Une première usine se trouve en construction actuellement à Ange-Gardien, en Montérégie, à la Ferme du Grenier Gardangeois, actionnaire majoritaire du projet. Photo : Archives/TCN
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S'abonner maintenantLe digestat produit par les usines de biométhanisation constituera un fertilisant plus efficace que le fumier. C’est ce qu’affirme Simon Naylor, agronome et président de Keridis Bioénergie, qui compte construire dix usines de biométhanisation d’ici les dix prochaines années dans différentes régions du Québec.
Une première usine se trouve en construction actuellement à Ange-Gardien, en Montérégie, à la Ferme du Grenier Gardangeois, actionnaire majoritaire du projet. Deux autres sont prévues dans les prochaines années, l’une à Bécancour dans le Centre-du-Québec, et l’autre à Deschambault, dans Portneuf.
Ces usines s’approvisionneront des fumiers, du lisier, de la nourriture périmée et autres déchets putrescibles ramassés chez les agriculteurs dans un rayon de dix kilomètres.
On laisse fermenter le tout pendant 30 jours. Les bactéries présentes dans la nature digèrent la matière organique en sécrétant du méthane et du CO2. On nettoie le méthane et on l’injecte dans le réseau d’Énergir. C’est ce qu’on appelle du gaz naturel renouvelable.
Le digestat produit par ces usines sera retourné aux agriculteurs sans qu’ils en coûtent un sou à ces derniers. « Nous leur empruntons leur fumier aux frais de l’usine et nous leur renvoyons un meilleur fertilisant que le fumier. Nous nous occupons de tout. Les agriculteurs ont ainsi l’occasion de réduire leur empreinte environnementale, sans aucun coût associé », fait valoir Simon Naylor.
Économie d’engrais chimiques
Selon lui, les producteurs agricoles font d’une pierre deux coups, car cet engrais de qualité supérieure leur permettrait de faire des économies importantes en engrais chimiques. « Ce qu’on voit dans la littérature scientifique est de l’ordre de 20 % à 30 % », affirme Simon Naylor.

Les engrais chimiques sont moins nécessaires, car l’azote déjà minéralisé dans le digestat est rapidement libéré après l’épandage. « L’azote contenu dans le fumier et le lisier se dégrade plus lentement. Pour compenser cette dégradation lente, les agriculteurs vont traditionnellement avoir recours à des engrais chimiques pour combler les besoins des plantes. Avec le digestat, ils peuvent en réduire la quantité », souligne l’agronome.
La fermentation des matières organiques permet aussi d’abaisser les niveaux d’éléments pathogènes, tout en diminuant les odeurs, ajoute Simon Naylor. Ce dernier rappelle que l’épandage du digestat ne requiert aucun équipement spécial. « On peut faire du solide ou du liquide, selon les besoins des agriculteurs. C’est du sur-mesure », dit-il.
Technologie éprouvée
L’Europe a recours à la biométhanisation depuis des décennies pour produire leur énergie. « Au Québec, c’est quelque chose de nouveau parce que nous produisons de l’électricité à coûts bas. En France, c’est commun : il y a 1 500 usines de biométhanisation dans ce pays », affirme Simon Naylor, qui s’est associé au leader français Kéon pour importer sa technologie propre au secteur agricole. Les pays nordiques comme la Suède, la Norvège et le Danemark ont prouvé que la biométhanisation peut être adaptée à un climat nordique. « C’est un processus qui se passe à la température du corps. Ça implique qu’il y a un coût associé au chauffage de l’usine plus élevé que dans un pays du sud. Mais on parvient tout de même à la rentabilité avec cette technologie », affirme M. Naylor.
Le président de Keridis Bioénergie tend la main aux agriculteurs intéressés à détenir une part de ses usines. « C’est dans mes valeurs d’offrir aux producteurs agricoles essentiels aux projets d’entrer dans l’actionnariat avec nous pour partager les bénéfices du gaz. Il y a un alignement des intérêts avec le fournisseur de matières, d’abord pour l’accessibilité sociale, mais aussi pour redonner à la communauté dans laquelle on agit », conclut Simon Naylor.