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Nicole Lalancette, entourée de son conjoint Yves Bouchard et de leur fille, Valérie Bouchard. Les discussions sont amorcées pour que Valérie devienne la quatrième génération de propriétaires de la ferme. Photo : Gracieuseté de Nicole Lalancette

Nicole Lalancette, entourée de son conjoint Yves Bouchard et de leur fille, Valérie Bouchard. Les discussions sont amorcées pour que Valérie devienne la quatrième génération de propriétaires de la ferme. Photo : Gracieuseté de Nicole Lalancette

Pour l’amour des bleuets

SAINT-AUGUSTIN Quand il a repris la ferme laitière de son père, en 1989, Yves Bouchard n’imaginait pas un instant que, 31 ans plus tard, sa vocation changerait du tout au tout. C’était sans compter sur sa conjointe, Nicole Lalancette, originaire de Mistassini, qui rêvait de bleuets depuis l’enfance.

Fiche technique

Nom de la ferme :
Ferme Nicole et Yves Bouchard

Spécialité :
Production de bleuets biologiques, fourrages et bois

Année de fondation :
1989

Noms des propriétaires :
Yves Bouchard et Nicole Lalancette

Nombre de générations :
3

Superficie en culture :
142 hectares (70 ha de bleuets et 72 ha de fourrages). S’ajoutent à cela 313 ha de forêts.

Yves Bouchard et Nicole Lalancette viennent tout juste de ranger les équipements pour l’hiver. Les entrepôts regorgent de fourrages. Quant aux bleuets, les superlatifs s’imposent. « La récolte de bleuets de cette année a été merveilleuse, avec un calibre extraordinaire », lance la copropriétaire de la Ferme Nicole et Yves Bouchard, à Saint-Augustin au Lac-Saint-Jean. « On a eu le double de ce que j’avais estimé », soutient la femme d’affaires au sang bleu, comme dans bleuet. « Pour vous dire comment cette année, ça a été gros, on a un 25 acres [10 hectares] où c’était la première année qu’on allait ramasser, la première de toutes, là. Elle nous a donné une affaire comme 2 900 livres à l’acre [environ 7 200 livres à l’hectare], alors qu’on récolte généralement 1 000-1 500 livres à l’acre [entre 2 500 et 3 700 livres à l’hectare]. Pour une première récolte, on est bien contents », soutient Nicole, visiblement impressionnée.

Le destin a sonné

La Ferme Nicole et Yves Bouchard se trouve toutefois à des années-­lumière de sa vocation initiale. « Le père de mon conjoint, Gratien, a acheté la ferme laitière de son père à lui, puis Yves a suivi en 1989 », raconte Nicole Lalancette. « On s’est mariés en 1988 et on était déjà en train de préparer les papiers de transfert », dit-elle.

La ferme a conservé sa vocation laitière jusqu’en 2020, alors qu’un cancer a frappé Nicole. Son conjoint s’est alors retrouvé seul pour assurer l’exploitation. « C’est une décision qui ne s’est pas prise de gaieté de cœur », admet la productrice. « Mon conjoint était rendu à l’épuisement parce que je ne pouvais plus vraiment l’aider, et pour notre fille, qui va peut-être reprendre la ferme, ça commençait à être gros. »

L’idée d’une conversion mijotait cependant dans l’esprit du couple d’agriculteurs depuis quelques années. Originaire de Mistassini, Nicole baignait littéralement dans les bleuets depuis l’enfance. « Mon père n’en produisait pas, mais il y en avait tout le tour », souligne celle qui a entendu le destin sonner au téléphone en 2007. « Un soir que je rentrais d’une réunion de la coopérative, j’ai dit à Yves : “J’aimerais ça qu’un jour, on ait une bleuetière, que ce soit la nôtre puis que ce soient nos bleuets qu’on récolte” », se souvient la femme de 54 ans. « Croyez-moi si vous voulez, mais dans la même semaine, un voisin appelait chez nous pour parler à Yves. Il n’était pas là, mais j’ai dit : “Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi?” Il a répondu : “Bien, je veux lui vendre ma bleuetière.” » Le couple a donc acheté la bleuetière dans la même semaine, puis une autre située juste en face, au cours du même mois. « J’avais fait le vœu d’avoir des bleuetières. C’est merveilleux, la façon dont c’est arrivé. »

