fbpx
Une forêt inéquienne comprend beaucoup plus de petits arbres que de gros. Photo : Johanne Martin

Une forêt inéquienne comprend beaucoup plus de petits arbres que de gros. Photo : Johanne Martin

Développement durable : les érablières aussi!

En acériculture, la notion de développement durable représente un concept relativement nouveau. Si les pratiques actuelles en respectent déjà certains des principes, des ajustements doivent être apportés. Objectif : tendre vers un aménagement qui s’inspire davantage de l’écosystème forestier naturel.

Dans la mission des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), le concept de développement durable est apparu en 2018. Il n’existe cependant pas de règles encadrant l’aménagement d’une érablière, mis à part lorsqu’il s’agit d’une production certifiée biologique. Dans ce cas, on doit par exemple maintenir des essences compagnes et ne pas entailler en dessous des 20 cm de diamètre.

D’autres pratiques à intégrer

Le développement durable implique le maintien de la biodiversité dans son érablière,
mais d’autres pratiques s’inscrivent aussi dans cette démarche :   

  • Protéger le sol en respectant sa capacité portante;
  • Éviter le drainage;
  • Amender ou fertiliser avec des produits biologiques au besoin lorsque prescrit par un ingénieur forestier;
  • Désentailler le plus rapidement possible après la fin de la récolte;
  • Recycler la tubulure et les raccords en plastique;
  • Recycler les raccords et les pièces métalliques;
  • Employer des produits de nettoyage biologiques;
  • Éviter les déversements d’eau contaminée ou de filtrat directement dans l’environnement;
  • Utiliser un évaporateur fonctionnant à l’électricité ou au bois (peu importe sa forme);
  • Employer un antimousse biologique comme l’huile de carthame.

Source : Michaël Cliche, ing.f., APBB

« Avec le temps, on a constaté que certaines pratiques pouvaient provoquer une dégradation des forêts, en plus de reconnaître le caractère à la fois complexe et fragile des liens biologiques qui régissent les écosystèmes », fait valoir Christian Messier, ingénieur forestier et directeur scientifique à l’Institut des sciences de la forêt tempéré (ISFORT), un centre affilié à l’Université du Québec en Outaouais.

Bien que l’aménagement actuel des érablières à des fins acéricoles ait à maints égards des impacts moins radicaux que certains types de coupes appliquées pour l’exploitation de la matière ligneuse, il demeure que les gestes posés affectent la structure et appauvrissent le plus souvent la biodiversité de la forêt. Il en résulte un milieu susceptible de se révéler plus vulnérable aux stress environnementaux.

« Les interventions qui sont effectuées dans un contexte acéricole maintiennent un couvert forestier permanent et favorisent un usage diversifié du territoire, note le chercheur. On a toutefois tendance à retirer les espèces d’arbres compagnes, à ne préserver que les plus gros érables pour maximiser le nombre d’entailles et à vouloir supprimer le bois mort et les chicots présents sur le parterre forestier. »

Les chicots profitent à plusieurs espèces animales et végétales.

Les chicots profitent à plusieurs espèces animales et végétales.

Une forêt diversifiée sera plus apte à encaisser des perturbations telles que des infestations d’insectes, des vents violents, des épisodes de sécheresse et risque donc de mieux résister aux changements climatiques. Un manque de biodiversité peut compromettre à long terme la santé de l’érablière, se traduire par des effets négatifs sur la productivité et entraîner des problèmes encore inconnus à ce jour.

Quoi faire?

On sait que les différentes espèces d’arbres n’ont pas toutes les mêmes besoins en lumière. Lors de travaux, la création de trouées de diverses grandeurs permet aux espèces compagnes de l’érable à sucre de pouvoir se régénérer. L’obtention et le maintien d’une structure inéquienne peut se faire en recourant à des coupes de jardinage pratiquées à intervalles réguliers, à peu près à tous les 10 à 20 ans.

« Dans un monde idéal, il faut qu’il y ait au moins 15 % des arbres qui ne soient pas des érables », précise Michaël Cliche, ingénieur forestier à l’Association des propriétaires de boisés de la Beauce (APBB). Caryer cordiforme, hêtre à grandes feuilles, bouleau jaune, chêne rouge, érable rouge, noyer cendré, érable argenté, tilleul et orme d’Amérique figurent parmi les espèces compagnes à sauvegarder.

S’il importe de ne pas éclaircir inutilement la jeune régénération, les chicots et le bois mort doivent aussi trouver leur place dans l’érablière, car ces structures sont vitales pour plusieurs espèces animales et végétales. Il est suggéré de laisser au moins trois gros chicots (diamètre supérieur à 30 cm) par hectare. Pour diminuer le risque d’accidents, on peut les concentrer dans les secteurs moins fréquentés.

« L’une des prémisses de l’aménagement à l’échelle de l’écosystème est qu’on ne peut espérer assurer le rendement – en matière ligneuse, eau d’érable, etc. – et conserver les autres qualités de la forêt (potentiel récréatif, habitats fauniques, paysage) si on ne parvient pas d’abord et avant tout à préserver la structure et le fonctionnement de l’écosystème », termine le directeur scientifique de l’ISFORT.

