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Crédit photo : Marianne Bissonnette/TCN

Crédit photo : Marianne Bissonnette/TCN

Ravageurs des semis : mieux vaut prévenir que guérir

Le problème avec les ravageurs des semis, c’est que lorsqu’on se rend compte que des dommages sont présents sur les plants, il est déjà trop tard. La période des semences est terminée et la plante, si elle a poussé, est rarement récupérable. C’est cette menace qui a forcé les producteurs à utiliser des semences traitées aux néonicotinoïdes.

GRANBY — Isabelle Martineau est conseillère au club-conseil en agroenvironnement Gestrie-Sol, une organisation qui offre une vaste gamme de services en agroenvironnement. Située à Granby, Gestrie-Sol a comme objectif d’améliorer la performance environnementale et économique des entreprises agricoles en oeuvrant entre autres à l’optimisation de l’usage des pesticides et, de ce fait, aux techniques de lutte intégrée. Bien au courant du débat actuel sur les néonicotinoïdes, Isabelle Martineau a pour projet de sensibiliser les agriculteurs du bassin versant du ruisseau Brandy à une solution de remplacement à ces
insecticides : le dépistage.

Protéger les semences, mais à quel prix?

Les néonicotinoïdes sont des insecticides systémiques, c’est-à-dire qu’ils pénètrent dans les plantes à travers leur système vasculaire et les protègent des racines jusqu’aux feuilles. Ils préservent aussi les semences en repoussant les ravageurs qui s’en approchent. Chez les insectes, ces pesticides créent une paralysie du système nerveux. Cependant, ils ne différencient pas un insecte nuisible d’un pollinisateur et des preuves de plus en plus évidentes tendent à imputer la chute des populations d’abeilles aux néonicotinoïdes. De quoi inquiéter les producteurs qui dépendent chaque année des abeilles et d’autres pollinisateurs indigènes.

De plus, en raison de la grande solubilité des néonicotinoïdes dans l’eau, des traces ont été retrouvées dans la totalité des rivières échantillonnées au Québec, dont plusieurs étaient issues de bassins versants ayant comme cultures prédominantes le maïs et le soya.

Gestrie-Sol à la rescousse

« Au-delà des incitatifs financiers, il faut qu’on donne aux producteurs l’envie de s’impliquer », déclare Isabelle Martineau. Selon la conseillère, la résolution du problème passe d’abord par la sensibilisation. Les conseillers doivent donc trouver des moyens d’intéresser les producteurs à la lutte intégrée. C’est dans cette optique que l’équipe de Gestrie-Sol a décidé de mettre à jour un logiciel développé par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) il y a quelques années, qu’elle rend accessible gratuitement depuis l’an dernier, pour aider les agriculteurs à évaluer la qualité des semis et à mieux définir les raisons qui peuvent expliquer les pertes de plants. En parallèle, un dépistage assidu est effectué par les conseillers. « Il faut que les bottines suivent les babines, lance Mme Martineau. Si on veut que les producteurs adoptent nos idées, on doit les accompagner. » 

Le dépistage à l’aide de pièges appâts commence au printemps, lorsque la terre atteint une température minimale de 8 °C, afin de s’assurer que les insectes du sol sont actifs. Cependant, comme ils migrent plus en profondeur quand le sol se réchauffe à plus de 25 °C, il ne faut pas trop attendre. Entre 2 et 10 pièges appâts
par hectare doivent être installés dans la terre humide. Après une dizaine de jours, ils sont inspectés pour compter les ravageurs qui s’y trouvent.

Si le projet de Gestrie-Solne fait que commencer, plusieurs idées sont déjà en marche,de l’installation de nichoirs à pollinisateurs dans les bandes riveraines
à la création d’un programme de cartographie de l’utilisation des pesticides. « Il faut éduquer les gens, déclare Isabelle Martineau, et j’ai espoir que petit à petit, on y arrivera. »

L’ennemi à contrôler

Le ver fil-de-fer, ou larve de taupin, est un insecte de sol qui s’attaque à plusieurs types de cultures, avec une préférence pour les graminées, dont le maïs. L’usage de néonicotinoïdes en enrobage de la semence prévient l’endommagement de celle-ci par le ravageur, mais cette famille d’insecticides se révèle particulièrement néfaste pour l’environnement. Le défi : évaluer les populations de vers fil-de-fer dans les champs afin de n’utiliser les néonicotinoïdes qu’en dernier recours.

L’équipe de lutte

Isabelle Martineau, conseillère à Gestrie-Sol, travaille avec le gouvernement fédéral, la Fondation de la faune du Québec, la Ville de Granby et le MAPAQ pour mener à bien sa campagne de sensibilisation. Déjà, 75 % des propriétaires de terres cultivées du bassin versant du ruisseau Brandy participent au dépistage.