une mauvaise note. L’un des stagiaires avait brisé le tracteur et en raison d’un malentendu entre les assurances de l’école du jeune en France et celles de la ferme au Québec, le couple avait dû payer les réparations de sa poche. Cela avait mis un terme à l’aventure en 2010.

Le projet a repris, il y a trois ans, grâce aux réseaux sociaux.

C’est un jeune sur le groupe Facebook Passion lait, qui est plus français, qui a demandé s’il y a des gens qui connaissaient des fermes de stage au Québec. Puis nous, on avait déjà été en France, visiter des gens, et ils nous ont tout de suite nommés [dans la publication]. La première stagiaire est venue et ç’a super bien été et l’école m’en a renvoyé plusieurs par année par la suite.

Laetitia Létourneau

Pour le couple et ses enfants, c’est, en quelque sorte, une façon de voyager tout en restant à la ferme, car l’expérience est enrichissante tant sur le plan des connaissances agricoles que sur celui des relations humaines. Par exemple, le stage d’un Sénégalais envoyé par UPA Développement international s’est révélé aussi dépaysant pour la famille que pour le stagiaire. « Il était musulman, il ne mangeait pas de porc, il n’avait jamais vu de laveuse à linge. C’était incroyable. J’ai adoré cette expérience-là », indique la productrice qui avait même dû lui expliquer le fonctionnement d’une douche. 

Ces expériences se sont avérées tellement positives pour la famille que l’aînée du couple a décidé d’effectuer des stages à l’étranger durant son passage à l’Institut de technologie agroalimentaire du Québec. Elle a passé plusieurs mois dans des fermes laitières en France et sur l’île de Victoria, près de Vancouver. « Ce qu’elle a le plus rapporté, je dirais, ce sont des connaissances. À Vancouver, je ne savais pas que l’irrigation était un enjeu incroyable à ce point-là. Je ne pensais pas que les gens sur l’île étaient isolés sans bon sens et que c’était vraiment une problématique. Elle est revenue avec beaucoup de connaissances générales », soutient sa mère.