La conversion de l’entreprise s’est amorcée en 2014, mais c’est en 2020 seulement que le troupeau laitier a été vendu. Photo : Gracieuseté de Nicole Lalancette

La conversion de l’entreprise s’est amorcée en 2014, mais c’est en 2020 seulement que le troupeau laitier a été vendu. Photo : Gracieuseté de Nicole Lalancette

Une cueilleuse miraculeuse

La nouvelle cueilleuse achetée par le couple Lalancette-Bouchard réduit les pertes tout en endommageant moins le fruit. Photo : Gracieuseté de Nicole Lalancette

La nouvelle cueilleuse achetée par le couple Lalancette-Bouchard réduit les pertes tout en endommageant moins le fruit. Photo : Gracieuseté de Nicole Lalancette

Chaque bleuet sorti du champ représente un revenu additionnel pour l’entreprise. Réduire les pertes au champ devient un enjeu. « On cueille avec de petits tracteurs à pelouse de 30 forces devant lesquels on installe la cueilleuse », explique Nicole Lalancette. « On a changé pour un autre modèle de cueilleuse cette année. Elle est extraordinaire! » Non seulement l’appareil n’endommage pas les bleuets, mais il ramasserait pratiquement tout sur toute la longueur du plant, soutient la productrice, qui compte s’en procurer une autre (à 15 000 $ la cueilleuse) dès l’an prochain. « Pour vous donner une idée comment la machine est efficace, mon mari et mon gendre sont des cueilleurs habitués. Bien, cet été, pendant qu’ils ramassaient 75-100 boîtes de bleuets, j’en ramassais 225-250. »

L’engin semble d’ailleurs faire son effet. La coopérative de producteurs a décidé d’acheter une cueilleuse du genre pour chaque membre. « C’est un investissement qui va sûrement nous rapporter beaucoup parce qu’on va être capables de sortir plus de bleuets de première qualité », estime-­t-elle. 


Aider les femmes du monde

Nicole Lalancette en compagnie de Tening de Diourbel, lors d’une visite de coopération internationale au Sénégal. Photo : Photos : Gracieuseté de Nicole Lalancette

Nicole Lalancette en compagnie de Tening de Diourbel, lors d’une visite de coopération internationale au Sénégal. Photo : Photos : Gracieuseté de Nicole Lalancette

À Saint-Augustin, Nicole Lalancette, c’est un peu comme Barabbas dans la passion. Tout le monde la connaît. La productrice s’implique dans les différents comités agricoles de sa région depuis toujours.

Son engagement auprès des femmes du Sénégal et du Bénin lui a également valu la reconnaissance de ses pairs lors du Gala Agricultrices du Québec, qui se tenait à Saguenay, en octobre. « Je me suis impliquée dans un projet de trois ans avec UPA DI [UPA Développement international] pour aller donner de la formation en coopération auprès d’organisations paysannes du Sénégal et du Bénin », explique celle qui s’est rendue en Afrique à six reprises. « Je ne savais pas trop ce que je pouvais apporter à ces femmes, admet l’agricultrice. Je m’en suis un peu plus rendu compte lorsque le mari de l’une d’entre elles est venu me voir et m’a dit combien mon exemple a été important pour sa femme et pour toutes les autres du village à qui elle a transmis ce qu’elle a appris. »

« Moi-même, j’ai beaucoup appris avec l’exemple de ma mère et d’autres femmes », explique Mme Lalancette.

Elle insiste sur le fait que les hommes, aussi, doivent s’impliquer, sinon rien ne va changer. La coopérante voit néanmoins les choses évoluer. « Les femmes gagnent en confiance, mais il faut y retourner souvent. C’est un long cheminement », souligne l’agricultrice, qui se rappelle que la situation des femmes ressemblait un peu à ça, il n’y a pas si longtemps, au Québec.

 

Claude Fortin, collaboration spéciale

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