fbpx
Les trois enfants de la famille Daigle-Lambert, âgés de 8 ans, 5 ans et 1 an, grandiront dans un cadre champêtre. Photos : Gracieuseté de la Ferme des possibles

Les trois enfants de la famille Daigle-Lambert, âgés de 8 ans, 5 ans et 1 an, grandiront dans un cadre champêtre. Photos : Gracieuseté de la Ferme des possibles

La ferme de tous les possibles

SAINT-VALÈRE – La famille de Jonathan Daigle et Eve Lambert s’est inspirée d’un modèle de ferme axé sur l’insertion socioprofessionnelle pour l’importer dans les Bois-Francs, où ils sont devenus producteurs maraîchers. 

Fiche technique

Nom de la ferme
Ferme des Possibles

Spécialité
Production maraîchère biologique

Année de fondation
2017

Noms des propriétaires
Jonathan Daigle et Eve Lambert

Nombre de générations
1

Superficie en culture
4 acres et demie (1,6 ha) 

Il n’est jamais trop tard pour concrétiser un rêve. Parlez-en à Jonathan Daigle, copropriétaire depuis 2017 de la Ferme des Possibles, une ferme maraîchère située à Saint-Valère dans le Centre-du-Québec, d’où il est originaire. « J’ai toujours voulu faire de l’agriculture, même si je n’ai pas été élevé là-dedans. Travailler la terre est un métier très concret, très valorisant », explique ce sociologue de formation de 43 ans. Sa conjointe et partenaire d’affaires Eve Lambert, une scénographe de 39 ans, elle aussi originaire du coin, l’a suivi dans ce projet.

C’est leur implication au sein de la ferme d’insertion socioprofessionnelle Jeunes au Travail, à Laval, qui les a incités à faire le saut. « Nous avons tous deux travaillé là-bas. J’ai été jardinier-éducateur et responsable de production pendant six ans; ma blonde s’est occupée du kiosque à la ferme et de la formation en service à la clientèle durant cinq ans », raconte-t-il. Le couple y a été sensibilisé à la difficile réalité des décrocheurs âgés de 16 à 25 ans. Il a naturellement voulu recréer un lieu similaire, où ces jeunes peuvent développer leurs compétences personnelles, professionnelles et sociales.

« Cette volonté est présente depuis nos débuts. Nous l’avons cependant mise quelque peu de côté lors des premières années en attendant d’atteindre un seuil de rentabilité », indique celui qui consacre encore une journée par semaine à Jeunes au Travail. De fait, les employés de la Ferme des Possibles sont sélectionnés sur la base de leur parcours de vie respectif plutôt que de leur expérience de travail. À défaut de s’inscrire dans un programme officiel d’insertion, ce geste est « ma manière de faire mon petit bout de chemin », dit Jonathan Daigle.

Deux serres permettent à la Ferme des Possibles d’allonger la saison des cultures.

Deux serres permettent à la Ferme des Possibles d’allonger la saison des cultures.

Toujours en croissance

Jonathan et Eve ont emprunté 265 000 $ et mis sur la table 75 000 $ de leurs économies pour lancer la Ferme des Possibles. Sur leur terre d’une superficie de 12 acres (4,9 ha) se dressent deux serres qui leur permettent d’allonger la saison des cultures – ils proposent d’ailleurs des paniers d’hiver depuis novembre dernier. « Nous faisons pousser pour l’équivalent de 300 000 $ de légumes par année. De ce nombre, 80 % sont écoulés sous forme de paniers de légumes dans la région et 20 % sont vendus au détail, dans des commerces d’alimentation et des marchés locaux, par exemple », révèle l’agriculteur.

En saison, quelque 300 familles reçoivent chaque semaine des paniers  de légumes biologiques frais et variés. Pourtant, Jonathan Daigle a longtemps été dubitatif par rapport aux avantages de la régie biologique. « Je croyais que c’était une mode, jusqu’au jour où je me suis rendu compte qu’il m’est physiquement impossible de travailler avec des pesticides; ils me causent de l’eczéma. C’est alors devenu une conviction », confirme celui dont les légumes sont certifiés biologiques par Ecocert Canada.

Les copropriétaires Jonathan Daigle et Eve Lambert se sont inspirés de la ferme d’insertion socioprofessionnelle Jeunes au Travail, où ils ont travaillé avant de fonder leur propre ferme. Photo : France Paradis

Les copropriétaires Jonathan Daigle et Eve Lambert se sont inspirés de la ferme d’insertion socioprofessionnelle Jeunes au Travail, où ils ont travaillé avant de fonder leur propre ferme. Photo : France Paradis

Le couple a récemment racheté de nouvelles terres avec Mathieu Lavallée et Noémie Prévost-Fontaine, deux de leurs employés dans la jeune trentaine. La ferme qui y est en cours de démarrage – et dont le nom est encore à déterminer – produira entre autres des fruits.

Chose certaine : les trois enfants de la famille Daigle-Lambert, âgés de 8 ans, 5 ans et 1 an, grandiront dans un cadre champêtre. « Nous voulions qu’ils puissent jouer dehors et disposer d’un grand terrain pour s’amuser, fait valoir Jonathan. C’était important pour nous. » 

Fait maison

Au lieu d’investir dans un nouveau séchoir, la Ferme des Possibles a fabriqué le sien, dans la dernière année. « Nous avons installé des étagères, une fournaise et des ventilateurs dans une partie de notre bâtiment principal. Heureusement, il y avait une ouverture qui permet d’avoir accès à un bon débit d’air », raconte Jonathan. Le séchoir artisanal a permis à l’entreprise d’améliorer la durée de conservation de son ail, de ses oignons et de ses courges. Le tout, à prix modique. « Ça ne nous a demandé que du jus de cerveau! » 

Les copropriétaires Jonathan Daigle et Eve Lambert se sont inspirés de la ferme d’insertion socioprofessionnelle Jeunes au Travail, où ils ont travaillé avant de fonder leur propre ferme. Photo : France Paradis

Les copropriétaires Jonathan Daigle et Eve Lambert se sont inspirés de la ferme d’insertion socioprofessionnelle Jeunes au Travail, où ils ont travaillé avant de fonder leur propre ferme. Photo : France Paradis

Le bon coup de l’entreprise

« Nous avons acheté la bonne terre au bon moment, estime Jonathan Daigle. À l’époque, elle était parmi les plus abordables sur le marché. Depuis, elle a plus que doublé de valeur. Il faut dire que nous avions fait nos devoirs préalablement, en analysant scrupuleusement le marché dans lequel nous évoluons dorénavant. Cela ne nous a toutefois pas mis à l’abri de mauvaises décisions, comme de trop miser sur les commerces au détail pour écouler nos légumes. Si nous avions persévéré dans cette voie, nous ne serions plus en affaires aujourd’hui. Mon principal conseil pour des aspirants maraîchers serait de s’intéresser aux différents programmes de financement pour la relève agricole. Il en existe une multitude, profitez-en! » 

Maxime Bilodeau, collaboration spéciale