Il y a un an, les agriculteurs manifestaient leur ras-le-bol sur les routes de la France. Photo : Shutterstock
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S'abonner maintenantFumier déversé devant des bâtiments gouvernementaux français, balles de paille déchiquetées et éparpillées dans un restaurant McDonald’s du sud-ouest de la France, autoroute bloquée pour y semer, sur deux voies, une prairie destinée à dénoncer les normes qui obligent les agriculteurs à maintenir des prairies permanentes sur leurs terres. Voilà autant de moyens de pression exercés, il y a un an, pour témoigner du ras-le-bol des agriculteurs français.

Crédit : Gracieuseté de Baptiste Duhamel
Où en sont leurs revendications aujourd’hui?
Depuis l’hiver dernier, il ne s’est rien passé. Et le souci, c’est que ça n’avance plus.
Il précise que la situation politique en France a complexifié le dossier, puisque le gouvernement minoritaire et les tergiversations des différents partis d’opposition ont empêché l’adoption de lois visant à simplifier la vie aux agriculteurs. « Le tout a été mis sur pause », déplore-t-il.
Les agriculteurs français veulent moins de restrictions de tout genre et moins de formulaires interminables, lesquels plombent l’efficacité et la rentabilité des fermes, explique M. Duhamel. Il donne en exemple un herbicide anti-graminée dont l’homologation devrait être retirée. « La Belgique l’a déjà retiré. Généralement, on suit. Ça doit se décider au mois de mai. C’est dommage. Notre agriculture est en train de décroître à vitesse grand V, et sans ces molécules, nous ne serons plus compétitifs. »
Il croit que les politiciens au pouvoir désirent sérieusement les aider, « mais des groupes de pression leur mettent des bâtons dans les roues ». L’agronome qui cultive 64 hectares se demande si, en fin de compte, les agriculteurs auront bel et bien droit aux changements législatifs promis.
Même son de cloche au syndicat des Jeunes Agriculteurs qui, conjointement avec la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), représente la plus grande portion d’agriculteurs en France. « Le gouvernement a fait des promesses pour calmer le monde agricole. Il y a eu plusieurs textes de loi déposés à l’assemblée et au Sénat. En soi, on attend que ces projets soient adoptés et qu’un budget soit voté pour appliquer le tout. Mais ça fait plus d’un an. Si ça ne va pas, c’est possible que les manifestations reprennent », dit Etienne Leray, aux relations avec les médias pour les Jeunes Agriculteurs.
Une lutte entre syndicats
Un élément d’importance qui influencera les orientations stratégiques et les politiques agricoles de la France concerne les élections syndicales. Ces élections, qui ont lieu une fois tous les six ans, sont névralgiques puisqu’elles pourraient redéfinir la hiérarchie des syndicats en place qui gouverne les chambres d’agriculture. Ces chambres d’agriculture, financées principalement par l’État, servent à représenter l’ensemble des exploitants agricoles et à développer l’agriculture française.
La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), alliée avec les Jeunes Agriculteurs, y était largement majoritaire lors de la dernière élection, mais la Coordination rurale, un syndicat agricole plutôt de droite, a gagné en popularité par sa campagne sur les réseaux sociaux et lui souffle dans le cou. La Confédération paysanne, un syndicat de gauche, a remporté 20 % des voix en 2019.
Le vote a commencé le 15 janvier avec des résultats officiels prévus pour le 8 février.
Baptiste Duhamel a hâte que les élections soient passées, puisque dernièrement, des syndicats ont organisé des manifestations individuelles pour aller chercher la sympathie (et le vote) des agriculteurs exaspérés par leur situation. Selon lui, ces manifestations, qui ne faisaient pas front commun avec les demandes des autres syndicats, comme l’an dernier, créent de la confusion chez les citoyens, pouvant mener à une perte de crédibilité dans l’opinion publique et chez les politiciens.