Fertilisation 6 mars 2026

Nouvelles pratiques de fertilisation à l’essai

Dix maraîchers biologiques de la région de Brome-Missisquoi, en Estrie, ont fait de la santé des sols et de la réduction du phosphore un objectif commun. Réunis au sein d’une même cohorte, ils ont entrepris l’an dernier de valider de nouvelles pratiques de fertilisation. L’expérience devrait se poursuivre à l’été 2026.

L’organisme de bassin versant de Brome-Missisquoi (OBVBM), de même que l’agronome Sophie Guimond, sont à l’origine de la création de cette cohorte maraîchère. 

Dans le cadre du projet réalisé, les maraîchers ont accepté de réduire la quantité de phosphore appliquée sur certaines parcelles en culture. Pour y arriver, ils ont opté pour un engrais organique biologique dans lequel cet élément est présent à plus faible teneur (7-2-4). 

L’agronome retraité du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), Louis Robert, a accompagné les producteurs, à titre de coordonnateur du Plan phosphore pour l’OBVBM. Il a travaillé avec le chargé de projet en agriculture pour l’organisme, Aurélien Pochard. 

Dans le cadre des essais, chacun des maraîchers a aménagé trois parcelles pour une culture donnée, que ce soit par exemple des carottes ou des poireaux. Une parcelle a été cultivée avec l’engrais régulier (5-3-2, pour plusieurs d’entre eux), une autre avec le 7-2-4 et la troisième, sans apport d’engrais.

L’objectif n’était pas de mesurer scientifiquement la performance relative des traitements, mais de permettre aux producteurs d’évaluer la nouvelle formulation.

Louis Robert

Selon lui, les résultats n’ont pas été suffisamment concluants pour que les maraîchers modifient leurs pratiques, d’autant plus que les coûts de l’engrais 7-2-4 sont plus élevés. « À l’OBV, on est un peu déçus parce qu’on ­souhaiterait une réduction plus marquée du phosphore », ajoute M. Robert. 

Réduction à la source

Tout n’a cependant pas été dit. L’expérience devrait se poursuivre à l’été 2026 avec une nouvelle approche. « Les producteurs ont adhéré à l’idée d’avoir une parcelle témoin et deux autres avec deux doses différentes de leur engrais, sur des retours de culture de couverture, qui peuvent inclure des légumineuses », explique l’agronome. « L’hypothèse à vérifier est que, sur un retour de culture de couverture, la culture principale semée ou plantée en 2026 va avoir moins besoin d’azote, expose-t-il. Et si les besoins sont réduits en azote, forcément il y aura moins de phosphore. »

La Ferme la Colline du chêne, à Bromont, a fait des tests de fertilisation avec sa production de fenouil.
La Ferme la Colline du chêne, à Bromont, a fait des tests de fertilisation avec sa production de fenouil.

Si les essais sont concluants, l’impact pourrait être significatif. « Peut-être qu’on va voir qu’on pourrait se passer d’engrais dans un scénario de culture de couverture, dit-il. Ça ne réglerait pas seulement la question du ­phosphore, mais aussi, partiellement, celle de l’achat d’engrais sur une superficie donnée. » L’agronome dit croire que la diminution du phosphore – un des objectifs du Plan d’agriculture durable, rappelle-t-il – dans les sols, et par ricochet dans les cours d’eau, passera par une réduction à la source. 

Dans la foulée, un diagnostic de l’état des sols des fermes participantes a été réalisé. Une activité champêtre permettant à tous d’échanger sur les essais réalisés, et ceux à venir, a également été tenue. 

L’utilisation d’une quantité importante d’amendements organiques chez les fermes maraîchères bio, nombreuses sur le territoire du bassin versant de la baie Missisquoi, est à l’origine de la démarche. Or, cette pratique, combinée aux passages répétés de la machinerie, contribue à l’accumulation de phosphore, à la dégradation de la structure des sols et à la réduction des rendements, selon ­l’OBVBM. Ce faisant, les doses d’amendements sont augmentées, et il en va de même avec le phosphore dans les sols et les risques de pollution des cours d’eau, dont la baie Missisquoi. D’où ce désir de renverser la tendance.

La cohorte « Santé des sols et réduction du phosphore » a bénéficié d’une aide financière du programme Prime-Vert.