International 10 juillet 2025

Des producteurs laitiers américains solidaires envers leurs confrères canadiens

Malgré un contexte politique tendu, dans lequel Donald Trump menace de faire tomber la gestion de l’offre canadienne, il existe des producteurs laitiers américains qui se montrent solidaires envers leurs voisins du Nord. Ils estiment que les agriculteurs du Canada sont en droit de défendre leur système de quotas.

« Quand [le président Trump] dit, dans ses déclarations publiques, que le Canada est injuste et nuit à nos agriculteurs, que leur système de gestion de l’offre doit être aboli, nous sommes pas mal en désaccord avec ça », affirme Jim Goodman, producteur laitier à la retraite et président de la National Family Farm Coalition.

Cette organisation américaine de défense des droits des petites fermes familiales représente une minorité d’agriculteurs, mais compte tout de même des membres dans plusieurs États, notamment en Alaska, en Floride, dans l’État de New York, dans le Maine, au Texas, au Wisconsin et en Californie. Elle intègre des producteurs laitiers de petite taille, mais aussi des producteurs de bovins, de boucherie, de céréales et de légumes biologiques. 

Les membres de la coalition, explique M. Goodman, sont d’avis qu’une ouverture des marchés pour exporter au Canada n’est pas la bonne solution pour contrer les problèmes de surproduction et de prix volatils auxquels les agriculteurs américains font face. En fait, son organisation milite depuis longtemps en faveur de l’instauration, aux États-Unis, d’un système de régularisation du prix et des volumes produits, semblable à celui de la gestion de l’offre canadienne. Cette proposition, dit-il toutefois, n’a jamais reçu l’appui des fermes de très grandes tailles et des grands groupes agricoles qui ont plus d’influence à Washington que les plus petits agriculteurs. « Les très grands agriculteurs estiment probablement que le meilleur moyen de survivre est de s’orienter vers les marchés d’exportation. Je pense que les petits agriculteurs, les producteurs laitiers biologiques, préfèrent vendre localement ou régionalement et rester aux États-Unis », indique M. Goodman, établi au Wisconsin.

Notre point de vue est que chaque pays a le droit de se nourrir en priorisant ce qui est produit par leurs agriculteurs. Nous ne voyons aucune raison de mettre les producteurs laitiers canadiens en faillite simplement pour pouvoir exporter plus de lait, car avec le temps, nous croyons que ce marché serait saturé, de toute façon.

Jim Goodman

Un « bon voisinage » souhaité

Bill Rowell

Un agriculteur du Vermont, Bill Rowell, dont le troupeau s’élève à 1 000 vaches en lactation, croit lui aussi que les Américains devraient réglementer la production, un peu comme le font les Canadiens avec la gestion de l’offre. Après avoir participé, par le passé, au dépôt de projets de loi en ce sens à la Chambre des représentants et au Sénat – qui n’ont finalement pas abouti –, il a néanmoins perdu espoir qu’un tel mécanisme soit un jour instauré aux États-Unis.

Il croit que l’exportation est une avenue incontournable pour gérer la surproduction laitière et la volatilité des prix dans son pays.

Si l’agriculteur comprend la volonté des Canadiens de protéger leur système de gestion de l’offre, il estime que leur mécanisme pourrait être moins hermétique, tout en demeurant efficace. 

« Je pense que le Canada dispose d’un système qui fonctionne pour les agriculteurs canadiens, et c’est vrai [que s’il concède trop de parts de marché], cela pourrait créer un problème. D’un autre côté, s’il n’est pas prêt à partager une petite partie de son marché, alors pourquoi les États-Unis partageraient leur marché [pour d’autres produits]? C’est la politique », fait valoir l’agriculteur, qui estime que les deux pays auraient intérêt à partager davantage et à préconiser le « bon voisinage ».