Quoi faire?

On sait que les différentes espèces d’arbres n’ont pas toutes les mêmes besoins en lumière. Lors de travaux, la création de trouées de diverses grandeurs permet aux espèces compagnes de l’érable à sucre de pouvoir se régénérer. L’obtention et le maintien d’une structure inéquienne peut se faire en recourant à des coupes de jardinage pratiquées à intervalles réguliers, à peu près à tous les 10 à 20 ans.

À l’Érablière Perreault, on a choisi d’entailler avec de plus petits chalumeaux. Photo : Frank Perreault

À l’Érablière Perreault, on a choisi d’entailler avec de plus petits chalumeaux. Photo : Frank Perreault

« Dans un monde idéal, il faut qu’il y ait au moins 15 % des arbres qui ne soient pas des érables », précise Michaël Cliche, ingénieur forestier à l’Association des propriétaires de boisés de la Beauce (APBB). Caryer cordiforme, hêtre à grandes feuilles, bouleau jaune, chêne rouge, érable rouge, noyer cendré, érable argenté, tilleul et orme d’Amérique figurent parmi les espèces compagnes à sauvegarder.

Un pin blanc vétéran a été préservé au milieu des érables à sucre pour permettre plus de biodiversité et de résilience. Photo : Frank Perreault

Un pin blanc vétéran a été préservé au milieu des érables à sucre pour permettre plus de biodiversité et de résilience. Photo : Frank Perreault

S’il importe de ne pas éclaircir inutilement la jeune régénération, les chicots et le bois mort doivent aussi trouver leur place dans l’érablière, car ces structures sont vitales pour plusieurs espèces animales et végétales. Il est suggéré de laisser au moins trois gros chicots (diamètre supérieur à 30 cm) par hectare. Pour diminuer le risque d’accidents, on peut les concentrer dans les secteurs moins fréquentés.

« L’une des prémisses de l’aménagement à l’échelle de l’écosystème est qu’on ne peut espérer assurer le rendement – en matière ligneuse, eau d’érable, etc. – et conserver les autres qualités de la forêt (potentiel récréatif, habitats fauniques, paysage) si on ne parvient pas d’abord et avant tout à préserver la structure et le fonctionnement de l’écosystème », termine le directeur scientifique de l’ISFORT.


Chicots, écureuils et rapaces…
Les écureuils et les tamias rayés sont généralement jugés indésirables dans les érablières en raison des dommages qu’ils peuvent causer à la tubulure. Or, peu de gens savent que les rapaces sont attirés par les chicots. À titre d’exemple, la chouette rayée investit les gros chicots et les arbres à cavité pour nicher. Parce qu’elle se nourrit surtout de rongeurs, elle en contrôle la quantité dans le boisé.


Une définition du développement durable

Le développement durable se fonde sur une vision à long terme qui tient compte du caractère indissociable des dimensions environnementale, sociale, mais aussi économique des activités de développement. Il aspire à répondre aux besoins du présent sans nuire à la capacité des générations futures de répondre aux leurs. Il suppose le maintien de l’intégrité de l’environnement afin d’assurer la santé et la sécurité des communautés et préserver les écosystèmes qui entretiennent la vie.

Source : Ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques


Pour une disponibilité pérenne de la ressource

« Sur le coup, il n’y a pas de productivité, mais l’aménagement durable que nous avons réalisé nous permettra une disponibilité de la ressource à plus long terme. On voulait aussi qu’il y ait plus de faune dans notre érablière. » 

Frank Perreault représente la sixième génération à exploiter la terre familiale. À la barre d’Érablière Perreault inc. située à Frampton, dans la Beauce, il explique qu’au milieu des années 2000, son père a entrepris un virage. Devant les signes de dépérissement que montrait le boisé, la voie du développement durable s’est imposée « pour que ceux qui vont suivre puissent continuer à pouvoir en vivre. »

En 1995, déjà, un plan d’aménagement avait été préparé avec le concours d’un groupement forestier. « Mon père aurait pu choisir d’acquérir une autre érablière, mais il a plutôt décidé de planter des champs en érables sur plus de 30 hectares, révèle le producteur, qui compte actuellement 26 000 entailles. Lors des travaux, un fort pourcentage d’espèces compagnes à l’érable à sucre a été mis en terre. »

Depuis deux ans, Érablière Perreault inc. détient une certification biologique. Le sirop utilisé dans la transformation du sucre granulé est produit avec l’énergie qui provient du parc éolien de la municipalité, mis en service en 2015. Afin de sauver du combustible fossile, l’entreprise s’est dotée d’un évaporateur électrique. Enfin, un chalumeau plus petit est employé pour limiter les blessures infligées à l’arbre.   

Ce texte a été publié dans l’édition de septembre du magazine Forêts de chez nous.