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De nombreux producteurs espèrent une hausse des émissions de contingents, alors que d’autres n’en veulent pas, de peur de diminuer le pourcentage du sirop de la réserve payé chaque année. Photo : Martin Ménard/Archives TCN

De nombreux producteurs espèrent une hausse des émissions de contingents, alors que d’autres n’en veulent pas, de peur de diminuer le pourcentage du sirop de la réserve payé chaque année. Photo : Martin Ménard/Archives TCN

La patate chaude de la hausse des contingents dans l’érable

Les chiffres officiels font état d’une faible production de sirop d’érable de 132,9 millions de livres en 2021, incitant plusieurs acériculteurs à réclamer une hausse des contingents afin d’éviter de manquer de sirop pour alimenter les marchés toujours plus gourmands.

La hausse du nombre d’entailles fut d’ailleurs le sujet phare de l’assemblée générale annuelle (AGA) des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), tenue le 26 mai par visioconférence.

Des producteurs, comme Jeannot Beaulieu, ont pris parole pour dire qu’il ne fallait pas manquer de sirop, comme en 2009, et que pour ce faire, il vaudrait mieux accroître les entailles dès maintenant.

Néfaste

Dans un panel organisé dans le cadre de l’événement, Louis Turenne, directeur général de Lantic, l’un des plus gros commerçants de sirop d’érable, est venu soutenir cette position, affirmant qu’il serait extrêmement néfaste pour toute l’industrie de manquer de sirop. « Dans les épiceries, ça peut prendre des années avant d’obtenir un espace tablette. Si ça vient vide, ils vont mettre du miel et des confitures et si ces produits [se vendent bien], pas sûr que le détaillant va nous redonner l’espace tablette », a fait remarquer M. Turenne, qui établit la croissance annuelle moyenne des ventes mondiales de sirop à 7 %.

La décision n’est toutefois pas aussi évidente à prendre pour les dirigeants des PPAQ, qui se rencontreront spécialement pour aborder ce sujet au début juin. La réserve de sirop d’érable compte déjà 105 millions de livres pour une valeur approximative de 340 M$. Rappelons qu’un fort pourcentage de ces 340 M$ représente du sirop qui n’est pas encore payé aux producteurs, et ce, depuis plusieurs années dans certains cas.

Or, si les PPAQ augmentent le nombre d’entailles et que mère Nature offre de volumineuses récoltes d’eau d’érable au cours des prochaines années, l’organisation se retrouvera avec trop de sirop en inventaire, et prendra plus de temps pour payer les producteurs, une hypothèse qui inquiète des acériculteurs à qui La Terre a parlé.

Il y a aussi l’aspect politique à prendre en compte. Les PPAQ ont demandé en février au gouvernement québécois de réserver des superficies en terres publiques équivalant à 36 millions d’entailles pour les 60 prochaines années, soit 180 000 à 240 000 hectares de forêt, que l’industrie forestière convoite aussi. Le ministre des Forêts, Pierre Dufour, a déjà affirmé à La Terre qu’il ne pouvait réserver des superficies s’il n’y avait pas d’émissions de contingents de prévus.

Décision à venir

Le président des PPAQ, Serge Beaulieu, réélu sans opposition lors de l’AGA, s’est montré préoccupé par le sujet de l’octroi de contingents. Il a semblé intéressé par une idée de la salle d’augmenter les entailles de 2 millions par année sur une période de 5 ou 10 ans, avec possibilité d’ajuster le tir annuellement. Les PPAQ émettront déjà un total de 80 000 entailles de contingents en 2021 pour la relève.