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Laurier Lussier a bénéficié d’une aide financière du programme Prime-Vert pour l’achat du filet. Crédit photo : Myriam Laplante El Haïli/TCN

Laurier Lussier a bénéficié d’une aide financière du programme Prime-Vert pour l’achat du filet. Crédit photo : Myriam Laplante El Haïli/TCN

Lutter contre la drosophile, une parcelle à la fois

SAINT-ANTOINE-ABBÉ — Une innovation unique au Québec permet à Laurier Lussier, propriétaire de la Bleuetière L & L, d’éviter entièrement les traitements insecticides contre la drosophile à ailes tachetées (DAT).

Son secret? Recouvrir d’un seul et unique filet 810 des 5 000 plants de bleuets en corymbe cultivés dans ses champs. Un jeu qui en vaut la chandelle, selon le producteur. « À date, au classage, on n’a vu aucun ver de drosophile. On a cueilli les cinq rangs du fond et c’était merveilleux, il n’y avait rien à ôter », explique M. Lussier.

Installation laborieuse

L’expérience semble satisfaisante, mais l’installation du filet sur la parcelle d’un acre n’a pas été facile. Des erreurs de calcul dans la dimension de celui-ci ont ralenti l’avancement du projet. « Sur la face droite, sur à peu près six pieds de hauteur, j’ai rajouté un bout de filet parce qu’on n’avait pas calculé les pertes dues au ballonnement et au poids du filet », explique M. Lussier. Somme toute, le filet (de 1 mm2 de maillage) est « assez résistant », légèrement extensible et semble être aussi efficace contre la grêle, les oiseaux et les autres ravageurs. Au moment de mettre sous presse, M. Lussier n’avait pas eu besoin de traiter sa parcelle sous filet contre la DAT, puisque les pièges posés par son agronome Violaine Joly-Séguin étaient pratiquement vides. L’agronome avait également insisté pour que le producteur asperge le bas du filet d’un répulsif naturel à base d’ail. En comparaison, le reste du champ avait déjà reçu trois traitements contre la DAT.

Fonctionnement

Lussier a fait installer des fermetures éclair sur le filet pour faciliter les entrées et sorties des employés, mais aussi de sa machinerie. Sur sa parcelle, il peut tailler son couvre-sol ou encore effectuer ses traitements fongicides. Est-ce qu’il arrive à passer entre les rangs? « Je suis passé partout, mais ça brasse et il y a du bleuet qui tombe, indique ce dernier à la blague. Mais ici, ça ne me stresse pas parce qu’il y a tellement [de bleuets] sur ces plants-là… » Le calibre de ses petits fruits est de surcroît excellent dans sa « parcelle sécurisée ».

L’investissement de départ aura coûté 20 000 $ à la Bleuetière L & L, incluant une aide financière pour l’achat du filet de près de 5 000 $ provenant du programme Prime-Vert. Le producteur estime pouvoir conserver le matériel une dizaine d’années. « C’est sûr que je ne rentrerai pas dans mon investissement cette année, affirme M. Lussier. Je le calculerai à la fin de la saison, mais je vais faire plus d’argent avec ce champ-là. » Conséquemment, le producteur économise tant sur les coûts liés à l’épandage d’insecticide que sur ceux en main-d’œuvre, puisque les employés sont plus rapides à cueillir et à classer les bleuets cultivés sous filet.

Pour éviter que le filet ne se déchire, le propriétaire de la bleuetière, Laurier Lussier, a entouré les poteaux en bois de plastique à balle de foin. Crédit photo : Myriam Laplante El Haïli/TCN

Pour éviter que le filet ne se déchire, le propriétaire de la bleuetière, Laurier Lussier, a entouré les poteaux en bois de plastique à balle de foin. Crédit photo : Myriam Laplante El Haïli/TCN

La suite

À la fin de la saison, il ne restera à M. Lussier qu’à évaluer si son expérience aura été concluante en termes de coûts-bénéfices. Les chances sont bonnes que ce soit le cas. Ainsi, ce printemps, M. Lussier a mis 500 plants d’Aurora en terre, une variété de bleuets encore plus tardive que la Lateblue actuellement sous filet. « C’est elle, la prochaine que je veux couvrir, parce que c’est là qu’il y a le plus de profits », indique M. Lussier. « C’est à cette période-là qu’on a le plus de profits et le plus de drosophiles », ajoute le chercheur à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), Daniel Cormier. Cependant, tous les champs d’un producteur ne peuvent être recouverts, renchérit sa collègue Annabelle Firlej. Cette dernière parle plutôt d’une utilisation mixte combinant filets et insecticides.

D’ailleurs, quelques producteurs de la région ont déjà manifesté leur intérêt auprès de M. Lussier. Gageons qu’il ne restera pas bien longtemps le seul à utiliser cette méthode.

Monoparcelle versus monorang

Protéger une parcelle sous un seul filet (monoparcelle) ou poser un filet sur chacun des rangs composant la parcelle (monorang) comportent autant d’avantages que d’inconvénients. En monoparcelle, le coût du filet est plus avantageux, selon le chercheur de l’IRDA Daniel Cormier. Quant au monorang, il ralentit l’avancée des ravageurs dans la parcelle et facilite le déplacement en tracteur entre les rangs.