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L’acériculteur Georges Paradis a dû abattre des centaines d’érables après le passage des chenilles de la livrée des forêts. Photo : Gracieuseté de Georges Paradis

L’acériculteur Georges Paradis a dû abattre des centaines d’érables après le passage des chenilles de la livrée des forêts. Photo : Gracieuseté de Georges Paradis

Un taux de mortalité important dans les érablières

Des acériculteurs resteront marqués par la dernière invasion de chenilles de la livrée des forêts, qui vient de se terminer. Le taux de mortalité des érables plus important que prévu a même entraîné un transfert de contingent chez certains producteurs.

L’érablière Les sucreries Jetté, de Mirabel dans les Basses-Laurentides, compte parmi celles qui ont été frappées de plein fouet au plus fort de l’épidémie en 2017 et 2018. Sur un total de 17 500 érables, 3 000 ont été décimés par les chenilles défoliantes. Six des soixante-seize hectares de la propriété ont dû être rasés dans des secteurs ciblés. « Quand on observe d’en haut, c’est comme si une bombe avait explosé à ces endroits », illustre Judith Jetté, l’une des copropriétaires.

Le directeur général des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), Simon Trépanier, indique que plusieurs producteurs ont vécu une situation semblable au terme de la dernière infestation. « Ce n’est pas la plus impressionnante épidémie en ce qui a trait à la quantité de chenilles, mais elle se démarque par un taux anormalement élevé de mortalité des érables alors que dans des conditions normales, ceux-ci résistent bien à cet envahisseur », précise l’ingénieur forestier de formation. Selon lui, cette mortalité exceptionnelle s’expliquerait par une conjugaison de facteurs, dont un mauvais drainage des sols et une tendance à la monoculture. « En ajoutant des épisodes de conditions climatiques extrêmes, les érables déjà fragilisés par une défoliation répétée n’ont pas résisté », précise-t-il.

Transfert de contingent

Pour pallier la perte de milliers d’entailles, les propriétaires des Sucreries Jetté, comme quelques autres acériculteurs, ont opté pour un transfert de contingent afin de maintenir leur rythme de production de sirop d’érable. « À ce jour, c’est la première fois que des producteurs ont recours à une telle procédure pour combler les pertes d’érables liées aux épidémies de la livrée des forêts », mentionne M. Trépanier.

« Quand on observe d’en haut, c’est comme si une bombe avait explosé à ces endroits. » – Judith Jetté

« Quand on observe d’en haut, c’est comme si une bombe avait explosé à ces endroits. » – Judith Jetté

Les impacts d’un tel transfert sont toutefois grands. De fait, en plus des frais occasionnés par la location d’une érablière voisine et de l’installation d’équipement nécessaire à son exploitation (tuyauterie, camion-citerne, etc.), l’entreprise acéricole a perdu une partie de son quota, qui est automatiquement réattribué au propriétaire de l’érablière louée. Pour Mme Jetté, cela n’a aucun sens. Avec d’autres, elle réclame un changement  des  règles afin que les producteurs victimes de catastrophes naturelles puissent maintenir leur quota intact quand ils sont forcés de déménager temporairement une partie de leur production.

Des pertes difficiles à compenser

Pour toutes ces raisons, le transfert de contingent n’était pas une option envisageable pour de plus petits joueurs comme Georges Paradis, dont l’érablière située à Saint-Esprit, dans Lanaudière, a perdu 600 érables sur ses 3 000 entaillés. Il devra absorber une diminution de revenu et une baisse de son quota de production pour les années à venir, comme plusieurs autres petits acériculteurs de son secteur. « Ce sera difficile de compenser les pertes », regrette-t-il.

Fin du cycle de l’épidémie actuelle

Les infestations de chenilles de la livrée des forêts se produisent de manière cyclique à des intervalles d’environ 13 ans pour l’érable à sucre. Lorsque leur population augmente dans un secteur, ces insectes peuvent faire des ravages pendant trois à six ans d’affilée en dévorant sans relâche les feuilles des arbres. La durée de la défoliation varie selon divers éléments, comme les conditions météorologiques et l’intervention de prédateurs naturels, dont la mouche sarcophage. Selon le ministère de la Faune, des Forêts et des Parcs (MFFP), le cycle actuel d’infestation, qui a commencé autour de 2016, est bel et bien terminé.